Le billet d’humeur de FPR #2 : Pic, Belle, cocaïne, Culs de Poule, l’Ultime, coronavirus, Périco, Roger…

Humeur, piqûre de rappel

En gros, mes humeurs, c’est un « je » assumé, 100% subjectif, partisan parfois. Coups de coeur ou coups de gueule, superficielles ou profondes, mes humeurs se veulent le reflet de mes réflexions et opinions de la semaine. Voilà le deuxième billet, où l’on se moque de quelques travers de notre époque. 

Anne-Sophie Pic : la confusion de l’infusion de l’imprégnation

Difficile de répondre à la question de la définition d’un grand chef. Néanmoins, une première réponse se dessine : c’est celui dont on arrive à définir la cuisine en quelques mots simples mais fortement identitaires. Autrement dit, est un grand chef celui qui, d’une certaine façon, délivre une cuisine singulière, immédiatement reconnaissable. Consciente de cet enjeu, la cheffe Anne-Sophie Pic a annoncé qu’elle plaçait son travail sous le mot parapluie d’ « imprégnation ». Quel mot étrange au regard des deux définitions données par le Larousse : « Action d’imprégner quelque chose d’un fluide, d’un liquide ; fait d’en être imprégné » ou, selon le contexte, « Pénétration lente et profonde d’une influence intellectuelle, idéologique ». Dans ce second sens, c’est, pour Anne-Sophie Pic, s’identifier en puisant une « influence » extérieure, ce qui est légèrement contradictoire avec le but affiché. Quant à la première définition, c’est un peu court pour en faire une identité opérationnelle, donc significative. Sur le site officiel de la cheffe, la définition est la suivante : « l’imprégnation, c’est l’infusion qui marie les arômes en fluidité ». Pas très éclairant non plus. Bref, c’est un peu la confusion de l’infusion de l’imprégnation.  


Coronavirus #1

Il suffit de se pencher sur les chiffres de Googletrends pour comprendre que les internautes sont nombreux à se poser la question de savoir s’il y a un rapport entre le fameux virus et la non moins fameuse bière Corona. Bien sûr, la réponse est négative. Encore un peu, et on va se demander si Jacques Chirac n’est pas la première victime secrète de cette contagion mondiale.

Dilia, bellissima cucina povera

Quartier de Ménilmontant, coin de rue, façade blanche un brin fatiguée, trois tables en bois à l’extérieur histoire de dire que la gargote de quartier n’est pas fermée. Je me rappelle être venu ici il y a fort longtemps, lorsque j’habitais à deux pas et qu’un autre chef oeuvrait en cuisine, avec en mémoire un repas couci-couça. Désormais, c’est Michele Farnesi, ex Pierre Jancou et Rino, qui chauffe la salle à coup de pasta démoniaques et d’assiettes qui vont droit au but. Au déjeuner, le menu e/p/d à 21 euros relève de l’offrande avec, ce vendredi, un « maquereau mariné, oignons de Roscoff, échalotes confites » envoutant et des « rigatoni au ragou d’abats, menthe et pecorino » totalement addictives. Service avec l’accent et toute la gentillesse que l’on attend d’une taverne parisienne aussi discrète que talentueuse. Finalement, qu’est-ce que l’on attend d’un restaurant si ce n’est de sentir le pouls du cuisinier ? Dilia, c’est ça : une povera cucina sentimentale où l’on a envie de pousser les murs, de coller les tables les unes aux autres (ce qui est déjà un peu le cas) et de partager ensemble le repas / 1 rue d’Eupatoria, Paris 20e arr. – 09 53 56 24 14

Il est Belle mon selfie ! 

Pardon de vous (me) poser la question, mais à part faire des selfies sans arrêt, il fait quoi dans la vie Gilles Belle ? (C’est lui en photo de couverture de cet article, avec cet air profondément ridicule.)

L’Ultime, une sucrée connerie

Il faut croire que le monde de la « food » se perfuse à la performance. Être le meilleur, voilà l’objectif, le nec plus ultra de la réussite. Le monde de la pâtisserie n’échappe pas à la tendance, bien au contraire. C’est ainsi qu’un gâteau a pris pour nom « l’Ultime », lequel se définit comme « le meilleur gâteau du monde car il a été créé selon VOS goûts » (le « VOS » est écrit en lettres majuscules sur leur site !). MES goûts, les gars de l’Ultime, ils ne les connaissent pas, pas plus que les vôtres. Saleté de marketing à deux balles où l’on vous vend de l’intime de façon anonyme.

Avec ses quatre pâtissiers qui ont travaillé ensemble pour créer cet Ultime – Yann Couvreur, Arnaud Lahrer, Gilles Marchal, Eddie Benghanem -, c’est un peu comme les quatre fantastiques du PSG qui se rêvent champions d’Europe mais qui chutent dès la première marche. Là, la première marche, c’est celle de la dégustation : un gâteau lourdaud et étouffe-chrétien qui n’a convaincu personne lors de sa dégustation. Et, au passage, ultime remarque concernant ce gâteau : il aura fallu relancer le service « livraison » qui avait, ô malheur… oublié de me livrer l’Ultime. Ultime, connerie sucrée.

Coronavirus #2

Contrairement à ce qui est écrit sur Internet, de Bangkok à Rio de Janeiro, les produits suivants ne soignent pas notre gentil virus mondial : la chiretta verte, l’ase fétide (bien connue au Sri Lanka), le thé au fenouil, le foie de boeuf, le jus de cerise ou même la vitamine C.

Biglove, journaliste versus instagrameuse 

Généralement, un communiqué de presse ressemble… à un communiqué de presse. Vanter le produit, le restaurant, le chef avec des mots bien polis bien choisis, trouver le juste ton en fonction du positionnement et susciter l’adhésion du journaliste, tel est le b.a.-ba du « CP » comme on dit dans le métier. Ce qui, in fine, lisse l’expression pour tirer vers le consensuel. Vendredi, j’ai reçu le CP de Biglove, trattoria du groupe Big Mamma, qui « me » parle d’une « envie folle, excitante de changer la carte », d’un « huge bonheur de vous présenter the one and only nouvelle carte », que le chef se fait « un autre kiff » car « il dégaine une fat variété de pasta fresca », et qu’il sort une « Soft Gelato, une prem’s dans nos restos, grandiose ». « Bref, on a hâte de vous faire goûter ces dingueries ».

Là, je me suis dit que l’art de la communication relevait en réalité de la quadrature du cercle. Quelle est la cible réelle d’un message à la sémantique aussi engagée et segmentante ? Certes, le petit côté écriture guide Fooding a son charme mais là, je doute que la plus grande partie du listing « presse » se reconnaisse sur la forme, à défaut d’aimer le fond. En revanche, il doit être parfait pour attirer la gentille instagrameuse aussi écervelée qu’excitée par les « 36 centimètres » de la « Libertino » de Loris Drazhi (le chef !). À chacun son trip ! Là, je ne suis pas la bonne cible. 

Patrick Roger, azimuté de la cabosse

Ce n’est certainement pas un scoop : Patrick Roger est un azimuté de la cabosse. La même agence de communication qui a rédigé le communiqué critiqué ci-dessus, a eu l’extrême attention de m’envoyer à domicile l’une de ses créations : une pelote de laine en chocolat aussi verte que la couleur signature, remplie de ses fameux rochers à la praline. Là, rien à dire : je suis la bonne cible ! 

Coronavirus #3

Parmi les produits censés soigner le coronavirus : la cocaïne. Pour le monde de la restauration, ce serait une excellente nouvelle : la plupart des chefs seraient ainsi… vaccinés. La belle aubaine.

Salon de l’Agriculture : Périco Légasse voit double 

Je l’aime bien Périco. Peut-être parce qu’il m’aime bien aussi, va savoir. Dernièrement, il me demandait si j’allais me rendre au Salon de l’Agriculture. Réponse négative ! Lui, il y est allé et il a publié une petite vidéo mise en ligne sur la chaine polony.tv. Il y explique qu’il verrait bien, à l’avenir, deux Salons de l’Agriculture. L’un serait dédié aux gros, les acteurs de l’agroalimentaire, l’autre serait celui des vrais, des petits, les agriculteurs qui ont la main dans la terre et les éleveurs qui élèvent leurs bêtes. Comme le dit Périco, cela éviterait d’avoir les bourreaux et leurs victimes dans le même pavillon. Certes, un tel projet n’irait pas sans poser quelques soucis logistiques et financiers mais, dans le fond, pourquoi pas ?

Culs de Poule, média de bonnes femmes et de bonne bouffe

Heureusement que ce n’est pas un homme qui a lancé un média avec ce nom sinon il aurait été cloué au pilori en moins de deux par la branche radicale féministe de radio casserole. Ce nouveau média, génialement nommé culs-de-poule, fera réagir sans aucun doute. Il est l’oeuvre de la journaliste Alvina Ledru-Johansson  qui souhaite « mettre en avant les femmes des métiers de bouche qui ne sont encore pas assez valorisées, mettre en lumière leur travail quotidien et leurs produits, donner de nouveaux modèles d’identification et créer une communauté autour d’elles. » Comme elle me l’a confié, culs-de-poule, « ce n’est pas du féminisme mais de l’engagement, avec un peu de provoc’ et surtout beaucoup de passion ». Lisons culs-de-poule sur Instagram et, plus tard, sur le site dédié / Va donc toucher de l’oeil ces culs-de-poule.


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Photographie – Gilles Belle (m’en veut pas Gilles, ce n’est pas méchant hein !)

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