En mal de demande intérieure, le bœuf wagyu joue à fond la carte de l’exportation

Reconnue pour sa grande qualité, la viande de bœuf "wagyu" est de plus en plus prisée à l’étranger. Cela s’explique notamment la volonté des autorités japonaises de miser sur...
PRODUIT 
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Reconnue pour sa marbrure et sa tendreté, la viande de bœuf « wagyu » est de plus en plus prisée à l’étranger. Au-delà de la qualité du produit, cela s’explique aussi par la volonté des autorités japonaises de miser sur le marché international, face aux maigres perspectives de croissance d’un archipel vieillissant.

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Au Japon, le boeuf « wagyu » est une institution. Longtemps, le gouvernement a négligé l’étranger, laissant fleurir les imitations, en particulier de viande australienne – qui domine aujourd’hui – avant de changer de cap. Ces dernières années, la valeur des exportations de boeuf wagyu a bondi de plus de 200%. Dans un paysage bucolique, à une heure de route de la touristique cité de Takayama connue pour ses maisons traditionnelles en bois, de splendides vaches au pelage noir se prélassent. Elles rentrent dans leur ferme quand vient l’hiver, après avoir passé la belle saison au vert sur un vaste espace de 250 hectares loué par la municipalité aux agriculteurs. C’est au tour de Yuriko et Hanae de quitter ce havre de paix pour retrouver la chaleur de l’étable et donner naissance à de petits veaux, fruits d’un savant accouplement pour préserver la pureté d’une race qui tire ses origines d’un seul et même taureau né il y a 80 ans.

Haute qualité

Pendant 30 mois, les boeufs honorés du label officiel « wagyu » sont ainsi bichonnés et grandissent sans stress et sous haute surveillance médicale. Chaque animal est fiché, un système décrit comme unique au monde, et ses origines retracées sur plusieurs générations, jusqu’aux grand-parents voire plus. « L’important est de conserver la lignée car de bons gènes garantissent une viande de qualité », explique Koichi Maruyama, responsable municipal chargé de la section élevage. La qualité vient aussi d’une alimentation extrêmement riche – jusqu’à 10 kg de paille de riz par jour – qui garantit la marbrure intramusculaire de la viande. Si le boeuf Hida est moins célèbre que son voisin de Kobe, il n’a toutefois rien à lui envier. Certains éleveurs, aux petits soins pour leurs bêtes, leur tricotent des gilets pour l’hiver, les nourrissent à la bière ou les régalent de musique classique.

Objectif 25 milliards

A Takayama, rien de tous ces artifices mais une attention de tous les instants. « On ne se repose jamais, on s’occupe des bêtes 24 heures sur 24 et 365 jours sur 365 », confie Shuichi Mizobata, rencontré sur les lieux d’une compétition organisée par la préfecture. Ici les boeufs défilent, on les jauge, pèse, mesure, pour déterminer les candidats au concours national organisé tous les cinq ans. C’est un spécimen de Takayama qui l’a emporté en 2002, une victoire que savourent encore les promoteurs de cette jeune marque Hida, officiellement créée en 1988. « Après l’ouverture du marché au boeuf étranger, nous avons mis l’accent sur le wagyu de haute qualité afin de nous différencier des produits importés », explique Sota Kamihiro, qui suit le dossier au sein du ministère de l’Agriculture. Puis, face au déclin de la demande intérieure dans les années 2000, le gouvernement a enfin défini en 2013 une stratégie d’exportation. Objectif : vendre 25 milliards de yens (200 millions d’euros) de boeuf en 2019 à l’extérieur du Japon. Un but qui semble à portée de main puisque le chiffre de 24,7 milliards a déjà été atteint en 2018, contre seulement 5 milliards six ans plus tôt. Le contexte est également propice : plusieurs pays ont levé leur interdiction d’importer du boeuf datant de la maladie de la vache folle, comme Taïwan en 2017, un des plus gros importateurs derrière Singapour, les Etats-Unis, le Cambodge et Hong Kong. Aussi, « la manière japonaise de consommer le boeuf, tranché finement dans des plats comme le Shabu-Shabu et le Sukiyaki » séduit, selon le représentant du ministère.

Floraux, noisettés, épicés

Mais faute de jeunes prêts à prendre la relève, le nombre d’exploitations bovines recule alors même que la demande de wagyu à l’étranger explose. Conséquence : les prix ont grimpé. Le meilleur morceau de wagyu se vend autour de 13 700 yens le kilo (110 euros), ce qui en fait un mets de luxe. Takayama profite de cette tendance favorable. Ses exportations de boeuf ont presque doublé en un an et représentent 5% de ses ventes totales, avec 43 tonnes acheminées vers l’étranger en 2017-18. La ville s’est dotée d’un abattoir aux dernières normes sanitaires, un des quatre du Japon capables d’exporter vers l’Union européenne sur les 200 du pays, tandis que de plus en plus de centres proposent la certification Halal pour exporter vers les pays musulmans. Le boeuf est ensuite vendu aux enchères : les carcasses sont exposées derrière des vitres, flanquées de la note attribuée au préalable par les experts selon un système très précis évaluant la marbrure de la viande, la couleur, la texture, la brillance et la qualité de la graisse, détaille le directeur Mitsushi Kobayashi. « Les Japonais, qui ont découvert le bœuf relativement récemment, cherchent avant tout à réduire le côté sanguin et musculeux de la bête, et à développer le gras, à l’inverse de nous », explique le chef français Lionel Beccat (deux étoiles Michelin à Tokyo). « La viande est sublime, fond dans la bouche, il y a différentes notes selon les bœufs, il y en a qui sont floraux, d’autres noisettés, d’autres épicés. Du coup, la viande s’apprécie telle quelle, on la met sur le grill et ça suffit. C’est très japonais, comme un sashimi. »

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AUTEURS → Atabula avec AFP
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PHOTOGRAPHIE→ © DR
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