Panser demain #2 : Nicolas Imbert, directeur exécutif de Green Cross France : « Plus aucune marque ne pourra commercialiser des produits sous son nom sans prendre des engagements assez clairs »

Directeur exécutif de la branche française de l’ONG Green Cross, qui œuvre à l’augmentation du niveau de vie et du développement économique et social dans le monde, Nicolas Imbert estime que la crise du Covid-19 est une opportunité à saisir pour amorcer une transition écologique et alimentaire des territoires au niveau mondial.


Atabula – Nicolas Imbert, dans quel contexte sanitaire la crise du Covid-19 s’inscrit-elle ?

Nicolas Imbert – Depuis les années 2000, des épisodes de grippes aviaires et porcines se sont répétés en continu. Plusieurs éléments essentiels expliquent ce phénomène : la proximité génétique et géographique entre l’humain et les mammifères d’élevage, la pauvreté génétique des animaux d’élevage surconcentrés et surmédicamentés ou encore les effluents de ces mêmes élevages qui se déversent dans les écosystèmes. Le tout s’accompagne des phénomènes de déforestation et d’artificialisation des terres qui réduisent les barrières entre l’humain et la faune sauvage. S’il faut souligner les progrès de la médecine curative, il existe un retard préventif et sanitaire. L’émergence du Covid-19 s’inscrit dans un contexte différent car, depuis 2016, le programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) alerte sur le fait que les zoonoses (maladies se transmettant de l’animal à l’humain) sont directement liées à la déforestation et à nos pratiques vis-à-vis du vivant. Ces points d’alerte restaient théoriques jusqu’à ce que le Covid-19 mette le monde à l’arrêt.

Néanmoins, cette réalité ne fait pas consensus…

Comme pour le climat, il existe un scepticisme. Lorsqu’on regarde les débats à la télévision, on se rend compte que ce n’est pas compris par un certain nombre de personnes. C’est la même chose que ceux qui refusent d’accepter la réalité exposée par les rapports du GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat).

Qu’en est-il des décideurs de l’industrie agroalimentaire ?

Les industriels sont pleinement conscients de la nécessité de repenser leurs pratiques. Dans un futur proche, plus aucune marque ne pourra commercialiser des produits sous son nom sans prendre des engagements assez clairs. Tout ceci ne sera possible que si les chaînes d’information en continue et plus globalement les médias se tournent vers des gens qui disposent de vraies expériences à ce sujet. La crise actuelle prouve que le temps est désormais compté et que les répercussions sur la santé humaine peuvent être énormes si rien n’est fait. Cela devrait conduire à une reterritorialisation du vivant tout en continuant d’avancer sur un savoir mondialisé, à diversifier les grandes cultures pour davantage de qualité et de bien-être alimentaires. Si nous poursuivons dans le schéma de l’après-guerre, alors nous irons au devant de grandes difficultés. Le changement ne pourra venir que s’il est porté par les plus grandes marques. À ce titre, l’engagement d’Emmanuel Faber (PDG de Danone) est un signe positif.

Par quels mécanismes ce changement de modèle devra-t-il passer selon vous ?

Passer d’une fiscalité sur le travail à une fiscalité sur l’énergie semble nécessaire. Sur ce point, la Suède a déjà ouvert la voie. Le traitement de l’urgence climatique et environnementale passera aussi par une transition vers les énergies renouvelables. Aux Etats-Unis comme en France, la consommation de ressources fossiles pour l’agriculture est parmi les plus élevées au monde. 

Quelles actions menez-vous en ce sens chez Green Cross ?

Depuis 2011, nous travaillons sur l’agro-écologie à travers des apports théoriques et des projets pilotes. La pêche responsable, la lutte contre le trafic d’espèces et la déforestation font aussi partie de nos actions. L’agriculture de conservation va devenir une nécessité. En tant qu’ambassadrice de son territoire, la restauration va jouer un rôle de plus en plus important en ce sens. C’est tout l’objet de « Mon restaurant passe au durable », le livre blanc que nous avons réalisé en collaboration avec Métro, présenté lors du salon de l’agriculture 2020. Tout ceci ne sera réalisable qu’en convaincant les principaux groupes d’influence, souvent loin du terrain et de l’opérationnel, de la nécessité de remettre à plat nos modes de pensée et les schémas économiques sous-jacents, qui conduisent au gaspillage de 60% de la production alimentaire.

Qui est Nicolas Imbert ? – Avant de rejoindre Green Cross, ce spécialiste des enjeux de transition écologique de l’économie a travaillé sur ce même sujet au sein de cabinets de conseil en stratégie. Depuis 2009, il a contribué à l’organisation de conférences sur le climat et à la transmission de propositions de la société civile sur des sujets tels que la ville durable, la résilience territoriale ou la prévention des conflits environnementaux. Chez Green Cross, il poursuit un travail de longue date mené au service d’une agriculture préservant les sols et favorisant une alimentation de qualité.


Pratiquegcft.fr / Mon restaurant passe au durable


Photographie – Photo by Markus Spiske

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