30%, 50%, qui dit mieux ? Le grand n’importe quoi des chiffres sur les faillites des restaurants

Un coup c’est 30%, un autre c’est 50%. Les pseudo-spécialistes du monde de la restauration s’amusent à sortir des données chiffrées sans la moindre caution statistique ou étude sérieuse. Pendant cette période de crise, il serait bon de ne pas raconter n’importe quoi : susciter la peur n’a jamais été la bonne solution.

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Sur le site de France Bleu, c’est écrit en grand, un joli titre qui fait froid dans le dos : « Coronavirus : ‘Une affaire sur trois va déposer le bilan d’ici la fin de l’été’ selon le président de l’UMIH ». Accroche terrible mais totalement fausse. D’abord, ce n’est pas le président de l’Union des Métiers et des industries de l’Hôtellerie qui a pris la parole mais son président régional (Occitanie), Jacques Mestre. Quant à ce dernier, on peut légitimement se poser la question sur ce qui lui permet de sortir un tel chiffre. Rien, strictement rien, si ce n’est un sentiment général probablement issu de ses échanges avec les entreprises locales. En matière de statistiques, on a connu mieux. Mieux ou pire. Son collègue de la Marne, Joël Oudin, y va aussi de son estimation : 50% ! Un propos étayé ? Non. Un chiffre, on le sait, ça fait bien, ça fait propre sur soi. C’est une habile façon de dire : moi je sais ! 

Mais que savent-ils ? Rien ou si peu. Une personne de l’Umih, contactée par Atabula, l’a reconnu sans fard, « ces chiffres ne reposent sur aucune donnée précise ; ils se font le doigt levé au vent. » Sauf que, forcément, un chiffre ça cause. Sur les réseaux sociaux, où tout n’est que conjonctures, incertitudes et peurs, sortir un chiffre donne un peu de consistance au débat, un point sur lequel se raccrocher. Et s’accrocher. D’une certaine façon, ces chiffres sont encore pire qu’une bonne grosse fake news que l’on écarte souvent assez rapidement en raisonnant au-delà de la lecture de ladite information.

Ici, il n’est même pas question de la véracité objective du chiffre puisque, aujourd’hui, personne n’en sait strictement rien ! Voilà l’une des deux seules vérités qu’il est possible d’affirmer sans broncher. L’autre ? C’est que ls secteurs de l’hôtellerie et de la restauration vont subir un écrémage jamais connu. Nous savons tous que des hôtels et des restaurants vont fermer, par dizaines, par centaines, par milliers même ! Mais de là à sortir un chiffre, foutaise ! Ce matin, mercredi 15 avril, le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, annonçait une suppression de charges sociales et fiscales d’un montant de 750 millions d’euros, élément dont ne pouvaient disposer nos chers syndicalistes de l’Umih. Autre information manquante : la date de réouverture des établissements. Encore une incertitude, et pas n’importe laquelle : dans quelles conditions ces réouvertures font-elles se faire ? Avec des tables espacées de trois ou quatre mètres ? Avec d’autres contraintes encore ? 

Aujourd’hui règne une incertitude totale, y compris au sommet de l’État. À part dire que c’est la crise, que cette crise touche de plein fouet l’hôtellerie et la restauration, et que chacun attend, de son côté, les décisions des banques, des assurances et, in fine, des pouvoirs publics, il faut éviter de sortir des chiffres venus de nulle part. Sauf à essaimer un peu plus la peur. Que les Cassandre se taisent ; la douloureuse vérité à venir se suffira à elle-même.

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Photographie – Photo by Emily Morter / Unsplash

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