Anne-Sophie Pic : l’icône abimée

Il faut des années pour construire une image, et quelques lignes seulement dans un journal pour l’écorner, voire la détruire brutalement. Après un article au vitriol de Libération, celle d'Anne-Sophie entre dans la tourmente.

Il faut des années pour construire une image, et quelques lignes seulement dans un journal pour l’écorner, voire la détruire brutalement. C’est terrible, voire injuste, mais la vérité est ainsi, aussi frontale que non équivoque. La virulence des mots est à la hauteur de la violence des faits. Rapide retour en arrière : en 2014, Atabula levait le voile sur les violences en cuisine. Le sujet avait fait le tour du monde, la médiatisation avait été extrême et les réactions phénoménales. Deux exceptions : la presse spécialisée qui s’était tue (ou, pire, qui avait nié…) et… les chefs. Circulez, il n’y a rien à voir, tel était le mot d’ordre. Aujourd’hui, force est de constater qu’en ouvrant un tout petit peu les yeux, il y a encore beaucoup de choses à dire sur les abus en tout genre dans les cuisines françaises.

Dans le journal Libération en date du 30 novembre, la journaliste Charlotte Belaich vient de jeter un énorme pavé dans la mare des tables étoilées et sur leur façon de gérer leurs équipes. Le pavé fracasse une maison que l’on pensait loin de ces pratiques ineptes et, pire, qui incarnait le management moderne : la Maison Pic, à Valence. À sa tête, une femme cheffe, Anne-Sophie Pic. Hier discrète parmi les discrètes, elle a fait depuis quelques années un virage à 180 degrés en développant les ouvertures à travers le monde et en multipliant ses interventions dans les médias. Partout présente, donc absente tout autant, la cheffe a, de fait, délégué une partie de ses missions à ses chefs exécutifs. Les conséquences sont connues : la pression est tombée sur les épaules de ces derniers, lesquels n’ont pas hésité à abuser des petites mains de la brigade, à pratiquer brimades et humiliations. Les témoignages recueillis par la journaliste sont édifiants (rythme de travail, humiliations, heures supplémentaires non payées…). Alors, Anne-Sophie Pic avait-elle connaissance de ces abus en série ? A-t-elle laissé faire et fermé les yeux ? Que la réponse soit positive ou négative, dans les deux cas, il y a une faute, et elle est grave. Contacté par Atabula, David Sinapian, président du groupe Pic, et mari d’Anne-Sophie Pic, n’a pas répondu à notre demande d’entretien.

Certes, le secteur de la restauration souffre d'un manque important et chronique de personnel. Mais il est tout de même intéressant, au regard du contexte, de voir la très longue liste d'emplois en souffrance au sein du groupe Pic, et notamment à Valence. Dans une table trois étoiles, dirigée par une femme qui incarne (incarnait) un management humain, une telle liste montre qu'il y a tout de même quelques soucis du côté de Valence... C'est quasiment un inventaire à la Prévert ! (capture d'écran de la rubrique "emplois" sur le site du groupe Pic)

 

Pour le groupe Pic, la situation est grave. Nul doute qu’une communication de crise va être mise en place pour éviter l’hémorragie. Il y a quelques semaines, Atabula avait posé la question suivante dans un de ses articles : « Anne-Sophie Pic en fait-elle trop ? » Quelques commentateurs y avait vu une attaque inutile ou de la misogynie. Les faits prouvent que la question posée n’était pas totalement infondée : déjà, nous sentions naitre la montée des critiques sur le fonctionnement de la maison valentinoise et sur sa cheffe un peu trop voyageuse. Aujourd’hui, les faits explosent violemment et bousculent le tréfonds d’une maison historique. Reste à savoir comment la cheffe iconique va réussir à reprendre la main sur son image, sa communication et, surtout, sur ses équipes. Depuis des années, une petite équipe - assistante, attachée de presse, directrice de la communication, conseiller stratégique et David Sinapian - protégeait littéralement la perle Pic dans une tour d’ivoire. En un rien de temps, l’édifice s’est écroulé. La reconstruction s’annonce difficile.

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Lien → Lien vers l'article du journal Libération

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Sur le même sujet Projets à répétition, émission de télé et surexposition médiatique : Anne-Sophie Pic n’en ferait-elle pas trop ?

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Food's Who → Anne-Sophie Pic

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Photographie → © DR

OPINION

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3 Comments on this post.
  • paulecaillat
    3 décembre 2018 at 10:55
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    Pas étonnée du tout : quand la Dame de Pic a ouvert à Paris, nous y sommes allé à quatre dont 3 professionnels (dont Kristin Frederick, créatrice du Camion qui Fume), pour déjeuner. Arrivés pile à l’heure, 13 h, nous avons été relégués dans un coin à coté de la cuisine ouverte, pendant que le directeur de salle s’occupait d’une table d’une douzaine de dames, surement beaucoup plus importantes que nous. Au bout de 45 minutes après nous être manifestés on a daigné prendre notre commande tout en manifestant un mépris évident pour notre petit groupe. Deux bouteilles de vin nous ont été servies pour nous faire patienter, et augmenter l’addition. Bref nous sommes partis les derniers, vers 16 h, après un repas forcément décevant après une attente insupportable. Je me suis fendue d’un mail à Madame Pic, ce que je ne fais jamais quelle que soit mon avis, mais là c’était trop. Réponse : nous avons ouvert il y a 15 jours, vous devez comprendre que cela prend du temps de trouver le bon rythme. Mais n’hésitez pas à revenir (aucune mention de la moindre attention, même pas « nous vous offrirons le café »).

    Anne Sophie Pic est rayée de ma liste depuis ce jour. C’est une faux-cul … entre autre

  • Legay
    3 décembre 2018 at 4:52
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    Il est bien décevant de voir qu’à notre époque un tel traitement soit infligé aux jeunes commis qui viennent dans ces maisons avec l’espoir d’apprendre et aussi de se constituer une référence de tout premier ordre……

    Anne Sophie Pic que j’ai rencontré seulement une fois ne m’est pas du tout apparu comme étant un tirant, un tortionnaire, à première vue je l’ai jugé comme étant une personne calme,tranquille et de bonne éducation ,me serai-je trompé ?.
    Il est facile de juger un personnage, est-elle responsable à 100%. ses cadres ne sont peut-être pas tout à fait à la hauteur de leur responsabilité, ils sont jeunes sans connaissance totale du métier qui peut-être dirigent la peur au ventre pensant de ne pas être en mesure d’assurer une cuisine trois macarons ou ont-ils la fougue de la jeunesse se prenants pour des grands ils rudoient un peu les petits commis qui n’ont que deux solutions: subir ou partir. Ayant été moi même petit commis à une autre époque, hélas assez lointaine , je reconnais avoir eu des moments durs, des horaires à rallonge, mais à ma connaissance jamais l’un de mes chefs ne s’est permit de mal traiter les commis, c’était des chefs , des vrais qui avaient une bonne formation, ils avaient appris leur solfège, maintenant certains pseudo chefs joue de la musique sans cette formation indispensable qui permet à l’ensemble de la cuisine de travailler dans une ambiance sereine. Oui j’ai parfois été bousculé. Notre métier, nous le savons tous demande beaucoup de sacrifices , nous prive de beaucoup de loisirs , la vie familiale en souffre aussi. Avant de s’engager dans un métier il est bon de peser le bon et le moins bon, on ne devient pas cuisinier par hasard, il faut avoir comme le disais notre cher regretté Bernard Loiseau  » la gnaque ».
    Ouvrir des restaurants à travers le monde c’est facile, oui c’est facile , mais encore faut-il avoir des personnages autour de soi pour faire avancer la machine ,est ce le cas ici ? ce n’est pas moi qui vais répondre, j’en suis ignorant.
    j’ai dirigé des brigades de cuisine pendant 34 ans de ma carrière, certes je ne suis pas monté au firmament j’ai seulement été gratifié de deux étoiles pendant toutes ces années.
    Mes équipes, des garçons sérieux, courageux ayant le souhait d’apprendre, j’étais aussi dur avec eux que je l’étais avec moi. Quelquefois des mots un peu durs étaient prononcés, mais tout rentré dans l’ordre rapidement.j’en ai formé un grand nombre il y a eu de belles réussites , j’en suis fier. Quand ils me rencontre, j’ai droit à des remerciements :  » Merci Chef, je fais comme vous, je vous remercie » Voila la plus belle des récompenses.

    Les jeunes cuisiniers , ne connaissent pas le grade de commis, la faute à qui? ils sortent de l’école se disent tout de suite chef de partie, savent-ils seulement ce qu’est un chef de partie. Les émissions de télé encensent ces jeunes cuisiniers qui ont encore un long chemin à parcourir avant d’être ce que l’on appelle un chef ou un chef patron.

    Ceci dit, bien que je sois un peu hors du sujet dont il est question ici,je reste néanmoins assuré qu’il y a encore de vrais maitres, de vrais chefs, tous amoureux du métier , comme je suis assuré que la cuisine n’est pas morte, qu’il y a une belle jeunesse prête à donner son énergie pour maintenir haut le flambeau de ce beau métier. C’est à nous de leur montrer le bon chemin, c’est notre devoir, c’est vôtre devoir à vous les chefs d’aujourd’hui. Moi je fais parti du passé, j’ai semé de bonnes graines qui donnent de bons fruits, ainsi se perpétue la cuisine. Escoffier n’est plus d’actualité, s »en inspirer parfois, revoir ses ouvrages peut remettre certains dans le droit chemin…..

  • JLV
    4 décembre 2018 at 3:21
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    Bonjour,
    Pic,Aleno,Goujon et tant d’autres, les esclavagites des temps modernes, c’est vrai vous dénoncez mais sans vous mouillez,
    Je sais ce qui se passe de source avérée dans 2 de ces maisons, si les jeunes en avaient dans le froc, les choses avanceraient, mais je les comprends ils ont peur des représailles.Je suis un vieux chef retraité et ce qui se passe chez ses trépassés de l’ego, je ne n’ai jamais connu cela dans les années 60, en comparaison c’était le club med. Où est le progrès?
    Merci de ne pas flinguer mon avis comme il y a quelques temps au sujet des mêmes problèmes concernant « la grande maison »
    pour laquelle j’avais mis en en cause les « portes flingues » de l’intouchable sieur Robuchon.
    Merci.
    Cordialement.

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