Un vigneron a réussi à faire chanter la vigne et prouver que chaque cépage fait une musique différente
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Un vigneron a réussi à faire chanter la vigne et prouver que chaque cépage fait une musique différente

Voulant rajouter un « cinquième sens à la dégustation », un élu de la Chambre d’Agriculture de l’Hérault fait « chanter la vigne » grâce à un boîtier qui traduit en notes de musique les signaux électriques émis par la circulation de la sève dans un cep de vigne. Carignan, grenache ou cabernet franc livrent leurs premières notes insolites. Après la musique d’ambiance pour parking, le chant de la vigne bientôt dans les caveaux de vente ?

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Les plantes communiquent entre elles, ce n’est plus un gros mot de le dire depuis le phénomène de librairie « La vie secrète des arbres » (plus d’un million d’exemplaires vendus dans le monde) qui a mis en évidence les flux électriques lents, silencieux, générés par le monde végétal. Mais les plantes et la vigne chantent aussi. Jean-Charles Tastavy, vigneron et élu à la Chambre d’Agriculture de l’Hérault, en fait la démonstration depuis quelques mois. S’inspirant du pépiniériste landais Jean Thoby, spécialiste de la musique des plantes, il fait chanter la vigne au moyen d’un boîtier transcodeur développé par une entreprise du nord de l’Italie. Il a d’ailleurs déposé une marque à l’INPI, « Le chant de la vigne ».

Assez rudimentaire, le dispositif requiert ledit boîtier qu’on relie à une enceinte et deux capteurs, l’un fiché dans le pied du cep (juste au-dessus du porte-greffe, dans la partie friable du pied pour ne pas l’abîmer), l’autre sur une feuille. « Le transcodeur capte le différentiel électrique généré par l’activité de la sève entre le bas et le haut de la plante, donnant une courbe vibratoire transposée en notes de musique », explique l’élu héraultais.

Depuis juin, Jean-Charles Tastavy teste ce dispositif sur différents cépages, car chaque variété émettrait ses propres sons pour créer des compositions. Comme ceux de notre vidéo (ci-dessous), tirés de l’énergie d’un Carignan. « Mais c’est le cépage cabernet franc qui donne la plus jolie musique », affirme Jean-Charles Tastavy dont les premiers essais publics ont également fait chanter un grenache, un muscat d’Alexandrie et même des moûts en fermentation. « Depuis juin, je peaufine mes gammes. Il y a des moments plus favorables à l’expression du chant de la vigne en fonction de l’activité saisonnière de la sève », précise cet expert qui à ce stade de l’expérimentation, identifie deux pics d’activité : au printemps avant les floraisons, en automne pour la descente de sève.

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En vidéo

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Le vigneron héraultais souhaite à présent enregistrer le son des différents cépages existants pour les mettre à disposition des vignerons et caves coopératives, pour animer leurs caveaux de vente. « Déguster un Carignan en écoutant le chant produit par ce cépage, c’est offrir une nouvelle dimension à la dégustation », s’enthousiasme-t-il. Mais la mise en musique d’un tel projet, prête à sourire : car la vigne par nature, se trouve le plus souvent éloignée des caveaux de vente et par conséquence, de la fée électricité : il a fallu jusqu’à six rallonges pour rallier le dispositif à une prise de terre, lors de notre reportage ! Comment alors transposer l’expérience dans un caveau ? Grâce à la vigne bonzaï ! Jean-Charles Tastavy s’est équipé de cinq variétés de ces vignes miniatures (grenache, carignan, etc.) qui ne quittent plus le coffre de sa voiture. Autre difficulté : « proposer un enregistrement dans les caveaux, c’est prendre le risque de ne pas être crédible », lâche-t-il. Car le projet « Le chant de la vigne » peut laisser sceptique. « Quelques-uns rigolent ou affichent leur mépris lors des démonstrations. Mais si l’on se cause dans l’assistance, la vigne, immédiatement, s’arrête de chanter », affirme Jean-Charles Tastavy. Susceptible, la vigne ?

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Photographie → © DR

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