Comment Marseille s’imagine en capitale de la gastronomie pour l’année 2019

Rencontre avec Isabelle Brémond, directrice générale de Provence Tourisme depuis 2001. 

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L’entretien a été réalisé fin 2018

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Atabula – Comment est né l’événement « Marseille Provence 2019, année de la gastronomie » présenté en décembre dernier ?

Isabelle Brémond – Le département accueille chaque année 8 millions de visiteurs, ce qui représente 44 millions de nuitées. En 2013, l’événement « Marseille Provence, capitale européenne de la culture » avait généré la venue de deux millions de touristes supplémentaires. Aujourd’hui, l’événementiel est un outil d’attractivité pour le tourisme. Quant à la gastronomie, elle fait partie intégrante du circuit touristique. C’est un sujet sur lequel nous travaillons depuis très longtemps, notamment parce que nous avons la chance d’avoir un territoire aux grands espaces naturels préservés. Nous sommes le premier département pour la production de tomates, de salades, de courgettes, de riz et d’olives et le premier en surfaces agricoles bio. Qui mieux que nous peut travailler sur le sujet gastronomie ? Deux énormes projets en ce sens nous ont été confiés par le département : l’ouverture d’un pôle gastronomique dont la première pierre sera posée fin 2019 – début 2020 ainsi que « Marseille Provence 2019, année de la gastronomie » (MPG2019). Qu’on se le dise : la gastronomie est une filière essentielle de ce territoire.

Isabelle Brémond

MPG2019 va démarrer en mars de l’année prochaine et va s’étendre sur une année. Qu’allez-vous proposer ?

Nous allons boucler le programme en juin mais je peux revenir sur les grandes lignes. Il y aura d’abord un projet autour des saisons qui va faire l’ouverture, une sorte de garde-manger ou de ventre de la Provence sur la Canebière, artère centrale pour nous. On veut être le miroir de la biodiversité avec des installations végétales, des marchés-cantines… Il y aura également une « Nuit blanche de la gastronomie » rythmée par des repas jusqu’au petit-déjeuner, un festival des cuisines méditerranéennes qui s’adressera aux particuliers comme aux professionnels, des événements autour de la mer, des domaines viticoles et notre tradition de 13 desserts pour les fêtes de fin d’année avec un focus à la fois sur la nourriture et sur la faïence, un concours du plus grand aïoli du monde, des banquets scientifiques et pour conclure, quelque chose en lien avec la biennale d’art contemporain Manifesta. On aimerait également une manifestation qui mette les femmes à l’honneur, et nous réfléchissons à une halle alimentaire qui pourrait être nomade, pensée par un designer. Tous ces projets vont s’inscrire dans une dimension du produit brut, du populaire, de la cuisine du peu, contrairement à Lyon par exemple où l’offre est intéressante mais davantage sophistiquée. Nous souhaitons aussi une grande mixité, pouvoir intégrer les cultures comoriennes, algériennes ou italiennes qui s’enrichissent mutuellement. Au delà de ces grands événements, il y aura des coproductions avec des villes et et chambres consulaires pour transcender des événements existants. Enfin, les directions des départements seront impliquées : ce sera le cas pour le petit déjeuner avec les collèges, la gastronomie à l’époque romaine puisque nous gérons des centres culturels, les personnes âgées car nous avons des compétences autour du social…

En 2013, l’événement « Marseille Provence capitale européenne de la culture » disposait de moyens considérables avec une enveloppe de 98 millions d’euros. Quid de l’année de la gastronomie en 2019 ?

Ce n’est pas comparable : nous avons un budget de 2,2 millions d’euros. Au sein de notre structure, en plus de nos pôles actuels (ingénierie, communication et ressources), nous avons créé un pôle gastronomie de trois personnes emmené par une nouveau visage que nous avons embauché : Lina Tornare, consultante culinaire qui a de nombreuses références à son actif. Au-delà de ce pôle spécifique, c’est toute l’équipe de Bouches du Rhône Provence Tourisme qui est mise à disposition soit 37 collaborateurs. Enfin, un mot sur les objectifs : fédérer l’ensemble de la population, mobiliser les acteurs, promouvoir l’ensemble de la filière et développer la notoriété gastronomique du territoire. Concernant ce dernier point, on part de loin parce que jusqu’ici, mis à part Gérald Passédat (chef du restaurant trois étoiles Le Petit Nice à Marseille) et quelques chefs, c’était le no man’s land. Aujourd’hui : il y a en plein : Lionel Lévy (Intercontiental Hôtel Dieu), Alexandre Mazzia (restaurant AM), Ludovic Turac (Une Table au Sud) sans compter les candidats Top Chef comme Fanny Rey (restaurant Fanny Rey & Jonathan Wahid) ou Coline Faulquier (La Pergola)… On sent un véritable engouement pour le territoire de Marseille qui a changé mais aussi la volonté des chefs de cuisinier au plus près du produit. L’appel à projets lancé par nos soins jusqu’au 15 mai prochain a déjà enregistré 200 téléchargements en plus de sa diffusion à 650 de nos partenaires.

Sur le même sujetLionel Lévy : « Je ne me reconnais plus dans mon métier de chef » / Une Table au Sud (Marseille) : 20 ans de vie et pas mal d’histoires !

Texte & Photographie – Propos recueillis par Ézéchiel Zérah

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