Alain Ducasse, homme sans concession, va perdre bien plus que la Tour Eiffel
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Alain Ducasse, homme sans concession, va perdre bien plus que la Tour Eiffel

Débouté et dégoûté. Dans l’affaire de la Tour Eiffel, Alain Ducasse boit le calice jusqu’à la lie. L’homme, sans concession, est en train de perdre en réalité bien plus que la concession de la Dame de fer. Mercredi 22 août, la justice administrative a confirmé la légalité de la décision de la Société d’exploitation de la Tour Eiffel (SETE) qui confie la restauration au groupe Sodexo et au duo de chefs Frédéric Anton et Thierry Marx. L’homme d’affaires monégasque assurait, lors des plaidoiries qui ont eu lieu le 16 août dernier, qu’il y avait un « manquement au principe d’impartialité » car le cabinet Nova Consulting, à qui la SETE a confié la notation des offres, avait été le conseil de Sodexo. L’argument a été balayé d’un revers de la main par la justice. Résultat des courses : c’est le groupe Ducasse et Elior qui doivent sortir le porte-monnaie, via leur société commune Excelsis : 2 000 euros pour la SETE, 1 500 euros pour la Sodexo. Le camouflet est complet pour Alain Ducasse qui passe, aux yeux de beaucoup, comme un très mauvais perdant.

Perdant, le sera-t-il à la prochaine étape ? Car, comme dans tout bon feuilleton, il y a des suppléments et des surprises. Dès l’annonce de la décision de justice, l’avocat d’Alain Ducasse a annoncé que la société Excelsis se pourvoira en cassation devant le Conseil d’État et qu’elle déposera ensuite un recours en contestation de validité du contrat devant le tribunal administratif de Paris. Encore un peu, et Alain Ducasse portera l’affaire devant la justice européenne… En attendant, du côté de Sodexo, on respire un petit peu mieux. « Nous étions confiants car nous connaissons notre offre, ses atouts et surtout la rigueur avec laquelle nous avons travaillé sur ce projet et avec laquelle nous travaillons depuis toujours. Nous nous tournons maintenant vers l’avenir avec fierté, entourés d’une équipe d’excellence qui incarne la gastronomie de notre époque, apporte une vision plus inclusive, ouverte, moderne et démocratique de la cuisine française et qui saura la faire rayonner dans le monde » explique dans un communiqué Nathalie Bellon-Szabo, directrice générale Monde Sports et Loisirs chez Sodexo. Du côté des chefs Anton et Marx, les équipes sont déjà en ordre de bataille pour assurer la restauration sur les points de vente à partir du 1er octobre 2018.


Info Plus → Derrière les deux têtes d’affiche Anton et Marx, d’autres acteurs interviennent à la Tour Eiffel : les architectes Aline Asmar d’Amman, Nicola Delon et Ramy Fischler repenseront les espaces. Ubudu, start-up spécialisée dans l’optimisation des flux de visiteurs travaillera à leurs côtés.


Que cherche vraiment Alain Ducasse dans cette affaire plus que mal partie pour lui ? Est-ce Ducasse qui pousse à poursuivre la procédure ? Est-ce plutôt Elior ? Quoiqu’il en soit, le Monégasque est en train de perdre bien plus que le marché de la Tour Eiffel. D’une part, il ternit durablement son image de chef rassembleur, qu’il incarne notamment au sein du Collège Culinaire de France ; d’autre part, il apparait comme un mauvais perdant aux yeux de tous (la presse étrangère l’a souligné à plusieurs reprises) ; enfin, il ravive et incarne à lui tout seul la guerre des chefs alors même que le petit monde de la gastronomie vient de perdre Joël Robuchon cet été et Paul Bocuse en début d’année. Manifestement, il n’y a plus ni garde-fou, ni « juge de paix » (une expression récemment utilisée par Pierre Gagnaire) pour veiller aux excès de certains grands chefs.

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Sur le même sujet → Alain Ducasse, le début de la fin ? / Concession de la Tour Eiffel : un objectif majeur pour Alain Ducasse

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Foods’ Who → Alain Ducasse / Frédéric Anton / Thierry Marx

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Auteur → Franck Pinay-Rabaroust / © Lionel Bonaventure

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