Mais où sont passés les vendangeurs ?

Si le monde de la restauration souffre d’un déficit de main d’œuvre, celui du vin n’est pas en meilleure posture. Postes non pourvus et absentéisme rendent parfois les vendanges...

Si le monde de la restauration souffre d’un déficit de main d’œuvre, celui du vin n’est pas en meilleure posture. Postes non pourvus et absentéisme rendent parfois les vendanges difficiles. Enquête.

________

Il faut croire que, année après année, le problème des ressources humaines va croissant. Tant pis si la France compte ses chômeurs par millions, la restauration, elle, cherche ses cuisiniers et son personnel de salle ; les vignerons, eux, cherchent vendangeurs désespérément. Le mal est profond : cette année, dans le département de la Gironde, ce sont près de 50% des emplois qui ne sont pas pourvus. "Des tractoristes, mécaniciens, chefs d'équipe et des saisonniers pour les travaux d'avril à fin août. Ca fait deux, trois ans que c'est un souci. Cette année est pire que les autres", déplore Sophie Lauret, de l'entreprise de prestation de services des travaux de la vigne et du vin, Banton Lauret, près de Saint-Emilion (Gironde). Partout en France le problème est le même, des bassins viticoles du Languedoc-Roussillon jusqu’au grand Est. Malheureusement, l'Association nationale emploi formation en agriculture (Anefa), n’est pas en mesure de donner des statistiques globales.

En Gironde, premier employeur de France en agriculture, sur les 2 150 postes saisonniers proposés par l'Anefa, seules 1 000 personnes ont répondu présentes. Mais où sont les chômeurs ? Pas assez dans les vignes assurément. Reste la question principale : pourquoi une telle désaffection ? Le manque de valorisation de cette filière, les risques en termes de santé avec l'utilisation de produits toxiques, le travail physique, des horaires spécifiques et des salaires ne dépassant pas le Smic (1 170,69 euros net par mois) sont autant de freins au recrutement. La pénurie de logement, en particulier dans le Médoc, et le manque de moyen de locomotion dans le plus grand département de France métropolitaine, sont aussi en cause. Le contexte économique joue un grand rôle, "avec la reprise économique de l'Espagne et la concurrence des autres activités économiques locales, service, commerce, bâtiment", estime l'Anefa. Facteur aggravant : les besoins en main d'oeuvre diminuent dans les vignes lorsqu'elles sont touchées par des aléas climatiques comme le gel l'année dernière (60 000 hectares frappés en Gironde), poussant les saisonniers à se diriger vers d'autres secteurs d'activités, précise l'association. Pour attirer les travailleurs, des primes, des paniers repas, des autocars sont parfois proposés, surtout pour les fidéliser. Mais cela reste insuffisant : des châteaux éprouvent des difficultés à recruter du personnel qualifié (tractoristes par exemple) et les ouvriers, une fois formés, ne restent pas toujours.

Chaque jour, l'entreprise Banton Lauret se débat avec un fort taux d'absentéisme. Un matin de juillet, par exemple, 882 personnes étaient inscrites pour travailler mais 720 seulement se sont présentées, selon la société, active dans les grands terroirs du Bordelais (Saint-Emilion, Médoc, Pessac-Léognan, etc.). Difficulté supplémentaire, ses clients ont parfois besoin d'un important nombre de travailleurs mais pour une très courte durée. "On manque de saisonniers. On a des pics de main d'oeuvre sur deux ou trois jours et nous cherchons 15 à 20 personnes" pour le relevage des rameaux de vigne et l'effeuillage, s'inquiète Yann Todeschini, co-propriétaire des châteaux Mangot en appellation Saint-Emilion grand cru et La Brande en Castillon côte de Bordeaux. "Il faut que tout soit fait avant la fin de la semaine. Il y une forte pression sur les maladies avec la météo", souligne-t-il, expliquant qu'en agriculture biologique, les besoins en main d'oeuvre sont 25 à 30% plus important qu'en agriculture conventionnelle.

La demande pour les travaux des vignes se concentre principalement au printemps et en été, avec la moitié des offres d'emplois saisonnières, car les vendanges sont aujourd'hui majoritairement mécanisées, précise Pôle emploi. L'organisme public a toutefois réussi à pourvoir les 10 000 offres qu'elle proposait dans le domaine viticole.

Selon son enquête annuelle auprès des employeurs, 32 000 demandes d'emploi ont été recensées pour cette année. "Aujourd'hui le rapport de force s'est inversé, constate Grégory Cluzes, responsable des statistiques à Pôle emploi Nouvelle-Aquitaine. Le saisonnier peut décider où il veut aller travailler". Le parallèle avec l’univers de la restauration est évident : là aussi, c’est le candidat qui a les cartes en main pour choisir son restaurant, et non l’inverse. Les mondes de la restauration et du vin sont confrontés à une même problématique sectoriel qu’il va falloir régler, sauf à voir s’abîmer chaque année un petit peu plus deux fleurons de l’économie française.

________

Sur le même sujet → Le chiffre – 120 000 travailleurs saisonniers pour les vendanges en champagne / Vin de Bordeaux : chute exceptionnelle de 40% de la production en 2017

________

Auteur → Rédaction Atabula, avec AFP Relaxnews / © Photo by Jodie Morgan on Unsplash - Jehyun Sung

Pas encore de commentaire

Laisser un commentaire

*

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.