Quatre tables à la première place : La Liste, c’est le remake de l’école des fans de la gastronomie mondiale !

On se demande bien pourquoi les guides ou le classement du World’s 50 Best s’embêtent à gérer de l’humain pour établir leurs résultats. Susceptible, cocardier et surtout subjectif, l’inspecteur ou le juré est taxé de tous les maux par les mal classés, les rétrogradés et autres ronchons patentés. Alors que prenez La Liste, outil 100% made in France, pensé par un ambassadeur français, dirigé par une équipe à très grande majorité française, fêtée au sein d’un ministère français (qui n’a donc aucun intérêt à mettre la France en avant, vous l’aurez saisi !), eh bien la faiblesse humaine a laissé sa place à un algorithme, froid comme un glaçon, raide comme la justice statisticienne, intransigeant comme le pouvoir stalinien. Car les organisateurs de cette belle machine l’assurent : l’algorithme, tenu secret (forcément !) n’a jamais varié pour s’adapter à la situation, pour récompenser un ami ou une table qui arrangerait bien les affaires françaises. De l’objectif pur et dur, de la data, rien que de la data passée à la moulinette d’un programme informatique… Et hop, qui sort de ce chapeau binaire depuis la création de La Liste en 2016 ? Guy Savoy, la table la plus française du monde. Vive le hasard algorithmé !


La Liste s’est tirée une balle dans son pied déjà plus que vacillant.

Que les mauvaises langues se taisent : ce classement n’est pas humain, c’est machiné sans déviance et sans vice caché. Quoique… Nouveauté dans le classement 2020 : un système de bonus. La direction de La Liste a dégainé les bonus « authenticité » et « local/traçabilité » pour s’opposer à une « certaine cuisine créative et instagrammable qui se copie à la vitesse de la lumière », indique le cofondateur de La Liste, Jörg Zipprick. Patatras ! Tout l’argumentaire de l’objectivité statistique – qui, on l’a compris, ne voulait pas dire grand-grand-chose – ne tient plus du tout la route. Car si quelqu’un est capable d’expliquer objectivement – et de quantifier – la notion d’authenticité et même de « local-traçabilité », alors c’est le champion des champions. Comme une grande, La Liste s’est tirée une balle dans son pied déjà plus que vacillant.

Alors, que reste-t-il de sérieux à La Liste ? Rien ou si peu. Au fil des années, ses organisateurs ont compris qu’il fallait rectifier légèrement le tir. Car la ficelle franchouillarde était devenue trop grosse. Et puis, entre temps, l’ennemi (le World’s 50 Best Restaurants) s’est mis à caresser dans le sens de la plume le coq français. La gastrodiplomatie exigeait donc une meilleure parité. L’an dernier, notre algorithme avait donc fait un premier pas en faveur de la diversité internationale. Le Bernardin d’Eric Ripert (un chef français quand même, faut y aller mollo….), situé à New York, arrivait ex aequo avec l’indéboulonnable Guy Savoy. Mieux, cette année, la statistique divine a fait un miracle : elle a placé quatre tables sur la même première ligne : outre Guy Savoy et Le Bernardin, il y a désormais Sugalabo et Ryugin (toutes deux à Tokyo). Et un miracle n’arrivant jamais seul, il en est de même pour la deuxième place (cinq restaurants) et la troisième place (huit restaurants). Quelque 15 tables pour trois places, qui dit mieux ? Bien évidemment, il va s’en dire qu’Alain Ducasse a été bien servi par son ami, le président-fondateur de La Liste Philippe Faure : il est présent à la seconde place avec le Louis-XV (Monaco), et à la troisième avec le Plaza Athénée (Paris).

La Liste opus 2020, c’est l’école des fans des classements gastronomiques : tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, tout le monde il est content. Tout le monde a gagné. C’est que, derrière, il y a du business à faire et, comme en diplomatie, il ne faut froisser personne, de Paris à Tokyo, de New York à Moscou.


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Photographie – DR

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