Mange Lille : pleins feux sur les chefs du Nord

Depuis trois ans à la mi-septembre, le festival Mange Lille met en lumière la gastronomie lilloise. Objectif de la manifestation : faire reconnaître la richesse méconnue du terroir local...

Depuis trois ans à la mi-septembre, le festival Mange Lille met en lumière la gastronomie lilloise. Objectif de la manifestation : faire reconnaître la richesse méconnue du terroir local et le savoir-faire culinaire encore confidentiel du cru. Pour arriver à leurs fins, les organisateurs mobilisent les meilleurs ambassadeurs qui soient. Ce sont les chefs, qui sont au cœur de l’organisation et du déroulement des festivités.

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À force de s’entendre dire qu’il n’y avait rien de valable à Lille pour bien manger, la journaliste gastronomique native du nord Marie-Laure Fréchet (L’Express, Saveurs) a fini par prendre la mouche. Avec son ami Nicolas Verhulst, spécialiste en marketing et fine gueule, elle a donc décidé de créer un événement pour contrecarrer cette idée. En 2013, les deux compères commencent à réunir des chefs locaux pour réfléchir à un concept valorisant leur travail à l’échelle nationale. « À Lille on a tout ce qu’il faut. Le plus grand port de pêche de France à proximité (Boulogne-sur-Mer), du fromage, une agriculture dynamique, notre tradition brassicole. Quand on consulte les guides touristiques, on se rend bien compte que le Nord-Pas-de-Calais était logé, jusqu’aux années 60, à la même enseigne que les autres régions. Je crois que l’image générale du nord, celle d’une région ouvrière et populaire, a rejailli négativement sur la gastronomie », analyse Marie-Maure Fréchet. Mange Lille, c’est d’abord l’histoire de quelques dîners assez confidentiels orchestrés par les chefs du cru, histoire de convaincre les acteurs locaux et de potentiels partenaires du bien-fondé de passer à la vitesse supérieure. Ce qui advient en 2016. Pour sa première édition, le festival attire 10 000 visiteurs. Cette belle affluence se confirme en 2017 avec 24 700 visiteurs recensés en une semaine gare Saint-Sauveur, place forte de la manifestation. Nicolas Verhulst s’attend cette année à une affluence avoisinant les 40 000 âmes. « On est étonné de la ferveur du public tous les ans, on ne s’attendait pas forcément à ça en trois ans », se félicite Steven Ramon, chef du restaurant Rouge Barre à Lille et fortement impliqué dans l’aventure Mange Lille.


À regarder →Retour en vidéo sur l'édition 2017 de Mange, Lille


Association à but non lucratif, Mange Lille n’est pas le festival gastronomique disposant des plus gros moyens financiers en France mais se distingue par sa créativité. « Chaque édition réserve son lot de nouveaux lieux et événements. Et puis on se concentre sur l’essentiel : faire manger les gens, leur dire ‘voilà comment ça se passe chez nous’ », explique Marie-Laure Fréchet. La co-fondatrice insiste également sur la dimension locavore et collective de la manifestation qui repose sur des chefs hyper impliqués. « On fait tout ensemble, donc le circuit de décision est rapide », poursuit-elle. Un mode de fonctionnement qu’apprécie Steven Ramon. « Rassembler vingt chefs autour d’une table c’est compliqué. On se réunit seulement pour faire le bilan après le festival et puis on se retrouve en mai-juin pour parler du suivant. Le reste du temps on communique beaucoup sur notre groupe Whatshapp pour organiser les évènements », explique l’ex-sous-chef de Benoît Bernard à La Laiterie (Lambersart). La spécificité de Mange Lille réside aussi dans son éclectisme. Cette année, le visiteur pourra naviguer d’un extrême à l’autre. D’un côté le populaire Moule Beats (un repas géant autour de la moule vendu 12 euros en gare Saint-Sauveur) assuré par Steven Ramon et le pâtissier Romain Montagne, et de l’autre de prestigieux pop-up au sein de l’église Sainte-Marie-Madeleine (compter entre 70 et 150 euros le menu dégustation).


À lire → Quel modèle économique pour le festival Mange Lille ?


Une marque de fabrique qui a déjà porté ses fruits selon Marie-Laure Fréchet. « Il y a eu un vrai coup de projecteur au niveau national. Je constate que mes confrères de la presse spécialisée s’intéressent chaque année un peu plus à Mange Lille », explique la co-fondatrice. Pour Steven Ramon, le festival devra encore franchir un cap avant d’avoir un vrai impact national. « Dans la région des Hauts-de France, nous n’avons que deux chefs doublement étoilés (Marc Meurin à Busnes et Alexandre Gauthier près de Boulogne-sur-Mer) qui sont en retrait de la ville et de la métropole lilloise. Marc Meurin a déjà participé au festival et, même s’il l’a fait de manière ponctuelle, je sais qu’il s’était éclaté. Je pense que Mange Lille aurait besoin d’une ou deux têtes d’affiche », juge le chef lillois, amoureux de l’ambiance sans prise de tête qui règne sur le festival. « Pour moi, participer est une manière de voir tous les collègues. Parfois on aimerait bien aller manger chez les uns et les autres mais le métier nous laisse peu de temps. Et puis on n’est pas là pour exiger quoi que ce soit ou être jugé, seulement pour s’éclater », savoure Steven Ramon.

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Lien

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Foods' Who → Marie-Laure Fréchet

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Auteur → Louis Jeudi / © Sophie Stalnikiewicz - Renaud Wailliez

 

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