Le billet d’humeur de FPR #4 : coronavirus forcément, scandale Michelin, méthodologie de la troisième étoile, Coutanceau irresponsable, rions jaune, Ducasse, Bizet et Drapeau en berne

Un, deux, trois, soleil

D’abord, le coronavirus est venu de Chine, c’est loin, un brin exotique et l’on s’est dit que les frontières chinoises suffiraient à freiner les ardeurs du germe. En plus, les Chinois sont quand même assez nombreux pour se refiler la patate chaude, non ? Ensuite, nous pensions qu’il aurait une durée de vie guère plus élevée que nos produits manufacturés « made in china ». Un petit tour et puis s’en va, juste histoire de pimenter nos débats apocalyptiques après trois bouteilles de Mort Subite. Ensuite, l’Europe s’est inquiétée, les médias se sont excités – bien leur genre tiens ! – et l’opinion publique tanguait entre raison, émotion, déraison et extrapolation. Puis, enfin, voilà que tout s’accélère, notre cher président s’en est allé fermer tous les établissements scolaires, notre Premier ministre a jugé la jauge à 100, et les grands de ce monde s’enrhument les uns après les autres. Hier, samedi, fin de journée, le Premier ministre a annoncé ce que nous redoutions tous. Aurait-il été mieux d’attendre dimanche soir, aurait-il été mieux de le décider avant, qu’importe : le principe de précaution a laissé sa place au principe de réalité.  Hier, annulations, suppressions ; aujourd’hui, interdictions et fermetures. Le monde s’arrête, se fige, s’immobilise. Il y a un petit côté fin du monde ; ou fin d’un monde. Le premier qui touche le fond est mort : un, deux, trois, soleil.

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Complexité

Fallait-il applaudir les restaurateurs qui faisaient le choix de rester ouverts ? Fallait-il maudire ceux qui fermaient avant l’heure officielle ? Les uns étaient-ils plus « responsables » que les autres ? Les premiers argumenteront qu’ils maintenaient en vie tout un écosystème ; les autres pourront dire qu’ils ont évité une propagation plus grande du virus. Qui a tort, qui a raison ? Réponse impossible. Mais que cette situation nous réapprenne au moins une vérité : la complexité des choses. Les médias (et je mets Atabula dans le lot) ont parfois (souvent, toujours…) tendance à être dichotomique : c’est blanc ou noir. La réalité se situe presque toujours entre les deux.

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Place à la démerde

Cuisinier à domicile, livraison de produits et de plats, vente devant le restaurant « sans contact »… Le monde de la restauration est sommé d’être inventif, de s’adapter, voire même de se réinventer. De nouvelles solidarités vont se créer, de nouvelles idées vont germer, des pistes vont s’ouvrir. Comme dans tout malheur, il va avoir des catastrophes, des béances insurmontables, mais il y aura du positif. Place à la démerde et à l’action pour ne pas sombrer. 

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C’est la quille… entre amis !

Puisque tout ferme, puisque les restaurants sont fermés, puisqu’il est désormais impossible d’aller au théâtre, au cinéma, au stade ou de voir un concert, il ne va demeurer que la sphère privée pour prendre un peu de plaisir. Plutôt que de dévaliser les paquets de pâtes et les rouleaux de PQ chez Lidl, je propose que l’on aille s’encanailler chez les meilleurs artisans et cavistes de nos villes pour, ensuite, se faire de bacchanales soirées entre amis. Et, bien sûr, nous ne parlerons… que du coronavirus. La quille est là, buvons-là !

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Michelin, les Charentes et le scandale Coutanceau

Le Bibendum doit être content de voir que le coronavirus truste toute les conversations car le scandale est énorme. Lundi dernier, Michelin annonçait un partenariat avec différentes institutions de la région de Cognac et, notamment, le département de Charente, Charentes Tourisme (qui couvre la Charente et la Charente-Maritime), et la région. Or la table de Christopher Coutanceau, qui a reçu sa troisième étoile en janvier dernier, se trouve dans cette même région. Simple hasard ? Je ne le crois pas. Selon moi, le deal a été parfaitement négocié par les hautes autorités du Michelin, garantissant l’arrivée d’une troisième étoile dans la région pour booster le tourisme, donc l’économie, en Charente et en Charente-Maritime. L’arrangement (surtout au regard de la triste qualité de la table) et le scandale sont évidents. 

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Méthodologie pour obtenir sa troisième étoile au guide Michelin

Cher « grand » chef, 

Pour toi qui vise la troisième étoile depuis des années, la solution pour l’obtenir n’a jamais été aussi limpide. Tu peux tout de suite arrêter de payer chaque mois plusieurs milliers d’euros à un consultant bidon (garde-les pour tes salariés, c’est bien mieux !) qui n’a foutrement plus aucune idée à te donner pour améliorer ton assiette mais, bien plus rentable, demande (que dis-je, exige) de ta région et des interprofessions de financer la venue du grand Barnum Bibendum en janvier 2022. Sensible aux deniers engagés et à l’effort de ses partenaires éphémères, le Michelin promettra en sous-main d’accorder une troisième étoile à une table du coin. Toi qui te trouves en Alsace, en Champagne ou sur la Côte d’Azur (qui regorge de jolis terroirs viticoles), tu as toutes tes chances. Mais si tu n’as rien de tout cela, si ton territoire n’est pas une « référence de l’excellence française de renommée internationale » dixit le communiqué de presse du guide Michelin, eh bien t’es un peu dans la merde. Dans ce cas-là, tu peux garder ton consultant et croiser les doigts.

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Coutanceau, sa femme, le soleil : Bali balo !

Alors que la France entière s’inquiète, que tous les commerçants ne savent pas comment ils vont s’en sortir économiquement, que les restaurateurs cherchent des solutions pour sauver leurs denrées et leurs salariés, l’impayable Christopher Coutanceau, lui, est à Bali. Comment lui reprocher de prendre des vacances (même si j’ai l’impression qu’il ne cesse d’être en vacances depuis qu’il a rencontré sa femme, mais bon…), mais de là à continuer de poster (encore ce matin, à 10h10) des photos de son adorable compagne dans son immense piscine sous le soleil indonésien (notre photo de couverture qui met un peu de soleil à ce billet…), et d’écrire simplement « bisous » à la face du monde…. Franchement, Christopher, un peu d’empathie et de retenue, ce serait trop demander ? Si le pécheur qu’il est s’affiche « responsable », le chef, lui, semble totalement irresponsable par les temps qui courent. 

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Drapeau en berne

Je ne connais pas l’homme et je me contente de lire ce que la presse locale explique de la situation. Mais l’histoire semble relativement limpide : le chef Thierry Drapeau (Saint-Sulpice-le-Verdon) est parti du jour au lendemain « refaire » sa vie en Asie où il aurait déjà deux affaires. Il a planté son personnel, des clients qui avaient déjà payé leurs repas, ses créanciers, etc. Il a beau s’excuser pour son geste, son choix est plus que critiquable. Des problèmes d’argent ? Pas sûr. Celui qui prétendait ne même pas pouvoir se verser un smic avait dans son garage au moins trois voitures, dont une Maserati. 

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Omnivore omniscient

Le hasard a bien fait les choses pour Omnivore. Car, l’an dernier encore, l’événement avait lieu en mars (du 10 au 12). En 2020, à dates équivalentes, il aurait été annulé comme tous les autres événements. Là, avec le changement de date (en septembre), Omnivore passe entre les miasmes du coronavirus. Ouf.

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Et, au fait, le Gault&Millau ?

D’après ce que je sais, ce n’est pas trop la joie non plus du côté du jaune. Les Russes auraient repris totalement la main sur le guide en plaçant leurs affidés. À terme, quelle va être la place (et le rôle) exact de Jacques Bally, président du guide ? Je ne veux pas surtout pas être pessimiste mais les évolutions actuelles ne semblent pas favoriser à court et moyen terme la réhabilitation nécessaire du Gault & Millau. Eh, le jaune, ce n’est pas le moment de tirer la langue !

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Rions jaune quand même

Lu sur un réseau social, les propos (inventés) d’un propriétaire de bar : « Depuis que les gens se lavent les mains, les cacahuètes ont moins de goût ». Puisse l’humour être contagieux…

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Ducasse au plus mal ?

Sale semaine pour Alain Ducasse. À Hongkong, il a fermé du jour au lendemain son Rech local, laissant sur le carreau tout le personnel qui a appris la fermeture au dernier moment ; au Meurice, il a été obligé de laisser partir Jocelyn Herland (chez Taillevent Paris) et il n’est pas impossible que la directrice générale Franka Holtmann fasse tout pour l’éjecter. Dans les autres palaces, sa situation n’est guère plus reluisante. Quant à ses points de vente de chocolats, là aussi, ce serait un peu la Bérézina. Ducasse au plus mal ? 

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Pudlo chez Darty

Ce matin, j’ai vu Gilles Pudlowski échanger avec un vendeur chez Darty. Il venait tout juste de s’acheter (sans négocier la moindre gratuité, je le précise…) un réfrigérateur et un four. Il voulait s’assurer de la présence d’un mode d’emploi dans les cartons.

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Mais, au fait, il fait quoi David Bizet ?

Eh bien j’imagine qu’il attend et qu’il doit se poser quelques questions existentielles… Début avril, son poste de chef du Taillevent reviendra à Jocelyn Herland. David Bizet était attendu au Peninsula pour reprendre en main l’ensemble des points de restauration du palace. Sauf que ledit palace va probablement tout fermer, que ce soit sur ordre étatique ou sur une décision unilatérale. Mauvais timing donc. Tant pis, il ira à la pêche à la truite qui vient d’ouvrir ce week-end.

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Photographie – Facebook de Christopher Coutanceau

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