Le billet d’humeur de FPR #9 : propos haineux, Macron et la Terreur, Dudu la scoumoune, ouvrir ou mourir, Steph invité grincheux, resto-hosto, chefs de famille et chefs heureux

L’accélération des haines

Est-ce l’un des effets secondaires du confinement ? Même pas, il ne s’agit-là que d’un hasard du calendrier. En quelques jours, les réseaux sociaux se sont gorgés de propos agressifs, que ce soit contre la populace ou le président de la République. Le peuple des banlieues lointaines s’est donc rué sur les drive McDo tandis que notre premier édile se rendait en Bretagne dans des serres où poussent des tomates hors-sol. Honte aux uns, honte à l’autre, tous ont mis en avant des symboles d’un monde qui marche sur la tête avec, en commun, une certaine idée de la malbouffe. Comme d’habitude, de la part des commentateurs de tout poil, aucune réflexion, aucune analyse, aucun « mais pourquoi donc !? » ; juste une haine qui se déverse à torrent, dans un courant tellement rassurant car « mainstream ». Sourde la haine ? Assurément, mais elle soude une communauté qui se rêve tellement solidaire qu’elle en devient bête comme chou. 

______

La décélération des analyses

Réagir mais surtout ne pas penser et encore moins analyser. Des milliers de personnes dans leur voiture pour se rendre au drive de McDo ? Des cons qui ne comprennent rien à rien ; qui se tapent du cul-à-cul pendant trois heures pour bouffer un Big Mac ! Y a rien à dire de plus, j’ai vu la vidéo, c’est la vérité, point barre. Je ne vais pas développer de nouveau ce que j’ai écrit dans ce long article (lien) mais il est quand même triste de voir des journalistes, des chefs influents et beaucoup d’autres ne pas chercher plus loin que le bout de la frite. À mort la complexité des faits sociaux, vive l’unanimisme basique de l’émotion. Ce serait bien que dans ce déjà fameux monde d’après, les contempteurs émotifs remettent un petit peu de complexe dans leur façon de penser ; qu’ils raisonnent ! Que la raison remplace (un peu) la simple émotion, voilà un joli combat à mener dans le monde d’après.

_____

Macron et la tomate, Mao et la révolution, nous et vous 

Application du principe d’émotion : Macron et ses tomates bretonnes, hors-sol et rouge cramoisi fin avril. Notre président a tout faux puisque c’est hors-saison, c’est pas du tout écolo et c’est très industriel ; va vite falloir qu’il retourne le 12 mai à l’école notre petit Macron pour réapprendre le cycle végétal (et retrouver sa maitresse). 

Les conséquences du principe d’émotion : il faut tout jeter, tout oublier ; les industriels sont à clouer au pilori, à l’échafaud ; à toute révolution sa Terreur ! Désormais, le peuple doit retourner au champ (maraichage pour tous) ; il faut se nourrir dans un rayon de 50 kilomètres sinon tu es coupable du crime de lèse-majesté territorial ; le criminel sera taxé comme il se doit (parole d’un chef étoilé révolutionnaire !). Fermons les frontières, vive le nationalisme et le communalisme. Allo Mao ?

La raison « raisonnable » : remisons l’émotion et imaginons un monde sans la moindre industrialisation de notre alimentation. Serait-ce tenable ? Malheureusement non. Le monde rêvé où seuls agiraient de gentils artisans-paysans dans leurs champs à taille humaine, avec faux et chevaux est… utopique ! Aurait-on la main d’oeuvre ? Probablement pas ; aurions-nous assez de paysans pour assurer la production ? Difficile à croire. Ce n’est pas parce que tous les urbains confinés se rêvent en train de courir dans les champs qu’ils se projettent paysans ou éleveurs demain. Moi aussi je rêve d’un monde où j’irais acheter mes produits chez les producteurs, où j’aurais le temps d’aller chez les uns et chez les autres, où ils seraient rémunérés au juste prix… Ce rêve là n’est pas tout à fait raisonnable. Si j’exècre la FNSEA et tous ses affidés, si je déteste la malbouffe sous toutes ses formes (même s’il m’arrive de consommer du ketchup et du coca-cola), je n’ai surtout pas envie de dire pour autant que c’est intrinsèquement mauvais parce que c’est industriel. D’autant plus que nous savons tous que ce n’est pas parce que c’est « bio » que c’est bon. 

_____

« Ouvrir ou mourir », vraiment ?

Voilà un titre bien comme il faut pour retenir le téléspectateur devant son écran 16/9. Des morts, où ça ? Le pitch est simple puisqu’il s’agit d’un titre de la chaine de désinformation continue BFM : soit les restaurants rouvrent rapidement leurs portes, soit, dans une magnifique humanisation du sujet, ils meurent. Sauf que là encore, désolé si je tourne autour de la même idée, la vérité est plus composite. Posons-nous trois questions : combien de restaurateurs veulent vraiment rouvrir le plus tôt possible ? Combien de restaurateurs sont en réalité dans une situation qui n’est pas économiquement inconfortable (cela choquera mais c’est aussi « une » réalité) ? Combien de restaurateurs veulent ouvrir le plus tard possible pour attendre que le monde reprenne son cours presque normal et garantir une clientèle ? Réponses impossibles. Reste un début de vérité : le chef-consultant a très envie d’ouvrir le plus rapidement possible (inutile de faire un dessin ou de citer quelques noms) alors que le chef-propriétaire, lui, pense clientèle et chiffre d’affaires du restaurant. 

_____

Resto, hosto, syllogisme

Syllogisme : 

1/ L’hôpital n’est pas convivial, ça se saurait

2/ Le restaurant est convivial, tout le monde le sait

3/ Si le restaurant de demain ressemble à un hôpital…. Vous avez déjà la chute !

D’où la peur logique des chefs-propriétaires (et aussi des autres) de rouvrir dans un tel contexte. Masque sur le visage, prise de température à l’entrée, séparation des tables (comme des lits à l’hosto) et service aux petits soins (elle était facile celle-là). Et le client là-dedans ? Disons, simplement, que la vérité pourrait se jouer en trois temps et deux mouvements : d’abord l’envie de ressortir à tout prix et de « se refaire » un restaurant, le désir aussi de voir à quoi ressemble le resto-hosto ; puis la phase où l’on se dit que l’on est mieux chez soi, à se faire livrer son repas à la maison. Ce qui conduit à un second raisonnement, plus dramatique : sans vaccin trouvé rapidement ou sans la disparition des habits (in)hospitalier dans un délai raisonnable, les restaurants couleront. Alors, oui, le combat pour rouvrir le plus rapidement possible est glissant, très glissant. 

_____

Chefs de famille, chefs heureux

Cela fait partie des choses qui peuvent se montrer un peu (sur les réseaux sociaux), mais qui ne se disent pas trop. De peur d’être mal compris. Les chefs qui courent tout le temps, qui commencent très tôt et terminent très tard, y compris le week-end parfois, peuvent prendre leur temps. Un temps précieux. Voilà l’un des avantages discrets de ce confinement à rallonge : vivre en famille. De là à imaginer que, demain, ces nouveaux pater familias travaillent un petit peu moins et repensent leur quotidien, il n’y a qu’un pas. 

_____

Dudu la scoumoune #1 : idées en carton, plats en plastique et arrogance inoxydable

Alain Ducasse, c’est l’homme de la semaine. Pour décrocher un tel titre, notre Monégasque préféré s’est démené comme jamais. Il a été capable de faire signer une tribune par des chefs multi-étoilés sans rien leur demander (encore un peu et il aurait bien ajouté le nom de Robuchon ni vu ni connu !), il s’est précipité pour sortir ladite tribune sans que cela ne serve à quoi que ce soit sauf à allumer la mèche pour une explosion à court-terme du Collège Culinaire de France et, cerise sur le gâteau, il a lancé son service de livraison de plats à domicile en liaison froide et à vélo (pour la sécurité sanitaire, on repassera !) et en 100% plastique. En une seule petite semaine, Alain Ducasse a réussi à se discréditer sur tous les terrains ou presque. Dudu la scoumoune ! 

_____

Dudu la scoumoune #2 : « Ca va rouvrir…. » un jour !

Encore un truc sur Dudu la scoumoune qui, décidément, n’en rate pas une. Au sortir de sa réunion virtuelle avec l’exécutif de notre grand pays, il a fièrement annoncé que « les restaurants pourraient rouvrir entre le 2 juin et le 20 juin si l’épidémie du coronavirus faiblit ». Il a le nez fin ! Car quand le chef a donné ce calendrier qui n’en est pas un, nous savions déjà qu’aucune décision sur l’ouverture des restaurants ne serait prise avant… fin mai. En gros, Dudu n’en sait rien du tout mais pour faire bonne figure et faire style « je sais tout », il fallait qu’il s’exprime, qu’il en dise plus que les autres (qui ont assisté à la même réunion, rappelons-le). Quitte donc à affabuler un peu. Si j’avais été Emmanuelle Perrier (ma grande copine !), j’aurais glissé à l’oreille de mon patron, « Dis à l’AFP d’écrire que nous n’avons jamais été aussi proche de la réouverture des restaurants ». Au moins là, il n’aurait pas dit une connerie. 

_____

Dudu la scoumoune #3 : le pire des porte-parole de la profession

Parce qu’il penserait fortement à vendre ses quelques bistrots, surtout parce qu’il n’est qu’un chef-consultant qui a besoin de se faire consulter pour se faire payer, Alain Ducasse ne devrait pas être le représentant de la profession. Détesté par l’ancienne équipe de la Fête de la Gastronomie, peu apprécié par d’autres au Quai d’Orsay comme à Bercy, et pas follement aimé à l’Élysée, il ne défend en réalité que les intérêts de quelques-uns, et surtout les siens. Ainsi, comme nous l’avons écrit ci-dessus, il a tout intérêt à faire rouvrir les restaurants le plus rapidement possible. D’une part parce qu’il s’arrogerait sans vergogne cette victoire de pacotille et, d’autre part, parce qu’il pourrait relancer son propre business de consulting, bien éloigné de la vraie vie des « petits » chefs. 

_____

Laurine, virée du casting du CCF !

En tout cas, quelque soit l’avenir du CCF, il ne fait quasiment aucun doute que Laurine ne rempilera pas pour une seconde saison dans le rôle de la jeune fille qui tape sur les nerfs des chefs… Laurine ? Laurine Jégo bien sûr.

______

Quand un chef remet à sa place un journaliste sur Facebook

Retiendra-t-il la leçon ? Un journaliste spécialisé « food » très actif et bavard sur les réseaux sociaux – parfois, je me demande même s’il n’est pas payé au feuillet sur Facebook ! – se moquait d’un chef qui a, semble-t-il, la fâcheuse tendance à faire du placement de produit avec une huile d’olive d’un certain producteur. Notre chef, bien connu pour ses photos aux quatre coins du monde avec sa Miss, n’a pas apprécié. Il lui a ainsi lancé : « T’es en manque d’amour mon Steph. T’es plus gentil quand tu viens manger gratuitement dans mes restos ! ». Bam, uppercut !

Leçon numéro 1 : il ne faut pas se foutre de la gueule d’un chef quand ce dernier te la gentiment rempli gratos pendant des années.

Leçon numéro 2 : on ne peut pas manger à tous les râteliers et garder sa liberté de parole ! 

Bien sûr, le petit mot du chef a été retiré par le journaliste visé, celui-là même qui a pourtant toujours défendu la liberté d’expression. 

_____

Sur le même sujetRetrouvez tous les billets d’humeur de FPR / Il faut se réjouir des longues files d’attente devant les drive McDo

_____

Photographie – Ante Hamersmit / Unsplash

Voir le commentaire (1)
Haut de page