Il faut se réjouir des longues files d’attente devant les drive McDo

Terribles images d’embouteillages… Trois heures à attendre le cul dans sa voiture pour récupérer un Big Mac et des frites siglés McDo, et l’espoir d’un monde nouveau s’écroule. De la même façon qu’un virus aurait changé le monde en trois mois, il suffirait de la réouverture de deux drive McDo pour remettre tout le monde d’accord : rien n’a changé et rien ne changera ! Et la vérité là-dedans ? Plus complexe qu’il n’y paraît.

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Parfois, il suffit de deux ou trois images pour vous déglinguer tous les grands discours du monde. Au jeu de l’image et du mot, la première l’emportera neuf fois sur dix ! Avec la crise actuelle, pourtant, notre monde ne manque pas de littérateurs experts qui se prononcent sur un avenir autre, différent, meilleur ou pire selon l’humeur. Dans l’univers de la restauration, où généralement la course contre le temps est de rigueur et les mots vifs comme un coup de feu, il n’y a pas un jour sans une tribune, une lettre ouverte, une prise de parole, et les prises de bec qui vont avec. À chaque fois, la vérité repose sur un même constat : hier, nous marchions sur la tête ; aujourd’hui, nous nous cognons la tête contre les murs de notre petit chez-soi ; demain, tout est possible puisque la page est, au fil des jours, de plus en plus blanche. Et puis, badaboum, retour en arrière avec ces voitures qui vont de l’avant, vers ce drive honni des bien-pensants, symbole iconique de la malbouffe, symbole également d’une consommation effrénée et irréfléchie.

Cet épisode McDo – qui se déroule à Moissy-Cramayel (Seine-et-Marne) et à Saint-Gratien (Val d’Oise) –  ressemble à un combat vieux comme la ville : son centre, riche, versus sa périphérie, pauvre. Centre-ville contre banlieue. Et, très schématiquement, malbouffe versus bien manger. La lutte se trouve même exacerbée en ces temps où le monde de la (vraie ?) restauration souffre comme jamais, claquemurée et inquiète, et observe avec horreur la ruée du peuple vers cet engraissement bas de gamme, vers ce drive 100% américain, mais chéri chaque jour par plus d’un million de Français. Qu’on le veuille ou non, c’est la France qui a fait de McDo un restaurant. Il faut assumer. Et, surtout, réfléchir à ce que cette ruée vers l’or-burger signifie.

Car la question la plus juste n’est-elle pas de se demander ce que sont venues « prendre » toutes ces personnes assises derrière leur volant ? Est-ce un goût McDo ? Est-ce une « marque » vécue ici comme un repère social ? Est-ce simplement une « sortie » plus festive que les autres ? Est-ce, aussi bizarre que celui puisse paraître, un mouvement collectif ? Et, autre question mais qui permet d’ouvrir un long champ de réflexion, est-ce que ces milliers de personnes auraient été capables d’attendre trois heures leur pitance en temps normal ? Probablement pas ! Sans que ce dernier point permette de répondre aux autres interrogations, il faut probablement voir dans cet afflux massif autre chose qu’une simple appétence un peu trop forte à l’horrible bouffe de McDo. Il y a, de façon sous-jacente, une envie de liberté, une envie (paradoxale ici, j’en conviens) de « vivre ensemble », donc de sociabilité. Dans un monde où tout est fermé, du bar jusqu’à la boite de nuit, en passant par le bowling et les salles de concert, le Drive McDo change de statut. Il prend des airs de… drive-in américain où chacun, de sa voiture, vit la même expérience que son voisin de caisse, celle d’un film diffusé en plein-air en l’occurence. Même confiné dans sa voiture, il vivait un moment collectif et partagé. 

Alors, ne nous trompons pas (complètement) dans l’interprétation de ces files d’attente devant un drive McDo. Il faut voir (et lire) au-delà de ces images brutes d’embouteillages, et comprendre qu’elles peuvent raconter autre chose que la seule envie d’un burger McDo et de frites.

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Photographie – a befendo / Unsplash

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  • Dans le 93 ils n’ont pas attendu l’ouverture de ça pour vivre leur sociabilité comme vous dites et cela même en temps de confinement!….Hélas mon cher , vous essayez de vous rassurer comme vous pouvez….mais rien ne changera, c’est sûr, bien au contraire…

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