Sébastien Demorand, je voulais également te dire…

… que tu m’auras fait rire jusqu’à notre dernier échange, il y a quelques jours. Tu sortais à peine de l’hôpital, ta femme conduisait et elle criait – ou insultait je ne sais plus trop – un automobiliste un peu trop indélicat. Toi, tu t’en foutais car tu me proposais de t’étendre sur Atabula sur la qualité de la bouffe (il n’y a pas d’autres mots) à l’hosto et, plus globalement, en restauration collective. Car, oui, nous, nous av(i)ons cette incroyable chance de nous régaler dans les plus grandes tables de France et d’ailleurs.

Quelques jours encore avant cet échange, autre coup de téléphone : tu me décryptais en direct ton plateau repas alors que j’étais attablé, seul, dans un restaurant grandement étoilé en France. J’en pleurais de rire de ton jambon rose comme une fraise tagada et de ton fromage aussi dur qu’un pavé parisien. J’en pleurais aussi de te savoir sur un lit d’hôpital, de te savoir malade. Mais même la santé en vrille, tu hurlais, tu houspillais, tu voulais battre le fer contre les injustices, les abus, les chefs prétentieux et tous les cons de bas étage.

Je t’ai vu également sur la grande scène Omnivore aimer ceux qui y montaient toute la journée, leur parler avec une admiration non feinte, avec un humour léger et le bon mot devant le beau mets. Je t’ai vu aussi dans l’intimité d’un tête à tête, accoudé chez l’ami Yves Camdeborde, disserter sur tes doutes et tes erreurs, lever le coude en choeur pour envisager la suite. La suite, quelle suite ?

Tu étais engagé, enragé parfois, entier toujours. Les gars de ton espèce sont rares dans notre milieu, qui préfère le mou et le tiède à la dure et chaude franchise. Inutile d’écrire que tu vas nous manquer.

Nous devions nous revoir, nous ne nous reverrons pas. Salaud.


Photographie – DR

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