Pic, Barbot, Passard et quelques autres : pourquoi ces chefs sont intouchables

Quelles sont les valeurs qui fondent leur intouchabilité ?

Critiquer ouvertement quelques chefs surexposés, Alain Ducasse en tête, est devenu un exercice presque commun, facile, voire consensuel. Depuis quelques années, la presse grand public porte sur eux un regard plus circonstancié et complexe, donc critique. Qui se montre trop s’expose naturellement à la critique ; les rouages médiatiques sont ainsi. Mais, dans le lot de toqués, il y a quelques figures sur lesquelles la critique n’a pas de prise. Ou, disons-le autrement, les critiquer reviendrait à se prendre frontalement un tombereau d’incompréhension, voire plus. Reste à savoir pourquoi.

Les Pascal Barbot, Alain Passard, Anne-Sophie Pic et d’autres (Bras, Troisgros….) seraient-ils à ce point irréprochables, au-dessus de la mêlée des petites contingences du métier ? Pendant des années, ils ont su, à leur façon, échapper aux trois grands vices de leur époque : une trop grande médiatisation – source de grandeur et de décadence à elle seule ! –, une trop importante dispersion en multipliant les affaires et une trop voyante propension à vouloir faire de la politique dans un milieu où règnent les relations de pouvoir. Ces trois chefs ont réussi là où tant d’autres ont échoué : devenir des figures iconiques de leur métier, avec, à chaque fois, un créneau parfaitement identifiable : l’avant-gardisme légumier pour Passard, la géniale curiosité (et discrétion) de Barbot et la talentueuse femme-héritière-modeste pour Pic.

Le cas particulier d’Anne-Sophie Pic est emblématique de la situation. Un article récent publié sur Atabula, intitulé « Anne-Sophie Pic en ferait-elle trop ? », a rapidement fait réagir les réseaux sociaux, polémique qui peut se résumer en une seule question : aurions-nous fait le même article s’il avait été question d’un homme ? Misogyne Atabula ? Alors même que le groupe Pic fait depuis quelques années un virage à 180° (développement tous azimuts, communication exacerbée, développement de produits dérivés…), il nous semblait légitime de poser la question. Mais pour certains, c’était déjà trop ! « Anne-Sophie Pic est une icône. Quoi qu’elle fasse, elle est intouchable » nous expliquait une spécialiste de la communication des chefs.

Pourtant, Anne-Sophie Pic ne serait-elle pas en train de rompre doucement le pacte de confiance qui fonde son intouchabilité, et qui repose sur le double principe de la rareté et de la sincérité ? Ce qui est en cause n’est bien évidemment pas le talent et la personnalité de la cheffe de Valence, ni même sa « vraie » sincérité, mais la perception du personnage Pic, son reflet médiatisé et les inévitables questionnements – en sourdine pour l’instant – du pourquoi d’un tel bouleversement.

En politique comme en cuisine, la rareté de la proposition suscite le désir. Et le respect. C’est peut-être très français comme raisonnement, mais c’est ainsi. C’est toute la force des chefs comme Alain Passard, Pascal Barbot, Michel Troisgros ou Michel (et Sébastien) Bras de maintenir le parfait dosage entre sincérité – de par l’identité de leur cuisine et leur présence physique dans leur restaurant – et rareté – une présence maitrisée dans les médias et des engagements publics limités. Cela semble simple sur le papier mais tous les chefs le savent bien : faire simple, c’est déjà compliqué.

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Sur le même sujet → Projets à répétition, émission de télé et surexposition médiatique : Anne-Sophie Pic n’en ferait-elle pas trop ?

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Foods’ Who → Anne-Sophie Pic / Alain Passard / Pascal Barbot

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Photographie → © DR

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