L’incendie qui a touché l’usine Lubrizol de Rouen dans la nuit de mercredi à jeudi a finalement été éteint ce vendredi matin. Alors que les risques liés au feu sont donc quasiment nuls, se pose maintenant la question de l’immense nuage de fumée qui voyage dans le Nord de la France. Une pluie de suie s’est largement abattue sur le paysage, première conséquence de l’événement, venant remettre en cause l’intégralité du travail agricole de la région, et plus généralement du pays. Quel impact pour les agriculteurs ? Réponse en quatre points.


  • Questionnement sur la santé des élevages

Dans un communiqué de recommandations publié lundi, la préfecture de Seine-Maritime préconise la mise à l’abri des troupeaux pouvant être touchés par le panache de fumée, mais aussi de leur éviter tout contact avec les zones souillées et les aliments exposés aux retombées de suie et d’hydrocarbures. Si les directives départementales sont donc claires, elles ne répondent pas aux questionnements des agriculteurs quant aux risques que ces pluies et vapeurs représentent pour leur cheptel. L’avenir des volailles et bovins et la qualité de leur production restent donc encore à déterminer, d’autant qu’aucune date de retour à la normale n’est pour le moment définie et que les collectivités souhaitent procéder à de nombreuses analyses avant de valider une sortie des troupeaux. Une modification de l’alimentation brutale qui aura sans aucun doute un impact sur les animaux, mais aussi sur les finances des éleveurs. 


  • Avenir incertain des sols et des productions maraîchères

Terre de pommes, utilisées pour la production de cidre et de Calvados, c’est tout un pan de l’agriculture et du patrimoine normand qui voit les pluies noires s’abattre sur les arbres fruitiers, développant ainsi des risques de contamination pour les années à venir. L’avenir des sols est lui aussi incertain et pourrait mettre en péril les futures productions de fruits et légumes qui portent une grande partie de l’économie régionale. 


  • Une pollution des eaux qui pourrait continuer à s’étendre

Alors que l’eau dans les foyers de Rouen et son agglomération reste potable selon les dernières informations, une pollution de la Seine risque toutefois d’avoir lieu, étendant avec elle la potentielle contamination de troupeaux s’abreuvant dans son lit et remettant en question les labels de qualité dans les régions touchées et la baie de Seine. Les écosystèmes fluviaux devraient eux aussi subir un bouleversement majeur. 


  • Quid du bio, et de la comestibilité des produits touchés ? 

Si pour le moment aucune indication n’a été donnée et que les questions sur l’agriculture commencent simplement à se poser, cet événement pourrait complètement chambouler les marqueurs de qualité présents en gastronomie. Les aliments resteront-ils comestibles alors que la consommation des produits touchés sur place est à ce jour grandement déconseillée ? Le label bio sera-t-il conservé et quelle crédibilité lui sera désormais accordée ? Les productions seront-elles aussi conséquentes ? Combien de temps les sols mettront-ils à se régénérer ? De nombreuses questions qui restent pour le moment sans réponse mais qui pourraient modifier l’ADN du terroir et plus généralement de l’agriculture française.


Photographie – © Marie Hélène Labat


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