Une longue série estivale et gourmande avec pour fil directeur une route qui n’existe plus, il fallait oser. De Paris à Menton par la nationale 7, Atabula est parti à la rencontre des acteurs de la gastronomie française pour en savoir plus sur leur rapport à cette route mythique et sur leur propre histoire. Première étape, kilomètre 141, à Boismorand (Loiret), à l'Auberge des Templiers.

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C’est une halte idéale pour démarrer un road-food-trip le long de la Nationale 7. Une Auberge, une vraie, typique et historique, avec ses pierres, son parking côté route, ses larges pelouses et sa piscine côté jardin, son charme suranné qui va bien, et tout le confort moderne que le voyageur attend d’une telle adresse. Rien que le nom fait voyager : l’Auberge des Templiers. Paris n’est pas loin mais, déjà, nous sommes ailleurs. Dans une province qui n’offre pas si facilement ses charmes. Ce n’est pas encore le sud et tout le tintouin tapageur du soleil-cigale-mer, mais une France terrienne, campagnarde, profonde. L’Auberge s’y niche, comme une évidence, comme le reflet hospitalier d’une terre de passage mais qui a envie de vous retenir.

L’hospitalité, Guillaume Dépée connaît. Depuis 2016, et le décès de son père, il a repris l’affaire. Une drôle d’affaire créée par ses grands-parents qui rachètent un ancien relais de poste en 1946. Juste après la guerre, le commerce reprend, la route revit. En 1952, l’Auberge gagne une première étoile au guide Michelin. Deux années plus tard, ils sont huit aubergistes situés sur la Nationale 7 à vouloir se rapprocher pour créer un réseau de « relais » de belle qualité le long de la « route bleue ». Ce seront les débuts de l’association des Relais et Châteaux, née officiellement en 1954. De ces huit pionniers, il n’en reste plus qu’un seul à être encore ouvert : les Templiers ! Guillaume Dépée en rigole, lui qui voyage sans arrêt entre Boismorand, Paris et le Mexique où il développe quelques activités professionnelles. Ici, c’est là où il a grandi, là où il s’est ressourcé, construit et reconstruit. Il est chez lui. Et il sait le rappeler à l’occasion. Un rien fanfaron, un peu provocateur, il me raconte qu’il n’hésite pas à rembarrer un client désagréable, voire à le foutre dehors manu militari s’il se montre trop irrespectueux. Il est comme ça Guillaume Dépée. Grande gueule et généreux. À table, il fait ouvrir une, deux, puis trois bouteilles, sans compter le digestif. Que du bon et du grand. Nous buvons et j’écoute. Car l’homme est aussi bavard. Le Mexique, son parcours, sa maison, sa vision du métier, tout y passe. Dans l’assiette, le jeune chef Martin Simonart, récemment débarqué des cuisines de Jean-Pierre Jacob, cherche encore ses marques. Guillaume Dépée l’assure : l’objectif sera d’aller chercher une deuxième étoile. En salle, la clientèle apprécie les agapes dans un silence respectueux. La Nationale 7, si proche, semble alors bien loin.

La stèle Michelin → À quelques mètres de l’Auberge des Templiers, la commune de Boismorand (Loiret) possède un monument très particulier situé au carrefour des Bézards, sur la nationale 7: une stèle en hommage à Jean-Luc Michelin et sa famille, décédés ici même dans un accident de voiture. C’était le 20 janvier 1949. La voiture, une Bugatti 57, conduite par Jean-Luc Michelin, 29 ans, percute un camion. Il décède, ainsi que ses deux enfants, âgés de un et deux ans, et leur « bonne ». Son épouse n’est que légèrement blessée. Le petit monument est toujours entretenu par la famille Michelin. Malheureusement, la Nationale 7 est une route meurtrière pour Michelin : en 1937, c’est Pierre Michelin, alors président-directeur général de Citroën, et fils du fondateur Édouard Michelin, qui se tue dans une collision avec une voiture.

Aux Templiers, les temps et les réalités se mélangent, s’imbriquent, se confrontent. Auberge-étape ou hôtel de vacances, il y a l’ADN de l’un et l’envie de l’autre. Pour moi, ce ne sera qu’une étape d’un soir, de celle où l’on ne perçoit que l’écume des choses mais où le plaisir et la sincérité sont évidents. L’Auberge des Templiers constitue une parfaite introduction à l’esprit de la Nationale 7 : une ode au temps long rythmé par le temps court.

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Sur le même sujet Lien vers la série estivale "De Paris à Menton, Atabula a mangé la Nationale 7"

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Pratique L'Auberge des Templiers - 20 Route Départementale 2007 - Boismorand (45290) - 02 38 31 80 01 - www.lestempliers.com

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Auteur → Franck Pinay-Rabaroust / © DR

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