Bruno Verjus : « Au bout d’un moment, il faut entrer en résistance et dire : ‘nous ne sommes pas d’accord avec vos propositions’ »

Si le gouvernement ne donne pas rapidement les moyens aux petites entreprises sur lesquelles repose l’économie réelle de rouvrir, la crise sera irréversible. Après avoir exposé cette vision des choses dans une tribune adressée au ministre de l’Economie publiée par Atabula, le chef Bruno Verjus s’explique.


Atabula – Bruno Verjus, quelle est la situation financière de votre restaurant à l’heure actuelle ?

Bruno Verjus – Grosso modo, j’ai trois mois de trésorerie. Par rapport à d’autres collègues, il me semble que je suis plutôt bien lôti. La vraie question à se poser est la suivante : sommes-nous d’accord pour payer pendant cinq ans l’argent qu’on aura pas gagné durant quatre mois ? Pour le moment, nous n’avons aucune information, il y a de grandes déclarations mais rien de tangible.

Dans votre tribune, vous anticipez une crise économique sans précédent si rien n’est fait. Comment voyez-vous les choses se profiler ?

Pour trois mois de ‘corona’, on va au devant de drames sociaux inouïs. Les répercussions sur l’économie vont être considérables, avec des millions de chômeurs. Il va y avoir une révolution dans la rue ! Tout cela à cause de décisions débiles. Parce que l’Etat n’a pas donné assez d’argent aux hôpitaux publics, tout le monde se retrouve confiné, malade ou pas. Ça fait 21 jours maintenant, et chez moi, tout le monde est en bonne santé et peut travailler. Si nous étions testés ainsi que nos clients, nous pourrions rouvrir. Cela permettrait non pas de gagner de l’argent mais du moins d’empêcher la chute économique. Chez Table, je suis entouré par une équipe de douze personnes composée de jeunes gens talentueux. En aucun cas je ne souhaite les mettre au chômage. Que va-t-il se passer si l’on se retrouve avec un, deux, ou trois millions de jeunes au chômage ? Quand nous aurons arrêté de régler les cotisations, les taxes et la TVA, les fonctionnaires ne pourront plus être payés. Quant à l’argent des banques, il faudra bien le rembourser un jour. J’ai 60 ans et dès aujourd’hui, je pourrais déposer le bilan. Mais ce serait une solution de facilité. Mon but, c’est que les gens qui travaillent pour moi continuent à être heureux en proposant chaque jour des choses sublimes à nos hôtes.

Alors qu’Emmanuel Macron parle d’un état de guerre, vous évoquez la nécessité d’une résistance. Qu’entendez-vous par ce terme ?

Je constate qu’il y a un management par la peur, car c’est la manière la plus efficace de gérer le peuple. Les promesses d’aides, je n’en ai rien à foutre. Je veux bien qu’on vive dans un monde où plus personne ne travaille, mais je ne suis pas un bisounours. Encore une fois, comment va-t-on payer les impôts ? Les gens importants et les leaders d’opinion ont fait des tests, on peut donc tester la population dans les labos. Que les volontaires se signalent, soient testés, et on relance l’économie. Comment font les supermarchés qui restent ouverts ? S’il y a une distance de sécurité à la caisse, tout le monde touche les produits en rayons. Et nous, on ne peut pas donner à manger aux gens ? C’est une putain de blague. A partir du moment où il y a des règles claires, nous pouvons redémarrer, d’autant que les restaurateurs sont très familiers avec les mesures d’hygiène et de sécurité. On se lave les mains 120 fois par jour, tout est désinfecté à l’alcool. Au bout d’un moment, il faut entrer en résistance et dire : « nous ne sommes pas d’accord avec vos propositions ».


À lire sur Atabula

Lettre ouverte à monsieur le ministre de l’Économie : vers un COVID-économique


Photographie – ©Julie Limont

Afficher les commentaires (2)
  • Inconscient… égoîste… La restauration n’est pas la seule touché par cet immobilisme économique. Si lui ou quelqu’un de sa famille avait été contaminé par quelqu’un qui s’octroyait le droit de passer outre aux consignes du confinement peut être tiendrait il un tout autre discours. Boris Johnson, qui prônait il y a quelques jours encore qu’il serrerait les mains malgré tout et se donnant en exemple devant la résidence officielle, paie très chèrement cette folie… Un cuisinier n’a jamais été un grand scientifique, et cette épidémie n’est nullement a sa portée d’analyse, malgré tout le respect que je lui porte pour garder son entreprise et son personnel à flot

  • Il n’y a pas que les tables de luxe! Chez moi, par exemple, si je devais maintenir des distances de sécurité, je perdrais la moitié de mes couverts et, avec un menu à 14€ je perdrais plus d’argent qu’en restant fermé! Sans compter que 50% de ma clientèle est en télétravail…Quand à la phrase « Les gens importants et les leaders d’opinion ont fait des tests, on peut donc tester la population dans les labos », c’est d’un simplisme qui frise le populisme! On peut noter des erreurs dans la gestion de la crise, et, surtout, dans l’abandon d’une politique de prévention des pendémies (il faut voir ce que R Bachelot s’était pris à l’époque!) mais affirmer l’existence d’une solution simplissime à laquelle personne n’aurait pensé, c’est prétentieux ou complotiste…

Haut de page