Ducasse sur Seine : quand la gastronomie navigue, divague-t-elle forcément ?

L’expérience d’un repas qui se veut gastronomique (par la qualité de l’assiette et par ses tarifs) sur un bateau qui vous balade sur la Seine est difficilement définissable. Il...

Où regarder ? Où se concentrer ? Comment bien vivre le repas ? L’expérience d’un repas qui se veut gastronomique (par la qualité de l’assiette et par ses tarifs) sur un bateau qui vous balade sur la Seine est difficilement définissable. Il y a la naissance d’un conflit : entre l’assiette et le paysage mobile. Comme des vases communicants, l’intérêt de la navigation pousse naturellement à un moindre intérêt pour l’assiette. Il n’y a là rien d’intrinsèquement négatif, mais un questionnement :  quand la gastronomie navigue, divague-t-elle forcément ?

Sur le bateau de Ducasse sur Seine, le navire quitte le quai sans aucun bruit (la propulsion est électrique), sans même le moindre à-coup. Le repas peut doucement commencer avec, derrière les vitres, une succession de monuments tous plus imposants les uns que les autres. La vitesse est lente et nous nous faisons doubler par tout ce que la Seine parisienne compte comme embarcations. En léger fond sonore, une musique classique de bon goût. La première impression est celle d’une douceur ouatée et d’une langueur certaine, accrue par la chaleur excessive (la climatisation était pourtant à fond...). Aucun bruit extérieur ne vient perturber l’habitacle ; seuls les yeux sont sollicités. Or, si dans les grands restaurants la vue fait partie intégrante de l’expérience culinaire, elle est, sauf exception, totalement restreinte (contrainte) à l’univers de la table : le bal du service, la beauté des dressages, sa voisine ou son voisin. Quant au paysage, il peut prendre une place importante dans l’expérience – Maison Bras, La Grenouillère, La Chèvre d’Or, Mirazur, Le Petit Nice...) – mais, d’une part, il est fixe et, d’autre part, il est voué à disparaitre avec la nuit tombante. Il constitue un accessoire plus ou moins important du repas. Là, naviguer sur la Seine déplace la question de cet accessoire visuel pour le mettre quasiment au centre du jeu. Entre l’assiette et le paysage, il y a un duel antithétique : si je suis sur un bateau sur l’eau, c’est pour profiter de la vue ; mais si je suis dans un restaurant gastronomique, c’est surtout pour profiter de l’assiette (sinon je me contenterais d’un simple bateau-mouche beaucoup moins onéreux).

À lire → Alors, ça vaut quoi Ducasse sur Seine ?

Nul doute que pour certains mangeurs, cette dualité provoquera un sentiment déceptif – je ne profite ni de l’un, ni de l’autre ; pour d’autres, elle apportera une valeur ajoutée réelle. Pour tous, un repas à vocation gastronomique sur un bateau en mouvement constitue une expérience singulière, mais largement indéfinissable. Quand la gastronomie navigue, divague-t-elle forcément ? Non mais, assurément, elle perturbe.

________

Sur le même sujetPlongée photographique chez Ducasse sur Seine

________

Auteur → Franck Pinay-Rabaroust / © FPR

Pas encore de commentaire

Laisser un commentaire

*

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

PUBLICITÉ


SNACK & STREET


PUBLICITÉ


LA PLATEFORME ATABULA