Régime individuel, nutrigenomics et produits sains : l’avenir de l’alimentation n’est pas sexy

Dans l’univers de l’alimentation, la science-fiction n’a jamais fait rêver
Dans l’univers de l’alimentation, la science-fiction n’a jamais fait rêver. Les experts des années 80 prédisaient déjà des gélules de toutes les couleurs pour se nourrir au tournant du XXIe siècle. Heureusement, en cette fin 2018, nous dégustons encore de la viande, des frites, du foie gras et un tas de cochonneries qui nous rendent heureux à défaut de nous maintenir toujours en bonne santé. Rebelote avec le dernier Salon international de l’alimentation (SIAL) qui vient de fermer ses portes et qui, forcément, s’est penché sur ce que nous engloutirons dans un avenir plus ou moins proche. Par-delà les différents progrès technologiques – robotisation de l’environnement culinaire notamment –, plusieurs experts ont prôné la montée en puissance des ingrédients sains. Point de révolution donc, plutôt une confirmation des tendances actuelles avec quelques points sensibles tout de même.

Parmi les grandes tartes à la crème de notre époque, il y a le poids croissants du bio (peut-être faudrait-il distinguer le vrai bio du pseudo-bio, le bio respectueux de toute la filière ou simplement du produit final….), des protéines végétales et des légumineuses, lentilles, haricots secs et autres pois chiche. La viande, elle, continue son chemin de croix et reste accusée de tous les maux. Espérons que, rapidement, l’on redéfinisse le statut de la viande dans notre société… Derrière la question des produits, il y a celle des grandes tendances sociétales. « Pour la nourriture de demain, on va vers une individualisation, c’est certain. Il y a déjà beaucoup de régimes différents selon que vous êtes gros, maigre, sportif, intolérant au gluten ou diabétique, on parle maintenant de l’arrivée de la « nutrigenomics », la nutrition accordée à la génétique, mais on y va de manière naturelle, avec des vitamines, des ferments naturels », résume Xavier Terlet, du cabinet XTC, en conclusion du salon. De la popote individualisée donc ; ce sera peut-être bon pour la santé du monde, mais néfaste pour le vivre ensemble, catastrophique pour ce qui fait le repas : le partage. A ce jeu-là, autant prendre des substituts de repas chacun dans son coin, devant son écran. C’est ce que pense la startup Feed qui s’est associée au chef Thiery Marx pour lancer une gamme bio de substituts de repas à boire. So sexy les repas à boire… Pour Xavier Terlet, il n’y a pas s’inquiéter avec ce genre de propositions culinaires. « D’abord, ce n’est pas nouveau. C’est un non-produit alimentaire destiné aux gens qui n’ont pas de temps, et qui n’associent pas manger avec plaisir. Cela peut avoir un intérêt uniquement en situation contrainte », souligne-t-il. Même son de cloche chez Claude Boiocchi, consultant et philosophe de formation, qui qualifie les produits de ce type de « nourriture extra-humaine » pour des gens qui entretiennent une « mauvaise » relation avec leur corps. Extra-humaine, mais ultra-pratique ! « Pour avoir accompagné des traders se nourrissant à 80% de sodas et de barres de céréales, qui deviennent agités ou dépressifs, ou des jeunes connaissant de graves troubles de l’alimentation, je plaide plutôt pour que les gens connaissent mieux leurs corps, ses besoins et ses limites, et qu’ils envisagent le repas comme un partage, plutôt que de s’en remettre à une potion magique » assure-t-il.

Alors, l’avenir de la bouffe est-il vers le mal, le bon ou le sain, l’un n’étant pas exclusif de l’autre ? La plupart des acteurs parient pour le sain. Un problème de riche bien évidemment, puisque la question n’est plus celle de la quantité de nourriture disponible – l’Afrique se pose d’autres questions que nous sur la nourriture en 2050… – mais celle de sa qualité. Ainsi, l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) parraine une « microbiotech » pointue centrée sur l’entretien et le soin de la flore intestinale. Plus largement, les réflexions des chercheurs se portent sur les fonctionnalités de la nourriture sur le système digestif. À quand un menu au restaurant avec le degré de qualité du menu pour la flore intestinale ? C’est ça le progrès… Le ventre, notre deuxième cerveau, est de plus choyé et pris en considération. Toute une famille de produits fermentés et naturels a été mise à l’honneur, des yaourts aux kefirs (boissons issues de la fermentation du lait avec des levures naturelles) en passant par les kombuchas (boissons acidulées obtenues grâce à des levures avec des thés ou tisanes) ou les kimchi coréens (choux fermentés). Venu présenter les bienfaits de la nourriture coréenne pour la santé, Junghoon Moon, enseignant à l’université nationale de Séoul, s’est félicité de voir dans les allées du salon « beaucoup de sociétés françaises et italiennes proposer de l’ail noir », également obtenu par fermentation. Signe pour lui que les Européens adoptent le « mode coréen ».

Alors qu’une enquête du magazine Que Choisir révélait qu’un quart des additifs alimentaires autorisés en Europe étaient à bannir, en raison des « risques » pour la santé, le salon a aussi mis en évidence le besoin de transparence et d’information exprimé par les consommateurs. Renforcé par la condamnation des aliments « ultra-transformés » récemment exprimée par une commission d’enquête parlementaire. De plus en plus de consommateurs utilisent des applications sur smartphone pour scanner les étiquettes afin d’obtenir la liste des ingrédients, ou des informations sur l’origine. Jusqu’au moment où quelques scientifiques démontreront l’inanité de ces applications très imparfaites… Reste que, face à ce raz-de-marée informationnel, les industriels sont sommés de répondre. « Le défi va être pour une PME de l’agroalimentaire au fin fond de la Creuse de rentrer dans cette nouvelle communication », prédit le directeur du Sial, Nicolas Trenteseaux. Sauf que la réalité est plus complexe : ce besoin de transparence et de « sain », parfaitement légitime au demeurant, est une aubaine pour les gros industriels : ils imposent leurs propres standards aux législateurs nationaux et européens. De par leur taille et leur organisation, ils ont les moyens de répondre aux nouvelles contraintes ; pas l’artisan individuel. Lui, l’artisan, le pur, il coule face aux contraintes administratives. Et c’est là que la science-fiction rejoint la triste réalité des petits indépendants qui prennent des « gélules » pour tenir le choc. Ce ne sont pas des compléments alimentaires, mais des antidépresseurs. On n’arrête pas le progrès !

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Photographie → © Photo by Cody Davis on Unsplash

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