KM 996 / Le citron de Menton, entre mythe et réalité

Une longue série estivale et gourmande avec pour fil directeur une route qui n’existe plus, il fallait oser. De Paris à Menton par la Nationale 7, Atabula est parti à la rencontre des acteurs de la gastronomie française pour en savoir plus sur leur rapport à cette route mythique et sur leur propre histoire. Dernière halte, kilomètre 996, à Menton (Alpes-Maritimes). Emblème du Sud, produit d’exception utilisé par les plus grands chefs, le citron de Menton fascine autant qu’il est convoité. Mais que sait-on vraiment de cet agrume de luxe ?

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A Menton, le citron a un prix : 10 euros le kilo pour être plus précis, soit près de trois fois le tarif déboursé pour ses homologues espagnols ou argentins de supermarché. Depuis 2015, la ville accolée au flanc de montagne, lovée entre terre et mer, dispose de la seule IGP française de citron. Un or jaune centenaire, exploité dans l’ombre depuis des décennies, mais qui s’est récemment retrouvé propulsé sur le devant de la scène, devenant plus qu’un fruit : l’emblème d’un terroir. La raison à cela ? Un retour des consommateurs au « manger français » et une utilisation du produit par de grands chefs, le tout assaisonné de quelques gouttes de communication.

Produit d’exception, certes. Vertus thérapeutiques, passons. Mais le citron de Menton est-il vraiment si particulier ? Nul doute, la situation géographique singulière de la ville fait d’elle l’une des plus à même de cultiver le citron, profitant d’hivers doux et d’étés pas trop brûlants. Un micro-climat qui permet aux fruits de développer des arômes et une chair sucrée qui a fait son succès tout au long de l’année sans jamais être touchés par le gel. « Et à ce jour, les cinq variétés acceptées dans l’IGP et les plus à même de donner ces gros citrons sont l’Adamo, le Cerza, l’Eureka, le Santa Teresa et le SRA 625, plus communément appelé Citron de Menton. », indique Franck Curk chercheur au sein de la collection d’agrumes de l’INRA (installée sur la côte est de la Corse et comptant plus de mille variétés). Un cahier des charges lourd et des espèces rares donc pour ce produit d’exception. Mais si son prix atteint donc parfois des sommets sur les étals, c’est en grande partie dû au faible nombre de producteurs, car jusqu’au milieu des années 2000, le citron de Menton ne faisait guère frissonner, si ce n’est quelques chefs locaux. Aujourd’hui encore, rares sont les jeunes producteurs à s’installer malgré l’effort de la mairie dans le développement de l’agriculture et la création d’un poste dédié à la promotion du citron au sein même du conseil municipal. Avec moins d’une vingtaine de producteurs dans l’IGP et seulement 40 tonnes produites en 2017, la production reste confidentielle et il est impossible de répondre à toute la demande (qui nécessiterait la production de 2 000 tonnes par an).

Depuis près de dix ans, Christophe Sacchelli est intégré à l’IGP et travaille en permaculture. Aujourd’hui, il dénonce « l’utilisation de produits Monsanto, jusque dans les exploitations bio ». Car si le cahier des charges spécifie qu’aucun traitement ne doit être appliqué au citron après récolte, rien n’indique la marche à suivre tant que le fruit est sur l’arbre. Une problématique d’autant plus importante que ce citron est réputé pour sa peau épaisse sans aigreur, généralement dégustée et parfois transformée en nid à intrants. Loin d’être parfaite, l’IGP présente donc encore quelques failles, mais a permis à l’économie des producteurs mentonnais de bondir. « Ces citrons ne servent pas à la décoration dans les assiettes contrairement à ceux qui viennent d’Argentine. Ceux-ci sont utilisés pour leur goût et ne répondent donc pas du tout au même besoin que les produits bas de gamme », explique Franck Curk. Avec une demande des plus grands chefs mais aussi de particuliers du monde entier en quête de produits de grande qualité, le prix du citron a grimpé en flèche, et les producteurs de légumes et d’agrumes locaux ont bénéficié d’une exposition hors norme. Si l’IGP pose encore de nombreuses questions, elle n’en reste pas moins un facteur important qui a permis à l’agriculture mentonnaise de subsister.

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Info plus → Chaque année depuis 1934, le « pays des fruits d’or » consacre une fête à son citron. Au programme : sculptures géantes en agrumes (importés d’Espagne, les produits locaux étant jugés trop précieux), défilés et événements nocturnes dans la ville illuminée. Près de 120 tonnes d’agrumes sont utilisées chaque année pour réaliser l’ensemble du décor.

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Sur le même sujet autour de la Nationale 7 → Lien vers la série estivale « De Paris à Menton, Atabula a mangé la Nationale 7 »

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Auteur → Léandre Mage

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