Pourquoi le chef Stéphane Jégo a tout faux en attaquant Atabula

Suite à un billet d’humeur publié dimanche 26 avril, le chef Stéphane Jégo s’en est pris violemment à Atabula sur son fil Instagram, convoquant la guerre, la folie, le harcèlement et les juges… En cause : trois lignes humoristiques dans lesquelles sa fille est citée, suite à son rôle dans un film du Collège Culinaire de France. Face à la réaction manifestement excessive du chef de l’Ami Jean, Atabula a tenu à apporter une réponse complète permettant d’expliquer pourquoi Stéphane Jégo a tout faux.  

_____

Le contexte

Le texte litigieux

Commençons par le commencement avec le texte mis en cause par Stéphane Jégo : 

« Laurine, virée du casting du CCF ! En tout cas, quelque soit l’avenir du CCF, il ne fait quasiment aucun doute que Laurine ne rempilera pas pour une seconde saison dans le rôle de la jeune fille qui tape sur les nerfs des chefs… Laurine ? Laurine Jégo bien sûr. »

_____

Le contexte général du billet d’humeur

Ce texte se situe dans un billet d’humeur hebdomadaire, dans lequel je m’exprime librement sur des sujets souvent liés à l’actualité. Voilà comment je résumais mon approche dans le premier billet d’humeur : « C’est nouveau ! Le ton est direct, avec un « je » assumé et revendiqué.  Subjectif, partisan parfois, mon billet d’humeur hebdomadaire colle à l’actualité, grave ou légère mais jamais insignifiante. Coups de coeur ou coups de gueule, superficielles ou profondes, mes humeurs se veulent le reflet de mes réflexions et opinions de la semaine. L’essentiel n’est pas d’être d’accord (le consensus, très peu pour moi !) mais de provoquer ne serait-ce qu’un début de réflexion sur notre époque aussi gourmande que complexe. »

_____

Le contexte « politique » général

Depuis plusieurs semaines se joue une partie de billard à plusieurs bandes. Parmi les « joueurs » : Stéphane Jégo, très actif et virulent comme à son habitude pour défendre sa vision des choses, mais aussi Alain Ducasse et, derrière lui, le Collège Culinaire de France (CCF). Il suffit de se tenir un minimum au courant de l’actualité pour comprendre que le chef de l’Ami Jean est en opposition complète avec le CCF. 

_____

Le contexte particulier du film

Dans une vidéo intitulée « Dans le vestiaire du Collège Culinaire de France » (lien), Laurine Jégo se retrouve face aux chefs fondateurs du CCF qu’elle secoue vivement, comme peut le faire un entraineur de sport collectif, pour défendre la qualité et le goût. Et, tous, en choeur, de répondre aux ordres de la jeune Laurine, âgée d’une douzaine d’années. La scène se veut humoristique, jouant sur le décalage des genres (des hommes, une jeune fille), du nombre (une seule contre plusieurs) et de l’âge bien sûr. 

_____

Le contexte singulier de mes trois lignes

C’est donc dans un contexte particulier et ouvertement humoristique que j’ai écrit ces trois lignes, faisant simplement référence au statut d’actrice de la jeune Laurine Jégo (précisons que son nom se trouve dans le générique) et, en filigrane, à la situation particulièrement tendue entre Stéphane Jégo et les membres du CCF : les uns et les autres soutiennent des positions diamétralement opposées concernant la politique à tenir pour la réouverture des restaurants. Difficile d’imaginer ce même Collège refaire appel aujourd’hui à Laurine Jégo pour admonester les chefs et pour voir Ducasse baisser la tête face à elle comme il le fait dans cette courte vidéo. Il n’y avait donc rien de plus à y lire de mon côté, si ce n’est un peu d’humour face une vidéo totalement basée sur un même décalage humoristique. 

_____

Le contexte de l’enfance

On ne touche pas aux enfants ! Tout le monde est bien d’accord là-dessus. Mais qu’est-ce que cela recouvre exactement ? Il suffit de lire mes trois lignes pour comprendre que, objectivement, il n’y a pas le début d’une attaque personnelle contre Laurine Jégo (que je ne connais pas, pas plus que son père). Le ton (humoristique) et les mots choisis (casting, saison) prouvent le décalage total et constant entre la figure de l’enfant (à ne jamais toucher) et le statut d’actrice que lui a donné… son père, Stéphane Jégo. Rappelons au passage que ce n’est pas la première fois qu’il la met en scène. Rappelons la couverture du magazine Gault&Millau hiver 2013-2014 (Jégo père et fille en pleine page) et d’autres vidéos où l’on peut voir sa fille cuisiner (encore visible sur le compte Instagram de l’ Ami Jean, notamment dans une publication datée du 12 mars).

_____

Pourquoi Stéphane Jégo attaque Atabula

Il veut être interviewé sur Atabula puis… 

Comme de nombreux journalistes, j’ai reçu le 31 mars un communiqué de l’attachée de presse de l’Ami Jean, Leila Bellau, avec une proposition d’interview du chef. Mais, surtout, trois jours avant, cette dernière m’avait envoyé un long SMS expliquant les démarches de Stéphane Jégo (lequel serait en contact direct avec Bruno Le Maire, et serait accompagné par de nombreux économistes et par le fameux cabinet d’avocats Gide). À ce moment-là, nous estimons que l’homme est déjà trop présent médiatiquement et qu’il ne ferait qu’une redite sur Atabula. Nous préférons attendre un contexte éditorial plus judicieux. Le 13 avril, nouvelle relance de Leila Bellau pour une demande d’interview. Au regard de l’évolution de la situation politique, l’interview de Stéphane Jégo prendrait plus de sens. Sauf que, manifestement, Stéphane Jégo n’a plus envie de répondre à Atabula. Par SMS, Leila Bellau assure que Stéphane « est en train de constituer un dossier avec ses avocats et son comptable et il est sous l’eau ». Autant dire que, avant l’épisode de Laurine et le CCF, le chef de l’Ami Jean avait déjà une dent contre notre média : nous ne l’avions pas interviewé au bon moment…

_____

SauvezNous, une initiative vécue comme une initiative concurrente

En participant (modestement) à l’initiative intitulée SauvezNous, Atabula a été perçu comme un acteur concurrent des initiatives du chef Stéphane Jégo…. par lui-même ! Ce qui n’a jamais été le cas. Atabula, encore ce matin (lundi) dans sa newsletter Toast, et régulièrement depuis le début de la crise, a toujours mis en avant les initiatives des uns et des autres, et notamment celles de Stéphane Jégo. Peu importe, l’initiative SauvezNous est interprétée comme un danger. Dans un SMS, l’attachée de presse me demande « d’éviter l’éparpillement » entre les projets des uns et des autres. D’ailleurs, il est intéressant de noter qu’il tague sur ses story Instagram contre Atabula l’un des initiateurs de SauvezNous… qui n’a strictement rien à voir avec notre affaire. Dans la tête de Stéphane Jégo, l’assimilation semble totale.

_____

Ce qu’il faut simplement ajouter

Nous ne pouvons que regretter la véhémence d’un chef comme Stéphane Jégo par rapport à ces quelques lignes. Comme je viens de l’expliquer, celles-ci n’ont rien d’une « attaque » ; au final, elles ne font que relater une scène totalement décalée par rapport à l’état des relations actuelles des uns et des autres dans un contexte social, politique et économique bouleversé. J’ai contacté ce matin Leila Bellau pour savoir si Stéphane Jégo voulait réagir sur Atabula et exprimer son point de vue. La réponse a été claire : « Jégo attend ton article avec ses avocats ». Comme quoi la clarté a du bon.

_____

Sur le même sujetLe billet d’humeur de FPR #9 : propos haineux, Macron et la Terreur, Dudu la scoumoune, ouvrir ou mourir, Steph invité grincheux, resto-hosto, chefs de famille et chefs heureux

_____

Photographie – CP &Sens

Haut de page