SIAL 2018 : le ministre-lobbyiste des pesticides rassure l’agroalimentaire quand le consommateur veut « du goût, du vrai, du sens »

Il y a les préoccupations environnementales et il y a notre ministre-lobbyiste des pesticides : le SIAL fait le grand écart

Préoccupations environnementales, exigence qualitative et souci du bien-être animal : le Salon international de l'Alimentation (Sial) a ouvert ses portes dimanche matin près de Paris avec une obligation de répondre aux nouvelles exigences du consommateur. Quant au nouveau ministre pro pesticides, il fait… de la politique.

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Ah, on l’aime lui ! Didier Guillaume, notre « ministre des pesticides » (le bon mot est de la députée écologiste Esther Benbassa), a fait le job bien comme il faut. Celui qui a bien précisé qu'il était autant ministre de l'agriculture que de l'alimentation a assuré aux industriels de l'agroalimentaire, lors de son discours d'inauguration, qu'il saurait les accompagner dans la transition qu'ils étaient en train d'opérer pour répondre "aux attentes sociétales pour plus de transparence et de traçabilité". Tout en précisant que" la France est le pays où le système sanitaire est le plus sûr du monde". Peut-être est-ce grâce aux pesticides ! Rappelons que ce cher ministre a osé avancer que c’était aux scientifiques de prouver les conséquences des pesticides, ce qui est tout simplement… contraire à la loi ! Merci m’sieur le ministre. À moins que cela ne soit aussi des bêtises, Didier Guillaume a pris quelques engagements : "Le gouvernement va mobiliser le volet agricole du grand plan d'investissement, dans lequel 1,7 milliard d'euros est fléché sur le maillon industriel". Il a également annoncé la signature "dans les prochains jours" d'une convention avec Bpifrance pour le financement d'un accélérateur de PME agroalimentaires, visant à favoriser le développement d'entreprises à fort potentiel. Ces engagements de l'Etat vis-à-vis du secteur alimentaire vont aussi se décliner dans la feuille de route du Contrat stratégique de la filière agroalimentaire, élaboré par les représentants du secteur et qui devrait être signé prochainement, visant à "aligner" les priorités de l'Etat et des entreprises autour de projets structurants, a-t-il ajouté.

Retour au Sial. Quelque 7 200 exposants de 119 pays sont présents pour promouvoir innovations et valeurs sûres. Parmi les 400 000 produits présentés, pas moins de 2 500 nouveautés sont attendues. Au premier rang des créateurs d'innovations alimentaires, l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) va présenter les résultats de ses recherches, notamment "des farines mixtes pour fabriquer des pâtes qui associent blé et légumineuses comme les pois, les lentilles et les fèves, et offrent des profils en acides aminés essentiels optimum, permettant aux gens qui mangent moins de viande d'équilibrer leur alimentation en protéines", a expliqué son président, Philippe Mauguin. Une manière de satisfaire le "flexitarien gourmand" courtisé par les organisateurs du salon : il mange moins de viande mais de meilleure qualité. Dans cette optique, les burgers de viande maturée présentés au salon seront peut-être une des solutions pour contrer la baisse de consommation, alors que l'élevage de masse est cité comme l'une des sources du réchauffement climatique.

Sur fond de prise de conscience de ce phénomène et face aux polémiques et scandales qui secouent régulièrement le secteur de l'alimentation en France, les organisateurs résument les souhaits des consommateurs en trois mots : "du goût, du vrai, du sens", sur la base d'une vaste étude réalisée dans une quinzaine de pays-clés par Kantar TNS. "Nous sommes vraiment dans un virage" affirme le directeur général du réseau Sial, Nicolas Trentesaux, organisateur de la manifestation. "Le dogme des méga-marques mondiales perd de l'importance" et "nous assistons à une émergence de beaucoup de petites marques pointues, portées notamment par une food tech très active en France" et l'envolée mondiale du phénomène de "snacking", la restauration rapide et nomade.

Le Sial devrait aussi être le théâtre d'une "explosion" de l'offre de légumineuses, super-fruits, super-légumes, super-graines, micro-algues, "permettant de manger des protéines de manière gourmande", selon Xavier Terlet, président du cabinet XTC World innovation qui analyse les tendances mondiales. L'étude Kantar TNS, qui porte sur cinq pays occidentaux clés (France, Espagne, Allemagne, Royaume Uni et Etats-Unis), la Russie, la Chine, des Etats du Moyen-Orient ainsi que la Malaisie et l'Indonésie, montre aussi une soif de "transparence" des mangeurs urbains. M. Terlet souligne des innovations "nombreuses et variées" en matière de "naturalité et de bio", dont le chiffre d'affaires a explosé en France en 2017, à huit milliards d'euros contre sept milliards en 2016.

Alors que la planète compte en moyenne une centaine de millions de bouches à nourrir supplémentaires chaque année et que le monde a "atteint un point de non-retour" en matière de changement climatique selon l'Onu, les entreprises agroalimentaires ont "bien pris la mesure des enjeux", affirme M. Trentesaux. Notre ministre-lobbyiste des pesticides a probablement opiné du chef.

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Sur le même sujet Les startups à ne pas manquer au Salon international de l’Alimentation 2018 (SIAL)

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Pratique → Sial Paris Nord Villepinte, du 21 au 25 octobre - www.sialparis.fr

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Photographie → ©Photo by Boris Smokrovic on Unsplash

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