Des MOF côté jury, un MOF côté candidat. Et, au final, le MOF qui gagne. Est-ce bien raisonnable ? Décryptage.


Le candidat Davy Tissot a remporté l’épreuve du Bocuse d’Or France ce mardi 24 septembre avec un total de 1858 points. Juste derrière pointe le chef de la Maison Pic (Valence), Tom Meyer. Ce dernier compte 1857 points. Soit une différence de… un petit point. La victoire s’est donc jouée à un cheveu. Mais on peut légitimement se poser la question de savoir si le titre ne s’est pas surtout joué à… un col près.

L’un est chef de la création à la Maison Pic, l’autre dirige les cuisine de Saisons, restaurant situé au sein de l’Institut Paul Bocuse. Surtout, le second porte le col bleu-blanc-rouge des MOF. Ces fameux Meilleurs Ouvriers de France, un titre tellement prestigieux qu’une légende racontait qu’il n’était plus possible de passer d’autres concours après. Mais ce n’était qu’une légende, et la participation de Davy Tissot à ce concours à permis de tordre le cou à cette idée reçue. Elle pose néanmoins quelques questions.


Les notes du Bocuse d’Or France 2019

Regardons de plus près les notes, épreuve par épreuve, des deux candidats arrivés en tête. À l’épreuve sur plateau, Tom Meyer prend la première place avec 637 points ; Davy Tissot est derrière avec 591 points. Des huit candidats, le chef de la Maison Pic vire en tête. Idem pour l’épreuve sur assiette : 652 points pour Meyer, 599 pour Tissot. Côté assiette, la supériorité de Tom Meyer est incontestable : il devance le chef de Saisons, avec un écart de 99 points. Le jury dégustation – qui intervient sur les deux épreuves précitées – délivre 780 points, contre 600 points pour le jury cuisine et 100 points pour l’entretien individuel. Autrement dit, la majorité des points a déjà été donnée. Normalement, la messe est dite.

Restent deux épreuves : l’intervention du jury cuisine qui note cinq éléments (propreté et hygiène, tenue du poste de travail, déchets-tri-utilisation optimale du produit, capacité technique-implication-organisation, respect du règlement) et l’entretien individuel. Là, les résultats s’inversent : le jury cuisine accorde 80 points de plus à Davy Tissot (588 contre 508). Et sur l’entretien, il glane 20 points de plus (80 pour Tissot, 60 pour Meyer). Soit un différentiel de 100 points. Le calcul est simple : Davy Tissot gagne d’un point. Bravo à lui.


À l’entretien individuel, le gang des Lyonnais a jugé…. un Lyonnais !
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Noté sur 100 points, l’entretien individuel est loin d’être anecdotique. Qui note ? Ce sont Joseph Viola, Guy Lassausaie et Christian Têtedoie. Un jury 100% lyonnais qui note.. le Lyonnais Davy Tissot.


Comment expliquer un tel décalage ? Penchons-nous sur les chefs qui composent les deux jurys. Côté jury dégustation, on retrouve dix chefs : Christophe Aribert, Mauro Colagreco, Marie Soria, Alexandre Couillon, Amélie Darvas, Florent Ladeyn et Tabata Mey. Complètent ce jury trois MOF : Mathieu Viannay, Fabrice Prochasson et Franck Putelat. Soit 30% du jury. À défaut d’une majorité de blocage, une minorité de contrôle ? Côté jury cuisine, ce n’est plus la même chanson : Romuald Fassenet, Philippe Joannès, Eric Pras et Christophe Quantin. Là, c’est du 100% MOF.


Lire notre article : Faut-il interdire à un MOF de se présenter à un concours quand il y a des MOF dans le jury ?


Quatre MOF qui jugent un MOF, problème ou pas ? En donnant 100 points de plus au MOF Davy Tissot, soit précisément un petit point devant son principal concurrent, la question d’un petit arrangement entre col tricolore se pose. Si tel devait être le cas, ce serait extrêmement grave. D’abord pour les candidats qui réalisent un travail acharné ; ensuite pour l’image d’un concours qui se rêve comme les Jeux Olympiques de la profession, mais qui semble tomber dans des travers peu glorieux. Incontestablement, et sans rien enlever à la prestation de Davy Tissot, la présence d’un MOF côté candidat (et qui en plus est… Lyonnais !) et l’omniprésence des MOF côté jury pose un problème crucial d’objectivité du jugement.

Ils ont dit…
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Régis Marcon : “La France – peut-être – pâtit un peu d’être enfermée dans ses propres codes. Il faut remotiver les troupes, et réfléchir à un nouveau départ avec plus de moyens bien répartis mais surtout une vision plus innovante en s’entourant, en plus des MOF, de jeunes chefs qui ont des regards différents”
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François Adamski : “Est-ce qu’on n’est pas trop dans l’esprit MOF, le côté technique et pointu tandis que les étrangers sont davantage la globalité ?”


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