« Qu’ils assument et fassent un salon du fromage industriel » : Véronique Richez-Lerouge épingle le Mondial du fromage de Tours

De passage au Mondial du fromage, qui s’est déroulé à Tours du 2 au 4 juin, la présidente de l’association Fromages de Terroirs estime que les organisateurs ont manqué de transparence envers le public en vantant l’authenticité de produits pourtant en grande partie issus de multinationales du lait. Emblématique de cette confusion entretenue, la création d’un plateau de fromage de 161 mètres contenant 952 pièces où trônaient les marques Chaumes (Savencia), Caprice des Dieux (Savencia), Boursault (Savencia) ou encore Domaine de Bresse (fromagerie Servas, filiale de la fromagerie Bressor appartenant à Savencia). Si des produits plus qualitatifs se fondaient dans la masse, Véronique Richez-Lerouge fustige un « mélange des genres » entretenu par la présence de Meilleurs Ouvriers de France donnant une caution aux multinationales du secteur. « Ce plateau traduit une vision de la société ringarde tournée vers le volume alors qu’on a besoin de qualité, tout en instrumentalisant la tradition », allume la Jeanne d’Arc du fromage de terroir. Pas contre la présence sur le marché de PME offrant de la qualité, elle regrette le jeu dangereux des « fabricants de lait en poudre » (comprenez, Lactalis et consorts) qui dévoient chaque année un peu plus les Appellations d’origine protégée.

« Ce plateau traduit une vision de la société ringarde tournée vers le volume alors qu’on a besoin de qualité, tout en instrumentalisant la tradition »

Véronique Richez-Lerouge

« Il faut des petits acteurs, des moyens et des gros. Or les gros sont en train de tout accaparer et l’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité) ne fait rien pour y remédier », regrette-t-elle. Dernière triste nouvelle en date, le rachat par Savencia du réputé Roquefort Papillon. Désormais, Lactalis, Sodiaal et Savencia détiennent 80% de la production de Roquefort. Pour rappel, une AOP (l’appellation fête cette année ses 100 ans, ndlr) est censée promouvoir un seul savoir-faire et interdire la contrefaçon. Désormais présents dans la quasi totalité des réunions fixant les cahiers des charges des AOP, les représentants des multinationales du lait font pression pour assouplir les critères en faveur de logiques de plus en plus industrielles. Première victime de la manœuvre ? Le lait cru. Comme on dit, ça pue. 

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Pratiquefromages-de-terroirs.com

Photographie – Page Facebook du Mondial des fromages et des produits laitiers

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