Olivier Durand, le maraîcher qui voulait amener la campagne en ville

Olivier Durand a démarré son activité en 2011 aux Sorinières, une commune située à six kilomètres au Sud de Nantes. Depuis, le maraîcher de 38 ans, également consultant en agriculture urbaine cherche à rétablir le lien entre la ville et la campagne.

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En 2013, la ville de Nantes célébrait ses 500 ans de maraîchage. Une histoire d’amour qui date, et qui s’explique aisément. Ici, toutes les conditions sont réunies pour que le légume s’épanouisse : un climat océanique propice, de l’eau et du sable. Grande ville portuaire d’où partaient les navires pour la terre entière, Nantes a connu également l’avènement de l’appertisation et la création d’usines de production de conserves. Conséquence : « L’homme a créé de nouvelles variétés de légumes – à l’instar du petit pois et les carottes de Chantenay – pour prendre place dans lesdites conserves » explique le maraicher Olivier Durand.

Quoique destinée à la conserve, la carotte de Chantenay ne manque pas d’intérêt. Et c’est Olivier Durand lui-même qui l’a remise au goût du jour en relançant sa culture (sans traitements, comme tous ses produits) au sein de sa serre qui entre, cette année, dans sa neuvième saison. Aujourd’hui, ce n’est pas moins d’une cinquantaine de légumes et 300 variétés qu’il bichonne. Fermement attaché à sa terre, fervent défenseur des produits de sa région, le « trublion des légumes » n’oublie pas les produits exotiques. Ayant cavalé, plus jeune, en Suisse, en Côte d’Ivoire, au Québec ou encore au Japon, il propose depuis quelques années du pak choï et du joi choï pour le plus grand bonheur de ses clients. Si ces derniers sont en majorité des restaurateurs, comme Jean-Yves Guého, l’étoilé historique de Nantes, ou des distributeurs comme Terroirs D’Avenir, à Paris, Olivier Durand reste modeste. Il fait aujourd’hui partie « des plus petits maraîchers de France avec 4 000 m2 de terres seulement » nous dit-il amusé, sans oublier cependant de préciser que parmi ces 4 000 m2, 1 000 m2 de terre se trouvent en pleine ville de Nantes, à quelques encablures des cuisines de la Cantine du Voyage.

Espace de restauration éphémère de 300 couverts, la Cantine du Voyage prend place en bord de Loire, sur le Quai des Antilles de l’île de Nantes et accueille des milliers de gourmands chaque été. Depuis 2016, c’est en partie grâce au Potager de la Cantine que la machine tourne. Lancé par Olivier Durand, financé par Philippe Clément, le patron de la Cantine, et soutenu par le Voyage à Nantes, ce projet fou visant à compléter l’imposant chapitre de l’histoire maraîchère nantaise a mobilisé les compétences et savoir-faire d’agronomes, d’architectes, de producteurs de substrats et de spécialistes en irrigation. Des salades, des tomates (jusqu’à 75 variétés de tomates différentes) et des radis en premier plan, des immeubles en second… C’était un pari risqué, mais le pari d’une vie finalement : animé par « le lien entre la ville et la campagne », le virtuose des légumes s’en serait voulu de ne pas tenter l’aventure. Ingénieur agronome, technicien (« il ne faut pas oublier les petits diplômes » ne manque-t-il pas de rappeler), Olivier Durand jouit d’une double casquette puisqu’il est également consultant en agriculture urbaine. Sur le sujet, l’intéressé est incollable. Pour lui, l’agriculture urbaine c’est « amener les producteurs en ville, pour apporter du lien avec les consommateurs, pour échanger et leur montrer leur savoir-faire ». Surélevés sur des palettes, cultivés hors-sol à quelques centimètres de l’hostile bitume urbain, les légumes du Potager de la Cantine intriguent les visiteurs. Nul besoin de se hisser sur la pointe des pieds pour observer le maître à l’œuvre, les promeneurs d’un jour sont chaleureusement invités à s’y promener. Et pour les questions, Olivier Durand n’est jamais loin…

De fait, il reste encore du chemin à parcourir et le trentenaire le sait. Même s’il félicite les nombreuses initiatives lancées par le Voyage à Nantes pour dynamiser la ville et sa scène culinaire, il déplore un manque cruel de dispositifs dans le domaine éducatif. « Autour de Nantes, l’environnement est extrêmement riche, il existe une multitude de beaux produits : lait, viande, légumes… Un des enjeux, c’est l’éducation sur ces produits-là. Une politique autour du bien manger et du territoire est nécessaire… Il faut que ça bouge dans les cantines des enfants, que des interventions soient organisées pour apprendre aux plus jeunes l’origine des produits, leur culture etc. ». Plus que jamais engagé, Olivier Durand s’obstine et compte bien secouer les esprits. Il semblerait d’ailleurs qu’un nouveau site en ville verra le jour prochainement… Quelque 500 ans de maraîchage et toujours des projets, le légume n’a pas dit son dernier mot à Nantes._

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PHOTOGRAPHIE→ © DR

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