300 euros la bouteille de vin made in China ? Et pourquoi pas

Moët Hennessy vise le haut du panier international et souhaite valoriser l'image des vins chinois

La Chine, c’est l’avenir ! Après les babioles en plastique et les fringues à deux balles, le pays de Mao monte en gamme sur tous les terrains. Et vise le marché du luxe sans sourciller. Après le caviar chinois, voilà le vin à 300 euros la quille. À l’origine de ce pari pas si risqué : le géant français des vins et spiritueux Moët Hennessy.

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Rien que le storytelling, c’est déjà du haut de gamme. Le vignoble se situe à 2 200 mètres d’altitude, au pied des contreforts de l’Himalaya. La cuvée s’appelle « Ao Yun » en mandarin, soit « Vol au-dessus des nuages » en bon français, et il n’y en aura pas pour tout le monde. La production est plus que réduite avec seulement 2 000 caisses chaque année et, bien sûr, un tarif à faire pâlir un Chinois : 300 euros la bouteille.

C’est que la qualité a un prix. La récolte, cépages cabernet sauvignon et cabernet franc, va se faire à la main, relief oblige. Les 28 hectares, situés dans la province du Yunnan, sont répartis sur plus de 300 parcelles. Pour chaque hectare, c’est quelque 3 500 heures de boulot. "L'endroit est magique, on a ce côté sauvage, ce côté pur et ces espaces", s'enchante Maxence Dulou, le directeur du domaine ouvert en 2012 après quatre ans de recherche du terroir idéal. La température moyenne ressemble à celle du Bordelais dans cette région du sud-ouest de la Chine. Car si l'on est en altitude, l'endroit reste proche du tropique du cancer, avec un climat sec, à l'abri de la mousson et donc épargné par les maladies. A la différence d'autres terroirs chinois, il n'est pas nécessaire d'enterrer les ceps pendant l'hiver pour les abriter du gel.

Moët Hennessy a loué les terrains pour 30 ans aux cultivateurs qui s'étaient mis à la vigne 10 ans plus tôt, à l'instigation des autorités locales. Ces dernières cherchaient une production plus rentable que l'orge, cultivé jusqu'au début des années 2000. Mais faute d'expertise et de formation de ces viticulteurs reconvertis, la qualité du produit fini n'a pas été au rendez-vous. L'arrivée d'un géant mondial du secteur a changé la donne et permis de vendre le vin au prix fort jusqu'en Europe ou aux Etats-Unis. A 43 ans, Maxence Dulou, installé sur place avec son épouse depuis six ans, voit dans l'initiative le résultat d'un mariage réussi entre Est et Ouest. "On travaille avec des Tibétains, avec d'autres minorités chinoises, avec des Hans, qui sont la majorité chinoise, avec des Français, et donc on essaye de prendre le meilleur de chacune des cultures", résume-t-il. "Les Chinois sont très créatifs et n'ont pas peur du changement. C'est extraordinaire". L'implication du groupe français a aussi entraîné des investissements des autorités locales, qui ont goudronné les routes, apporté l'électricité 24 heures sur 24 et construit des dizaines de maisons.

Depuis une dizaine d'années, le goût prononcé des Chinois pour le vin a mûri avec le gonflement des effectifs de la classe moyenne, qui a appris à apprécier une bonne bouteille, et pas seulement parce qu'elle est chère. La Chine est devenue l'un des grands pays de consommation de vin. D'ici 2021, la Chine devrait devenir le deuxième marché mondial du vin derrière les Etats-Unis, passant ainsi devant la France, selon une étude publiée en février 2018 par Vinexpo/IWSR (International Wine and Spirit Research), avec un marché chinois qui devrait alors avoisiner les 23 milliards de dollars. Mais les fils du Dragon font la fine bouche avec les produits de leur propre pays : les ventes de vins chinois ont reculé pour la cinquième année consécutive l'an dernier, alors que les importations ont augmenté de 17%. "Il y a une connotation pas très positive dans le vin 'Made in China'", reconnaît Maxence Dulou. "Les Chinois font plus confiance aux vins français, avec de la notoriété, des vins qui ont 100 ou 200 ans d'expérience, (plutôt) qu'à des vins chinois qui ont 10 ans d'existence et qui nécessitent encore beaucoup d'ajustements", observe-t-il. "Je pense que, petit à petit, les Chinois vont prendre conscience qu'on peut faire de grands produits en Chine, notamment des vins", pronostique le viticulteur. Et, espère-t-il, ils achèteront "de grands vins chinois parce que c'est fait sur leur terroir et parce que sans doute il y aura un peu de patriotisme..." 300 euros la bouteille de vin made in China ? Et pourquoi pas

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Sur le même sujet Les vins australiens devancent pour la première fois les vins français en Chine / Thierry Desseauve (Vinexpo) : « La Chine est le vignoble de demain » / Vinexpo : quand la Chine boit, l’Asie se rassure

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Photographie → © Photo by Nacho Domínguez Argenta on Unsplash

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