Souvent invité, parfois starifié : le critique gastronomique est-il encore crédible ? La réponse de Stéphane Méjanès

Fort de son expérience personnelle de journaliste gastronomique, Stéphane Méjanès publiera Tailler une plume, Croquons le critique gastronomique, le 17 mai prochain aux éditions de l’Epure. Au programme ? Une galerie de dix portraits (pas si) romancés de critiques gastronomiques où transparaît la réalité complexe de l’exercice du métier aujourd’hui. L’auteur s’en explique.

« On estime en général que ne pas être incognito et ne pas payer son addition sont les deux grands vices du critique gastronomique. Aujourd’hui en effet, très peu de journaux font le choix de défrayer les journalistes. À titre personnel, mes repas sont très rarement remboursés par mon employeur. Si l’on ajoute à cela le fait que le montant des piges a baissé, cela aboutit à un système où – dans la très grande majorité des cas – l’argent ne sort pas de la poche des journalistes. De fait, la plupart se font inviter. Le risque étant de se sentir redevable et de voir son jugement biaisé. De même, lorsqu’on est reconnu, les chefs sont aux petits soins. À mon sens, l’anonymat n’est pourtant pas une garantie d’indépendance. Payer n’est pas non plus gage d’une critique pertinente. C’est pour cela que j’ai fait le choix de n’écrire que sur les endroits qui m’ont plu. Aussi, je préviens toujours les chefs que je ne peux rien leur promettre. Les invitations ne constituent donc pas un moyen systématique d’acheter les gens. Les chefs ont surtout envie de montrer leur travail et la manière dont leur identité culinaire évolue. A priori, les journalistes gastronomiques ont une culture, un savoir et un palais. En échangeant avec les cuisiniers, ils leurs permettent de s’améliorer. Je pense que dans ce monde de la presse qui ne va pas très bien, où il n’y a plus forcément d’argent pour embaucher et défrayer, il est malgré tout encore possible de faire un travail de critique. Je rêverais de pouvoir ne faire que ça et de goûter une même table trois, cinq ou dix fois par an tout en payant mes additions. Mais pour vivre, je ne peux pas être seulement journaliste. D’ailleurs, je ne cache pas mes activités annexes dans la communication, la rédaction de dossiers de presse ou l’animation de conférences. Plutôt que de relayer la vision commune et caricaturale du “on ne paye pas, on est acheté, on est connu donc on est corrompu”, j’aimerais souligner que la culture générale fait selon moi trop souvent défaut dans la profession aujourd’hui. Avoir un bon coup de fourchette et un bon palais ne suffit pas : il est tout aussi important de s’intéresser à l’histoire de la gastronomie et de suivre attentivement l’actualité. »

Sur le même sujetL’anonymat du critique gastronomique avec François Simon (podcast) – Comment devenir journaliste gastronomique en 12 points – Guillaume Lamy, meilleur journaliste gastronomique de France ?

PratiqueTailler une plume, Croquons le critique gastronomique, à paraître le 17 mai aux éditions de l’Epure (coll. Mise en appétit), 12 euros

Food’s WhoLa fiche de Stéphane Méjanès

Photographie – ©Stéphane Bahic

Les derniers articles

Opinion

Décryptage

Business

A boire

Tendances & Média

Haut de page