Nature, laqué ou pimenté : le cafard sera-t-il la future star de nos assiettes

Pas végan, pas sexy, pas très porn food, détesté par toute l’humanité ou presque, cauchemardesque même, le cafard est pourtant promis à un bel avenir. La preuve : il...

Pas végan, pas sexy, pas très porn food, détesté par toute l’humanité ou presque, cauchemardesque même, le cafard est pourtant promis à un bel avenir. La preuve : il pourrait bien finir dans votre assiette. 

Cher lecteur, si vous êtes phobique des blattoptères, changez vite d’article ! Car si vous fuyez le cafard, au sens propre comme au sens figuré, d’autres ont fait le choix de l’élever. Avec, en point de mire, la conquête de nos assiettes. Le grillon et le vers, c’est déjà du classique, vive le cafard laqué ou pimenté !

Direction… La Chine. Et, plus exactement, chez Li Bingcai, agriculteur de la province du Sichuan. Notre esthète culinaire bichonne ses créatures à six pattes avec amour. Nourries quotidiennement, elles logent verticalement sur des plaques en bois, d’où elles émettent en choeur un son strident. Dans cet espace cauchemardesque, Li Bingcai se retrouve vite recouvert d’insectes jusque sur les joues… Mais pas de quoi refroidir ses ardeurs, ni celles d’une kyrielle d’autres éleveurs qui ont décidé de se lancer dans cette activité de niche. Depuis longtemps, ils vendent leurs cafards à l’industrie pharmaceutique traditionnelle, pour l’élaboration de médicaments. Mais Li Bingcai les élève aussi pour le palais : non loin de sa ferme, plusieurs restaurants les servent sautés au piment, spécialité sichuanaise.  « Les gens ont du mal à imaginer à quel point c’est bon. Jusqu’à ce qu’ils essaient », explique l’éleveur avant de placer un insecte vivant dans sa bouche, de le mastiquer, puis de l’avaler. Âme sensible, s’abstenir.

Connue sous le nom de blatte américaine (Periplaneta americana), cette variété de cafard est l’une des plus répandues. Et l’argument marketing est tout trouvé : la blatte est consommée pour ses vertus supposées contre les ulcères, les affections des voies respiratoires ou comme simple tonifiant. « Ces bêtes ont un système immunitaire très développé. Les humains peuvent en tirer des bénéfices s’ils les consomment », assure Li Bingcai. Nichée à Yibin, dans une région montagneuse recouverte de forêts de bambous, sa ferme est aménagée dans une ancienne maison entourée de champs. La pièce consacrée à l’élevage, de la taille d’un terrain de badminton, est munie de fenêtres scellées d’un fin grillage pour prévenir les tentatives d’évasion. Car la sécurité est une priorité : en 2013, environ un million de cafards s’étaient échappés d’une serre dans la province du Jiangsu. Cauchemardesque jusqu’au bout… Pourtant, aucune raison que ces petites bêtes aillent voir ailleurs : les blattes de M. Li vivent dans un espace idéal pour leur croissance, avec une température de 28 degrés et une forte humidité, qui dégage une odeur de linge mouillé. L’arrivée quotidienne de la nourriture provoque une véritable frénésie parmi les insectes. Lorsque Li Bingcai dépose sur de petits plateaux un mélange de poudre de maïs, de fruits et d’épluchures de légumes, les cafards déferlent, rampant les uns sur les autres. « On les nourrit dans un environnement où l’hygiène est assurée. Ils mangent des vrais aliments, rien d’artificiel », explique-t-il. Régulièrement, il plonge une partie de ses pensionnaires dans l’eau bouillante, avant de déshydrater les carcasses. L’an passé, il en a vendu une tonne à une entreprise pharmaceutique, pour un total de 90 000 yuans (12 000 euros).

Li Bingcai possédait une boutique de téléphones portables quand il a eu l’idée en 2016 de se lancer dans le cafard, attiré par les faibles coûts de production et la simplicité de la technique d’élevage de ces animaux très prolifiques. Il vend aujourd’hui l’essentiel de sa production via un magasin en ligne. Si cela vous intéresse, ce n’est même pas hors de prix : un demi-kilo d’insectes déshydratés s’écoule entre 100 et 600 yuans (de 13 à 79 euros). Pensez-y pour Noël ! Et n’hésitez pas car il y en aura pour tout le monde. A titre d’exemple, dans la ville voisine de Xichang, un groupe pharmaceutique chinois a créé le plus grand site de production de cafards au monde : six milliards d’insectes y sont élevés.

En médocs ou frits, le cafard a la cote depuis longtemps. Les blattes sont mentionnées dans des écrits de médecine traditionnelle chinoise depuis le XVIe siècle, lors de leur insertion dans le « Bencao gangmu », un recueil de référence sur les propriétés médicinales des plantes, animaux et minéraux. Les cafards ont des propriétés détoxifiantes et diurétiques, affirme Liu Daoyuan, professeur au Centre médical Yongshou, à Yinchuan (nord). « C’est également efficace pour soulager les maux de gorge, les angines ou les cirrhoses du foie », note-t-il.

D’autres experts de médecine chinoise soulignent cependant que l’élevage de cafards ne fait pas encore l’objet de normes très strictes, rendant possible la survenue d’effets indésirables. Qu’importe, la folie a démarré et Li Bingcai rêve raisonnablement de convaincre ses contemporains de manger des blattes. Dans un restaurant local, des habitants de la région viennent régulièrement y goûter les insectes, attirés par la publicité positive autour de leurs bénéfices supposés, explique le patron de l’établissement, Fu Youqiang. Il cuisine jusqu’à 30 plats de cafards par mois. Un client, Luo Gaoyu, qui en mange pour la première fois, décrit la blatte sautée comme « plutôt goûteuse, parfumée et très croustillante ». « Je pense que tout ce qui est bon pour la santé devrait être mangé. Peu importe ce que c’est. Leur valeur nutritionnelle est élevée et puis elles contiennent beaucoup de protéines. »

Allez, vous avez compris qu’il faut désormais changer son regard sur le cafard ! Ce surprenant Li Bingcai entend également créer une gamme de produits, avec des pommades à l’extrait de cafard, des patchs médicaux ou des semelles à base de poudre de blatte qui apportent selon lui un confort inégalé. « Il y a tellement de bonnes choses dans cet insecte. Il faut que les gens le sachent ! », explique-t-il. « Beaucoup pensent que c’est un insecte nuisible mais pour moi, c’est comme de l’or. Ils sont comme mes enfants. » Autrement dit, goûter le cafard, c’est l’adopter.

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Photographie – Tejas bembalkar

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Un commentaire
  • Nature, laqué ou pimenté : le cafard sera-t-il la future star de nos assiettes – Fragrances RH
    12 mai 2019 at 10:55
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