Le billet d’humeur de FPR #3 : sexisme et couilles molles, Good France goût de Ducasse, Pétrus accusateur prétentieux, Michelin sans papier, coronavirus, les mots de Brigitte Violier

Michelin, papier mâché

C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi… Pour la seconde fois, une sélection du guide Michelin, celle de Malte en l’occurrence, ne sera disponible qu’en version numérique. C’était déjà le cas pour celle de Croatie, et il en sera de même pour la Slovénie. C’est somme toute logique : le Michelin mise désormais tout sur le numérique. Alors, à quand la suppression de tous les guides papiers, y compris la sélection française ? Pour l’instant, le Bibendum assure que ce n’est pas à l’ordre du jour. Mais nous savons tous qu’un jour ou l’autre, cela arrivera. 

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Coronavirus #1

Report, report, report, report, report, report, report… Rappelons un principe de base : si un événement peut se reporter sans trop de dommages (et encore), une table qui s’annule est souvent une table perdue pour le restaurateur. Et beaucoup de tables perdues, c’est au final un restaurant qui ferme. Tout le monde est perdant. Appliquons le principe de précaution mis en place par les autorités publiques : choisissons un restaurant de moins de 5 000 couverts. C’est pourtant facile, non ?

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Good France, arrière-goût du Monégasque Ducasse

Exercice de mémoire : vous souvenez-vous de la Fête de la Gastronomie ? Oui ? Non ? Pourtant, ce n’est pas si vieux… Qu’importe puisque maintenant règne en maitre l’opération Goût de / Good France. Retour en arrière. Pendant des années, la Fête de la Gastronomie vivait comme elle le pouvait, avec les moyens humains et financiers du bord. Le grand manitou Ducasse a tout fait pour en être le parrain, mais il n’a jamais pu, la tête pensante de la Fête se méfiant de l’affairiste monégasque. Or, comme chacun sait, qui résiste à Ducasse mérite la mort ! La Fête a donc trépassé ; reste cette opération Goût de/Good France dans laquelle Alain Ducasse a placé tous ses pions. Un Monégasque incarne donc la France gastronomique, et cela ne dérange personne…

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Coronavirus #2

Revenons à ce chiffre de 5 000 personnes, seuil au-delà duquel il est interdit de se regrouper, il sort d’où ? Personne ne le sait vraiment. En Suisse, le seuil est à 1 000 personnes. Il ne repose donc sur aucune vérité médicale. Rappelons-nous l’anecdote des 3% du déficit budgétaire décidé par François Mitterrand pour la France, puis repris par le Traité de Maastricht. Ce chiffre a été choisi sans la moindre base scientifique ; « Il est né sur un coin de table, sans aucune réflexion théorique » expliquait il y a quelques années Pierre Bilger, qui était au bout de ce coin de table avec le Président de la République de l’époque. Bon, ok, on s’éloigne de la bouffe, pardon, revenons-y !

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Sexisme, les couilles molles se rêvent viriles

Quand j’ai osé soulever le problème des violences en cuisine en 2014, les journalistes de la presse food n’ont pas bougé le petit doigt. Trop peur de se faire mal voir de leurs copains-chefs, trop peur de ne plus être invités à tous les rateliers, trop peur de s’engager publiquement dans un monde de l’entre-soi où tout se dit sous cape. À l’époque, le sujet n’était pas à la mode, inutile donc de s’engager pour perdre son temps, ne pas gagner d’argent, et, pire, prendre des coups. Le monde entier s’est intéressé au sujet, qui, rappelons-le, englobait le sexisme, mais pas la presse spécialisée. Quelques semaines m’ont suffit pour comprendre l’immense lâcheté de ce milieu. Depuis quelques mois, les temps ont changé et la parole se libère avec les affaires que nous connaissons tous. Alors, forcément, les suiveurs suivent et veulent leur part de visibilité synonyme de célébrité. Je ne peux que doucement sourire quand je vois ces journalistes-communicants (bien connus du petit milieu de la casserole) en écrire des tartines sur les réseaux sociaux pour montrer leur engagement ou leur dégoût par rapport à telle ou telle décision. Eh oui, le sexisme, une violence parmi d’autres, est devenu bon chic bon genre. Forcément, les couilles molles se rêvent viriles.

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Antoine Pétrus, grandiloquence prétentieuse

Quand on en parle justement… Je suis tombé par hasard sur une tribune d’Antoine Pétrus, directeur général de Taillevent Paris. Très bien écrite, avec des mots riches, complexes, tendus. Une tribune qui se lit comme un grand vin. Cela tombe bien puisque le sujet concerne le bordeaux bashing. Mais par-delà le sujet, n’est-ce pas un peu grandiloquent d’appeler sa tribune « J’accuse » en référence à Zola ? Ou à Polanski, on ne sait plus trop… Prétentieux Antoine Pétrus ? Pas son genre…

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Coronavirus #3

J’ai eu la chance de prendre un verre (une bouteille en réalité, mais l’expression c’est « prendre un verre », je m’y tiens donc) avec le chef triplement étoilé du Caprice, Guillaume Galliot. L’homme travaille à Hongkong. La belle affaire… Sauf qu’il m’explique qu’il y a très peu de personnes atteintes du coronavirus là-bas pour la simple et bonne raison que les manifestations politiques de ces derniers mois ont freiné la venue des touristes chinois. Cela n’empêche nullement de voir la plupart des hôtels et restaurants vides. La rumeur est tenace, plus forte que la vérité. 

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Pianovins

Comme ça semble simple… Une belle assiette bien maitrisée, une carte des vins touche-à-tout, un service sincère et souriant, une addition douce et cohérente avec la prestation globale, voilà ce que je me suis dit en sortant de ce restaurant parisien pas plus grand qu’un timbre-poste. Mercredi, à déjeuner, il y avait des habitués et des inconnus de passage. Ca parlait business, bonne bouffe, étoiles Michelin (vrai de vrai) et grandeur et décadence du vin. Pianovins jouait sa partition avec un immense talent, sans aucune autre prétention que de proposer ce que chacun sait faire, sans forcer, sans mentir, que ce soit l’impeccable cuisine de Michel Roncière ou le service aux petits oignons et le choix des vins d’Eric Mancio, deux anciens de Guy Savoy. Décidément, ce petit fonds de commerce de la rue Trousseau, qui a déjà hébergé par le passé Giovanni Passerini et Daniel Baratier, est béni des dieux gourmands. Courez-y ! 

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Coronavirus #4

Lu sur les réseaux sociaux : « Deux bières Corona achetées, une Mort Subite offerte ». C’est con, mais j’ai ri. 

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Les mots de Brigitte Violier

C’est un entretien très direct, très simple aussi. Les questions sont franches, les réponses également. Brigitte Violier revient sur le suicide de Benoit Violier il y a quatre ans, elle parle de sa reconstruction, de son fils et de la mort. J’ai eu la chance de rencontrer Brigitte Violier et de parler longuement avec elle, d’échanger sur un sujet qui nous concerne directement tous les deux, le suicide. J’avais senti sa douceur, sa force et ses fêlures à peine dissimulées. Il faut lire cet entretien car, au-delà de l’expérience singulière, il y a des mots et des idées qui parlent à tout les monde. C’est con, mais j’ai eu les larmes aux yeux / Lien vers l’entretien

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Sur le même sujetLe billet d’humeur de FPR #2 : Pic, Belle, cocaïne, Culs de Poule, l’Ultime, coronavirus, Périco, Roger… / Michelin, pizza, Robuchon, Veyrat, Lactalis, Automne… Le billet d’humeur de FPR (et c’est nouveau)

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Photographie – Anne-Emmanuelle Thion

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