Qu’un chef propose un repas « gastronomique » à des détenus en prison, où est le problème ?

Un déchainement de violences sur les réseaux sociaux contre Jean-Yves Schillinger, chef doublement étoilé à Colmar. Son tort ? Avoir osé cuisiner dans une prison.

Un déchainement de violences sur les réseaux sociaux contre Jean-Yves Schillinger, chef doublement étoilé à Colmar. Son tort ? Avoir osé cuisiner dans une prison et proposé un repas « gastronomique » à des détenus. La toile s’énerve, l’accuse de tout, l’insulte, hurle au scandale, certains appellent directement au restaurant pour cracher leur sale venin. Le principal intéressé ne comprend pas et estime que « chacun a le droit à une chance ».

Est-ce donc répréhensible de cuisiner pour des détenus dont on ne connaît pas même le délit et qui ont déjà été jugé par la société ? La prison a pour mission d’enfermer, d’être restrictive de liberté, mais elle a pour ambition première de permettre la réinsertion. Alors, est-ce qu’un repas, même qualifié de « gastronomique », va bouleverser l’ordre des choses ? Certainement pas. En revanche, il peut constituer une modeste ouverture vers un autre monde possible, vers des envies positives qui se doivent d’exister quand on se retrouve à vivre entre quatre murs pendant de longs mois ou d’interminables années. De par sa générosité, la cuisine sait beaucoup donner sans rien voler à personne. Non, la société n’est pas trompée parce que quelques détenus mangent mieux une fois, juste une fois, grâce à l’engagement bénévole d’un chef. Au contraire, derrière les hauts murs de la prison, l’enrichissement est mutuel.

Est-ce rendre la liberté à ces détenus grâce à un tel repas ? Certainement pas. Au mieux, il s’agit d’une courte échappatoire qui n’a rien à voir avec la cavale. La cabale, elle, est bien réelle et malsaine. Et se repose encore et toujours le statut et le rôle de la prison, que trop de monde rêve en oubliettes modernes. Choix inconscient du chef Jean-Yves Schillinger qui ignore la place des victimes face aux coupables ? Certainement pas. « Mon père a été tué par trois petits jeunes, qui ont fait huit ans de prison » explique-t-il. Point d’ignorance donc, mais une intelligence vraie de la part d’un chef engagé et ouvert sur les autres. Aujourd’hui, il ne mérite certainement pas un tel traitement.

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Sur le même sujet → Lire l’article de France Bleu « Critiqué après avoir cuisiné pour des détenus à Colmar, Jean-Yves Schillinger répond »

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Pratique → JY’S – 17, rue de la Poissonnerie, Colmar (68000) – 0389215360 – Fermé le dimanche et le lundi – www.jean-yves-schillinger.com

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Photographie → © Gilles Pudlowski

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Un commentaire
  • Jean-Yves Schillinger : bad buzz par altruisme – L'Ami Resto
    16 novembre 2018 at 10:23
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    […] Jean-Yves Schillinger, chef deux étoiles au guide Michelin de son restaurant JY’S, à Colmar, a fait semble-t-il l’objet d’une cabale sur les réseaux sociaux, mais également par téléphone, pour avoir servi lundi 12 novembre un repas « gastronomique » à des détenus de la maison d’arrêt de Colmar. C’est ce que nous apprends un article de notre confrère France Bleu Alsace (à lire ici); relayé par le site d’informations gastronomique Atabula (à lire là). […]

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    « Si on avait ébauché le sujet en montrant qu’ils pouvaient être à l’origine de produits qui allaient améliorer la santé humaine, les gens auraient compris l’intérêt des OGM ! La génétique moderne et notamment le Crispr-Cas permettent d’effectuer des changements ciblés sur des gènes. Certains gènes de la tomate sont par exemple très bénéfiques pour augmenter le taux d’antioxydants dans le fruit, mais ils ne sont pas exprimés, car la plante n’en a pas besoin. On peut maintenant réveiller ces gènes, dans une optique de bienfaits de santé pour les humains. Il faut prendre le meilleur de l’agriculture traditionnelle et biologique et le meilleur de la science moderne, sans rien exclure. »

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    Louise Fresco, ex-dirigeante de la FAO et aujourd’hui présidente de la Wageningen University & Research (Pays-Bas) interrogée au sujet de l’alimentation dans les colonnes du Point. / Lire l’entretien sur Le Point

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