Bénédict Beaugé : « Je partageais avec Sébastien le rejet des normes de la critique gastronomique »

Acolytes de table, frères de plume, Bénédict Beaugé et Sébastien Demorand ont partagé de longs repas et bien plus de discussions encore. Retour sur plus de vingt ans d’amitié entre ces deux amateurs de bonne chère frappés par la foudre gastronomique et le sens de la critique élaborée.


Atabula – Depuis quand côtoyiez-vous Sébastien Demorand ? 

Bénédict Beaugé – Nous nous sommes rencontrés il y a 22 ans. Je venais de publier « Aventures de la cuisine française ». Sébastien travaillait à l’époque à Gault&Millau avec Luc Dubanchet et ils avaient tous les deux demandé à me voir suite à la parution de ce livre qui traitait de la nouvelle cuisine. Ils se sentaient très concernés, et nous avions passé tout l’après-midi ensemble à bavarder, bien au-delà de ce que nécessitait l’interview. C’est à ce moment que j’ai sympathisé avec lui. Nous sommes restés en contact puis ce contact est devenu une réelle amitié. 

Vous avez ensuite collaboré à un ouvrage et lancé, tous les deux, votre propre média Cuit-Cuit… 

Oui nous avons co-écrit « Les cuisines de la critique gastronomique » quelques années plus tard (en 2009, ndlr). C’était une expérience très intéressante ! Nous nous étions parfaitement entendu sur ce sujet et le livre avait une vraie cohérence. Nous avions la même vision de la gastronomie, c’était aussi une des raisons de notre amitié. Le blog a ensuite été créé, un peu trop tard je pense, puisque c’était juste avant l’explosion des réseaux sociaux. La communication avait changé de forme. Nous partagions ce rejet des normes qui existaient à ce moment dans la critique gastronomique.

Aviez-vous encore des projets ensemble et quelles relations entreteniez-vous depuis l’arrivée de sa maladie ? 

Depuis un an malheureusement, Sébastien ne pouvait pas vraiment se lancer dans de nouveaux projets. Il vivait au jour le jour, en fonction de la maladie et des traitements. Nous continuions toutefois à nous voir et à communiquer régulièrement. Il y a trois ou quatre jours encore, notre appel tournait autour de quelque chose de primordial : la charcuterie doit-elle être politiquement correcte ? Vous voyez, c’était du sérieux (rires). C’était le genre de sujets qui nous avaient rapprochés, même s’il est vrai que nous parlions aussi beaucoup de nos passions respectives. 

Quel souvenir de table garderez-vous avec lui ? 

Sans doute le dernier, au Mermoz. Manon Fleury avait réalisé un déjeuner formidable. Autant pour Sébastien que pour moi, ce restaurant représentait une sorte de « perfection », même si c’est exagéré. En tout cas une direction qu’il fallait suivre, aussi bien dans le cadre que dans la cuisine. C’était le type de lieu qu’il aimait. Je n’ai jamais fait de grandes tables avec lui : ni déjeuner à l’Arpège, ni expédition à Roanne. Nous courrions plutôt le bistrot. 


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Photographie – DR

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