À la découverte de Louis XIII, maison d’excellence à Cognac

Le domaine s'étend sur 13 000 hectares

Près de Jarnac, en Charente, où mieux qu’ailleurs l’on sait qu’ « il faut donner du temps au temps », se trouve le domaine familial du Grollet. C’est ici, au coeur des vignobles de la Grande Champagne, qu’une maison au jardin agrémenté de palmiers fièrement dressés abrite l’une des références les plus prestigieuses du cognac : Louis XIII.

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Crée en 1874 par Paul-Emile Rémy Martin, l’empreinte du temps irrigue la maison Louis XIII jusque dans ses rameaux les plus fins, tant par son hommage au souverain protecteur de la région de Cognac, dont le règne, comme le rappelait l’écrivain André Suarès, « plus encore que celui de Louis XIV,  fut le grand siècle de la France, et le triomphe de l’énergie française » que par la forme de sa carafe. Cette dernière, confectionnée à la main par les grands maîtres cristalliers de Baccarat, nécessite le savoir-faire de onze artisans. Ornée de « dentelles » et fleurdelisée, elle s’inspire d’une flasque royale trouvée sur les lieux de la bataille de Jarnac en 1569.

L’excellence de Louis XIII  prend racine dans son terroir : une osmose unique entre la terre, un climat marqué par le Gulf Stream soufflant depuis l’Atlantique, les reliefs de la vallée de la Charente et la main de l’Homme, c'est-à-dire le savoir-faire des vignerons et des distillateurs locaux transmis de génération en génération.  Le nom de Grande Champagne, quant à lui,  est issu du mot latin « Campania », qui désigne les terrains dont les sous-sols sont constitués de  pierre calcaire. Ce territoire, synonyme de premier cru, s’étend sur 13 000 hectares au cœur des terres viticoles de Cognac et c’est en ces lieux que s’épanouissent les raisins à partir desquels sont élaborées les eaux-de-vie qui offrent le meilleur potentiel de vieillissement. En effet, plus un sol est calcaire, plus la vigne souffre pour aller se nourrir et, par conséquent, plus la qualité des grappes sera grande.

Tous ces éléments concourent à la nature exceptionnelle des eaux-de-vie, lesquelles, après distillation, sont mises dans des fûts de chêne du Limousin pour y vieillir plusieurs décennies. A l’issue de ce processus, les eaux-de-vie s’étant distinguées par les qualités les plus éminentes seront choisies pour évoluer dans les tierçons. Ces derniers, fûts plus que centenaires, sont un atout précieux de par la finesse des douelles (lattes) qui les composent, lesquelles favorisent les échanges harmonieux entre le liquide et l’air. Ces véritables « capsules temporelles » respirent, mais ne communiquent plus de saveurs de bois. C’est alors parmi ces tierçons que le maître de chai prélèvent jusqu’à 1200 eaux-de-vie différentes, parfois centenaires,  pour composer le cognac Louis XIII.

La région aimant à cultiver une certaine discrétion, l’aspect extérieur des chais ne laisse pas deviner la nature ce qu’ils abritent. Les seuls indices sont les murs de pierre recouverts d’un champignon noir, « torula compniacensis », lequel se nourrit des vapeurs d’alcool qu’exhalent fûts et tierçons : la fameuse « part des anges ». Pour l’anecdote, la présence de ces spores fut autrefois la meilleure alliée des autorités pour la lutte contre la fabrication clandestine d’alcool. 

A l’intérieur des bâtiments, une faible lumière permet de distinguer les antiques barriques où le cognac mûrit au contact du bois, atténuant le feu de son alcool, et concentrant son arôme délicat. Il semble que ce lent et noble vieillissement commande l’obscurité et le silence. « L’élaboration de Louis XIII s’apparente à l’édification d’une cathédrale : aujourd’hui, je choisis nos meilleures eaux-de-vie que je laisserai en héritage à mes successeurs » nous confie après quelques instants Baptiste Loiseau, un enfant du pays devenu l’actuel maître de chais. « C’est grâce à la connaissance parfaite de toutes les eaux-de-vie d’exception que nous possédons dans nos chais, que je peux recréer cette complexité. C’est un mélange de science, bien sûr, mais aussi d’intuition ».

Vient alors le moment de goûter. Baptiste Loiseau puise une petite quantité d’eau-de-vie et verse le liquide aux nuances dorées dans un verre en forme de tulipe entr’ouverte : les effluves se rassemblent au niveau des bords, évoquant des notes délicatement florales de rose séchées mêlées aux arômes fruités, intenses, de prunes confites.

Puis, quelques gouttes sur les lèvres sont un préalable requis pour préparer le palais à la complexité des saveurs. D’abord, les touches sucrées de figue et de noix, ainsi que les notes de cigare et de cuir s’expriment, cédant ensuite le pas à la fraîcheur du fruit de la passion, relevée de gingembre, de thym et de myrrhe tout en opulence. Saisi par une certaine émotion, le visiteur se surprend soudain à s’interroger sur la nature de l’expérience qu’il vient de vivre. Ne serait-il pas en présence de « l’or du temps » ?

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Pratique → louisxiii-cognac.com

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Photographie → © Thibaut Neuman

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