« Les 100 chefs » : encore un classement 100% vicié !

Voilà un classement 100% Canada Dry : ça a l’air super sérieux, avec des chefs qui votent pour des chefs mais qui, en réalité, n’a que l’apparence du bon sens. Car, d’une part, et à l’instar du 50 Best, il ne fonctionne que sur le buzz médiatique. D’autre part, il est largement franco-français puisqu’il est organisé par… un média français et francophone : Le Chef.

Voilà pourquoi il n’y a que des chefs français ou travaillant en France qui trustent les premières places. Pour info, cette année, c’est Mauro Colagreco qui prend la première place, suivi de Christophe Bacquié, Arnaud Donckele et Laurent Petit. Les années précédentes, la tête de liste était Arnaud Donckele (2019), Michel Troisgros (2018), Alain Passard (2017), Michel Bras (2016) et Pierre Gagnaire (2015). N’y aurait-il donc que la France au sommet de la gastronomie mondiale ? Critiquable à plus d’un titre, le World’s 50 Best a au moins le mérite de montrer que notre joli pays n’est pas seul sur la scène mondialisée de la restauration.

Mais là, les votants de cet ersatz de classement doivent probablement être majoritairement français. Il serait intéressant d’ailleurs que la direction du magazine publie les votes pays par pays… Pour rappel, ne peuvent voter que les chefs deux et trois étoiles, c’est-à-dire des chefs qui se trouvent dans des pays « servis » par le guide Michelin. Et lorsque l’on sait que de nombreux chefs ne voyagent que très peu – c’est qu’ils ont un peu de boulot dans leur bouclard -, là encore, sur le papier, c’est formidable de faire voter les chefs, mais ces derniers jugent-ils réellement des chefs « chez lesquels il faut être allé » (c’est l’un des critères du vote) ou pour ceux qui « créent une cuisine incontournable » ? La vérité du vote est autre : soit c’est à celui qui a la plus haute autorité (Pierre Gagnaire, Michel Bras ou Alain Passard), soit c’est celui qui fait le plus de bruit médiatique. Ce qui est exactement le cas de Mauro Colagreco cette année (troisième étoile Michelin et première place au World’s 50 Best).

Ce classement intitulé « Les 100 chefs », qui part, comme souvent, d’un bon sentiment, ne reflète en réalité que sa propre vérité, il se rêve mondial mais il est réalité totalement franco-centré, qui se défend d’être objectif, mais qui n’affirme de fait que sa propre subjectivité. Voilà un classement de plus, largement imparfait, simple outil marketing d’autosatisfaction, symptôme éclatant et déprimant de cet entre-soi si français.


Photographie – DR

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