Mise en bouteille des premiers vins issus de variétés résistantes françaises : faut-il lever son verre ?

Coup de com' ou révolution dans la vigne (et le verre) ?

Boire un petit verre de vin, c’est agréable mais issu de variétés résistantes françaises, c’est vraiment mieux ? Alors que l’Union de caves coopératives audoises Foncalieu s’apprête à commercialiser en 2019 les premiers vins à base d’Artaban – un cépage résistant aux maladies de type oïdium et mildiou -, on s’interroge chez Atabula sur son intérêt gustatif… Alors, coup de com’, ou véritable révolution dans le verre ?

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Fier comme… Artaban. En s’inspirant de la fameuse locution proverbiale, les chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) qui ont développé et nommé cette nouvelle variété « Artaban », l’imaginaient bataillant fièrement contre les maladies de la vigne de type oïdium et mildiou, deux parasites qui se propagent avec l’humidité entraînée par les épisodes pluvieux. Issu d’un programme de recherche INRA basé à Colmar (Resdur 1), l’Artaban permettrait de réduire les traitements fongicides de 90% en limitant les pulvérisations à un ou deux passages, contre huit à douze précédemment selon les régions viticoles. L’Artaban serait donc un super héros de la vigne en quelque sorte, inscrit au catalogue français depuis janvier 2018, ce qui autorise sa commercialisation dans l’espace communautaire aux côtés de trois autres obtentions françaises récentes, les cépages Vidoc, Floréal et Voltis.

Une cave coopérative, Les Vignobles Foncalieu basée dans l’Aude, a souhaité être la première à commercialiser des vins issus de ces variétés françaises. Dès 2016, un hectare d’Artaban a été planté sur les 4000 hectares que possède ce groupement coopératif de 650 viticulteurs, entre Corbières et Carcassonne. Le Vidoc et le Floréal ont suivi en 2017 et 2018 avec respectivement 3,5 hectares et 66 ares plantés. Mécaniquement donc, c’est l’Artaban – le cépage le moins intéressant de tous –, rentré en production le premier, qui était vendangé mi-septembre, livrant 4,40 tonnes de raisin. De quoi produire 5 000 bouteilles pour une commercialisation annoncée courant 2019… Sans que l’on sache encore si ce « nectar » sera un 100% Artaban ou un vin d’assemblage ce qui permettrait d’en gommer les défauts. Un petit hectare donc, mais un grand pas pour la communauté des buveurs qui n’en demandaient pas tant. Car l’Artaban justement, ne subjugue pas par son intérêt gustatif. Ses qualités sont ailleurs !

Organisée fin septembre, une première dégustation de ce vin en début de fermentation (avant les fermentations malolactiques), révélait certes une bonne acidité de ce cépage, de la couleur, un nez de fruit rouge type Gamay ou Pinot noir, mais rien n’y fait : l’Artaban présente une aromatique peu marquée ! Faiblement tannique aussi, son faible degré en alcool (11,7°) le rend surtout intéressant en assemblage pour venir dompter d’autres variétés à degrés trop élevés. Un point fort donc pour cette variété, en contexte de réchauffement climatique. Autres avantages ? Son acidité qui le rend propice à l’élaboration d’un Beaujolais. C’est d’ailleurs dans le Beaujolais sur un réseau national de six stations INRA, que ce cépage a donné les vinifications expérimentales les plus intéressantes. « L’Artaban vinifié conformément à son type, c’est-à-dire en vinification de type primeur, fonctionne très bien mais cela correspond à une niche plus étroite », précise Christophe Schneider, ingénieur de recherche responsable du programme INRA ResDur à Colmar.

Mais alors, pourquoi l’Artaban dans les plaines du Biterrois, sur la commune de Maraussan dans l’Hérault ? Une question de disponibilité des plans, la production du matériel végétal étant à la traîne en France. L’effet buzz aussi pour cette cave coopérative qui a souhaité être la première, avec l’ambition affichée de « créer des produits rares, atypiques pour sortir des sentiers battus », selon son président Jean-Michel Servage. A la décharge de Foncalieu toutefois, on signalera que ce groupement coopératif vertueux teste depuis les années 2000 toutes les options pour limiter les intrants et convertir ses viticulteurs à des pratiques éco-responsables : déjà 31 hectares en agriculture biologique et 158 hectares en cours de conversion, des vignerons labellisés Haute Valeur Environnementale, le recours à la confusion sexuelle avec déjà 25% du vignoble confusé et, à présent, une longueur d’avance sur les cépages résistants.

« L’Artaban, nous n’en ferons jamais plus de 5 000 bouteilles, tranche Gabriel Ruetsch, responsable agronome des Vignobles Foncalieu. Son profil vin, tout seul, n’est guère séduisant et pas du tout languedocien. ». L’Artaban, « fier comme un bar-tabac » aurait dit Coluche ? Si l’opération de Foncalieu fleure bon le coup de communication, les autres variétés résistantes plantées par cette union de caves coopératives présentent en revanche des profils intéressants : le Vidoc de tempérament davantage méridional, très chargé en polyphénols et en tannins, ce qui semble le promettre à de beaux élevages ; et le Floréal, un cépage gris très expressif au nez, qui « fait l’unanimité pour la belle aromatique fleurie à laquelle il doit son nom », commente notre confrère Hervé Lalau des 5duvin.

Pour s’en convaincre, il faudra attendre quelques années avant que les vignes ne rentrent en production. D’ici là, trinquons toutefois à cette initiative privée qui offre un premier débouché à ces vignes du futur, en permettant à la recherche française un changement d’échelle vers des vinifications adaptées, c’est-à-dire qui aillent au-delà des tests expérimentaux (80 litres). Étape essentielle pour tester le potentiel gustatif de ces raisins sur lesquels il reste encore beaucoup de questions en suspens.

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Pratique → Domaine de Foncalieu – Domaine de Corneille, Arzens (11290) – 0468762168 – contact@foncalieu.com – www.foncalieu.com

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Photographie → © Idelette Fritsch

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