KM 645 / Halte chez Philippe, cuisinier-routier

Une longue série estivale et gourmande avec pour fil directeur une route qui n’existe plus, il fallait oser. De Paris à Menton par la Nationale 7, Atabula est parti à la rencontre des acteurs de la gastronomie française pour en savoir plus sur leur rapport à cette route mythique et sur leur propre histoire. Nouvelle étape, kilomètre 645 à Savasse (Drôme), avec le restaurant routier Chez Philippe.

Philippe Grosbois, propriétaire de « Chez Philippe », restaurant routier situé sur la Nationale 7, à hauteur de Savasse

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1700 Route des vacances, Savasse. Nous sommes ici à la Tête Noire (du nom du hameau éponyme), rebaptisée « Chez Philippe » depuis que Philippe Grosbois a repris l’affaire le 2 mai 2016. Cet aimable Lyonnais de 48 ans fut « directeur de restaurant » dans sa ville natale, à Valence aussi et a préalablement fait ses classes auprès d’un ancien de la Mère Brazier. Il lorgnait sur un routier voisin, le Disque Bleu, mais son choix s’est finalement porté sur ce grand établissement dont les deux salles du fond abritent mariages, repas de famille et soirées à thème (dansantes l’hiver, Claude François au Nouvel An, concerts avec un sosie de Johnny…).

Trois autres tables routières étant situées à dix kilomètres à la ronde, Philippe Grosbois s’astreint pratiquer des tarifs similaires d’autant que l’enveloppe-indemnité des chauffeurs plafonne à 13,40 euros. Ce sera donc 13,50 euros les buffets d’entrées et desserts à volonté, 16 euros avec un plat chaud. Il fut un temps doré où 150 camions étaient garés simultanément autour du restaurant (on dit que plus de 3 500 routiers maillaient l’Hexagone contre un millier à ce jour). « Aujourd’hui le soir, c’est 35 grand maximum » regrette Philippe Grosbois, ajoutant que son restaurant assure 50 à 60 couverts journaliers. C’est l’autoroute qui régit l’activité maison : quand elle est bouchée, les conducteurs se redirigent sur la départementale.

En ce jeudi de mai, c’est pavé de bœuf (160 grammes), filet de colin au beurre blanc ou échine de porc. Desserts cantine : parts de flan, salades de fruits, Danette, compotes, île flottante, quartiers d’orange… Ancienne routière, l’imposante serveuse au bras tatoué tance les fidèles qui zieutent distraitement le JT de Jean-Pierre Pernaut. Sans doute ces derniers discutent des indémodables de la profession. Les directives européennes et « l’inter » (la livraison internationale), les concurrents polonais payés 400 euros, la nostalgie des 240 heures mensuelles non sanctionnées autrefois…

Il faut savoir que le monde des routiers a ses codes : son championnat de France, sa quasi-radio officielle (RTL), son sacrosaint triptyque café-Coca-madeleine… et son guide de bonnes tables. Enfin, ses guides plutôt. Il y a l’historique du genre avec ses « Relais Routiers » fondé en 1934 par le journaliste François de Saulieu (qui s’était pris de passion pour l’objet d’un de ses reportages). Un millier d’adresses sur l’ensemble du territoire (dont Chez Philippe) et 71 « Relais Casserole », catégorie qui est aux routiers ce que l’étoile Michelin est aux restaurants. Les plus aguerris (et gourmets) des chauffeurs savent qu’on en compte près d’une dizaine en Bretagne. Comme le Guide Rouge, le guide des Relais Routiers peut se targuer d’aligner ses propres enquêteurs au premier rang desquels Jean-Pierre Gardidou, « inspecteur en chef » dixit le site internet de la structure. Et commercialise pin’s, porte-clés et écharpes en plus de l’ouvrage papier de référence (404 pages, 19 euros). Il y a aussi un petit nouveau qui a fait son apparition en 2006 sous l’impulsion d’un ex-routier : le guide Restaurants Poids Lourds (RPL). Guide qui se targue de référencer gratuitement sa sélection, se veut plus pratique et plus international (Belgique, Suisse) en une seule édition.

J’aime les restaurants routiers. J’aime encore plus l’esprit des restaurants routiers. Huit lettres plurielles qui appellent à l’escale, au voyage. Une promesse modeste mais patrimoniale, un genre singulier comme le sont les bouillons parisiens ou les bouchons lyonnais. « Nourrir convenablement les chauffeurs et les aimer », telle était la devise des routiers au début des années 30.

Photo accrochée au mur, dans l’autre salle du restaurant

Sur le même sujet autour de la Nationale 7 → Lien vers la série estivale « De Paris à Menton, Atabula a mangé la Nationale 7 »

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Pratique → Chez Philippe (La Tête Noire) – Route des Vacances – Savasse (26) – 06 61 45 53 10

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Auteur → Ezéchiel Zérah / ©Atabula

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