Affaire Veyrat-Michelin : le chef au chapeau jette l’éponge

Le 10 janvier dernier, Marc Veyrat faisait appel de la décision rendue le 31 décembre par le tribunal de Nanterre. Non, il ne s’avouerait pas vaincu face au tout puissant Bibendum. Aujourd’hui, le Savoyard fait finalement marche arrière et arrête toutes les poursuites à l’encontre du guide Michelin. Par l’intermédiaire d’un communiqué, il met fin à une guerre d’ego largement médiatisée qui aura duré près d’un an. 

Entre Marc Veyrat et le Michelin, la rupture est enfin actée. Comme un amant ne souhaitant pas laisser partir sa favorite (la troisième étoile), il aura fallu près d’un an – et la confirmation dans l’édition 2020 du guide rouge – au chef au chapeau noir pour accepter son passage de trois à deux étoiles, un an seulement après avoir décroché la récompense ultime qu’il avait déjà connue. L’affaire est passée devant les tribunaux, s’est envenimée à la radio, sur les plateaux télévisés ou encore dans la presse écrite par interviews interposées. 

Finalement, le chef savoyard jette l’éponge, quelques semaines seulement après la réouverture de la Fontaine Gaillon (Paris) sous sa houlette. Dans un communiqué divulgué ce mercredi 19 février, l’homme au chapeau annonce abandonner la bataille judiciaire sans renier ses griefs à l’encontre du guide, « convaincu que les étoiles sont accordées de façon arbitraire » et que la sanction dont il a été victime « témoigne des procédés contestables dont use cette publication pour asseoir sa réputation. » Pour appuyer son argumentaire et justifier décision, le chef utilise la rétrogradation du restaurant Paul Bocuse à deux étoiles, dénonçant une « stratégie de communication qui consiste à s’en prendre aux grandes maisons et aux cuisiniers les plus célèbres, comme ce fut déjà le cas avec Marc Haeberlin, à Illhauesern, ou Alain Dutournier, à Paris, au titre du renouvellement de supposées élites, afin de laisser la place aux générations suivantes. » Persuadé qu’à sa suite, d’autres chefs trois étoiles risquent de se voir retirer la distinction suprême dans les années à venir, Marc Veyrat assure finalement que sa « dévotion à la cause de la haute cuisine française et du patrimoine agricole savoyard reste plus que jamais intacte. » Grandiloquent, il termine ainsi son communiqué : « l’histoire jugera. » Des paroles pleines de sagesse qui ne feront pas oublier les mois de battage médiatique entretenu par l’homme de Manigod.

Nouveau coup de pub ou ras-le bol-généralisé ? Qui du chef ou de l’avocat a finalement décidé d’arrêter les poursuites ? Reste que Marc Veyrat, n’ayant jamais réussi à créer un mouvement collectif de défiance vis-à-vis du Michelin, se retrouve plus esseulé que jamais. Reste aussi la question centrale : a-t-il encore les moyens de faire avancer sa Maison des Bois ? L’avenir le dira.


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Auteurs – Léandre Mage avec Franck Pinay-Rabaroust et Louis Jeudi

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