Procès Veyrat/Michelin : quels arguments pour les deux parties ?

Ce mercredi matin se tenait au tribunal de grande instance de Nanterre l’audience en référé du procès mêlant Marc Veyrat et le Guide Michelin. L’occasion de récapituler l’ensemble des éléments énoncés par les deux partis qui s’opposent depuis plusieurs mois, et les sanctions requises avant la décision qui devrait être rendue le 31 décembre prochain. 


Personnage haut en couleurs, lancé à l’attaque du guide Michelin depuis la perte de sa troisième étoile, Marc Veyrat avait ce mercredi l’occasion tant attendue de s’opposer au Bibendum. Pas de trace du chapeau à l’horizon pourtant au TGI de Nanterre. Pour le représenter, le chef savoyard avait fait appel à Maitre Ravanas, avocat réputé, et habitué de ce genre de litige, ayant défendu la fille de Johnny Hallyday dans l’affaire d’héritage. Mais alors que reproche le chef qui se définit comme un « Cuisinier paysan » au Guide Michelin ?

Une punition sans avertissement 

Premier point soulevé par l’avocat du chef au chapeau : l’absence d’avertissement dans le cadre du déclassement de son restaurant. Ainsi, et selon nos dires lors d’un précédent article sur une potentielle perte de troisième étoile au restaurant de l’Auberge du Pont de Collonges, Marc Veyrat explique n’avoir reçu aucune information ni aucun axe d’amélioration possible avant de découvrir quelques jours seulement avant la sortie du guide la perte du troisième astre.

Du cheddar, encore du cheddar et toujours du cheddar 

C’est le fer de lance du chef depuis le début des débats. Alors qu’il rencontrait Gwendal Poullenec afin d’obtenir plus d’informations sur son déclassement, le directeur du Guide Michelin aurait indiqué à Marc Veyrat que l’utilisation du cheddar l’avait mené à sa perte. Une déclaration niée en bloc par la tête du Bibendum, et qui ne correspond pas aux critères du guide rouge, basant généralement ses critiques sur l’ensemble d’un plat et ne reconnaissant jusqu’alors aucun produit comme rédhibitoire. 

Toujours pas de notes de frais 

Enfin, Me.Ravanas a une nouvelle fois réclamé les notes de frais attendues depuis des mois par le chef et permettant de justifier la venue d’un ou plusieurs inspecteurs du Guide Michelin en vue de la sortie de l’édition 2019. Selon les conclusions rédigées par l’avocat du chef ex-triplement étoilé, les documents transmis au chef au mois de juillet 2019 ne contiendraient pas les notes de frais permettant de s’assurer du passage du Michelin à Manigod. Ainsi, Marc Veyrat réclame donc l’accès à tous ces documents, mais aussi aux diplômes, à l’identité et aux expériences professionnelles en lien avec le monde de la gastronomie de chacun des inspecteurs passés dans son établissement pour la sortie du guide 2019. 

Michelin contre-attaque

À cela, le Guide Michelin, représenté ce mercredi par Maître Richard Malka, (Gwendal Poullenec étant présent en début de matinée puis s’étant absenté quelques temps avant le procès), a logiquement évoqué son droit à la liberté d’expression, précisant par la même occasion l’absence de remise en question des autres guides par le chef au chapeau, celui-ci ayant été intégré à la récente académie Gault & Millau.

Deux étoiles pour La Maison des Bois, aucune pour Marc Veyrat

Si c’est bien Marc Veyrat et sa société qui portent tous deux le procès en leur nom à l’encontre du Michelin, l’avocat du guide n’a pas manqué de rappeler que les étoiles étaient discernées au restaurant et que cela n’engageait en rien la personnalité de Marc Veyrat. Par la même occasion, Me. Richard Malka a une nouvelle fois nié les propos accordés à Gwendal Poullennec par Marc Veyrat concernant le cheddar-gate et réclame 30 000 euros de dommages et intérêts au chef en raison des accusations portées à l’encontre du guide.

Et si le métier d’inspecteur était voué à changer ?

C’est en tout cas ce que semble avoir réclamé ce mercredi Marc Veyrat. S’il souhaite rendre accessible l’identité, mais aussi obtenir des preuves quant aux compétences des inspecteurs du guide, le Michelin est quant à lui allé plus loin, ironisant dans ses conclusions tout en multipliant les questionnements au sujet de ce job hors-norme. Un nombre minimum de passages dans chaque établissement pourra-t-il être demandé par les juges ? Faut-il supprimer leur anonymat ? Des justificatifs d’achat de places de cinéma ou des preuves de la bonne lecture d’un livre pourront-ils aussi être demandés dans les secteurs de la cinématographie et de la littérature ? Autant de questions que le Michelin se pose et qui pourraient redéfinir le métier de critique en cas de sanction à l’encontre du guide rouge. Réponse le 31 décembre prochain. 


Photographie – DR

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