Les photographes culinaires nous parlent de leurs livres favoris

Portraits de chefs, photos « pratiques » à destination de magazines, mises en scène ou produits dans leur plus simple appareil : à chaque photographe son style et sa muse. Quant au support, là aussi, à chacun son univers. Certains verront leurs œuvres couchées sur papier quand d’autres préfèreront les encadrer ou les exposer virtuellement, comme dans la première galerie de photographie culinaire, récemment ouverte, Seeeds. Quoi qu’il en soit, c’est dans les livres que la plupart des clichés finissent leur route. Virée entre les lignes, garantie 100% image.

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Matthieu Cellard

© Elise Ogier

L’O à la bouche / Sébastien Chambru et Matthieu Cellard / La Fabrique de l’Épure / Mars 2011 / 50 euros

« Je suis un grand consommateur de livres culinaires évidemment, et bien que basé à Lyon, j’achète majoritairement à la Librairie Gourmande (Paris, 2e arr. ndlr). Pourtant, c’est à l’un des ouvrages que j’ai réalisé, il y a plus de dix ans avec Sébastien Chambru, que je reviens le plus souvent. Nous y avions apporté un travail visuel sur les produits de la mer, qui, encore aujourd’hui, est indémodable. Dans l’image comme pour les textes, il n’y avait pas de règles, et c’est ça qui en fait un livre que j’apprécie particulièrement. Mon objectif, celui des rédacteurs et du chef était de se faire plaisir, en mettant en scène les poissons, pour leur offrir une nouvelle vie. Si je prends encore le temps de le feuilleter c’est que l’on ne raconte ni la vie d’une maison, ni d’un chef ou d’un producteur, mais que le travail d’écriture et de photographie me touche encore, près de dix ans après avoir l’avoir réalisé. »

Lien vers le site web de Matthieu Cellard

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Victor Bellot

© Victor Bellot

Inside Chef Fridges / Adrian Moore / Éditions Taschen / 23 septembre 2015 / 40 euros

Guide to foreign japanese kitchen / Moé Takamura / Blurb / 26 août 2014 / 32,39 euros

« Il est difficile de ne pas faire de liens entre la photographie et le sujet du livre. Inside Chef Fridges réussit par exemple à mêler l’image et la sociologie. Et pourtant, le principe est simple : un photographe et un journaliste prennent des clichés des frigos de chefs européens et les questionnent à ce sujet. On comprend que même dans les courses, il y a de la sociologie, et que cela permet aussi aux chefs de se créer une identité. Quand de lourdes similitudes existent entre le réfrigérateur et la carte de restaurant de certains, d’autres profitent d’être chez eux pour revenir à des choses simples, et on le comprend en une seule photo. Dans un style graphique tout aussi épuré, Guide to foreign japanese kitchen est passionnant. Tout d’abord, car Moé Takamura n’est pas issue de la gastronomie, mais du design graphique. C’est un livre de recettes composé d’ingrédients que l’on peut trouver en Suède, car c’est là que vit l’auteure. Toute l’identité visuelle du livre est simple, mais les compositions sont incroyablement claires. Le contraste entre les produits bruts et la mise en scène délicate m’a beaucoup intéressé. L’ouvrage est en japonais et en anglais, mais le texte n’est presque pas nécessaire. Contrairement aux traditionnels livres de recettes, ici c’est l’image qui parle et qui en profite pour narrer le texte. »

Lien vers le site web de Victor Bellot

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Franck Hamel

© Toine

Food Photography since 1985 / Tony Le Duc / Editions Lannoo / 13 mai 2011 / Occasion

« J’ai acheté beaucoup de beaux livres de photographie culinaire à mes débuts, mais j’ai ralenti depuis, car ça remplit rapidement une maison (rires) ! Mais je reste quand même très sensible et attaché au livre, aussi bien par son contenu que par sa forme. Un ouvrage qui m’a marqué et auquel je n’étais pas revenu depuis longtemps, c’est Food Photography since 1985 du Belge Tony Le Duc. C’est un livre qui est sorti à la période où je commençais dans ce milieu, et dans laquelle je me gavais d’images pour découvrir le secteur. Son approche visuel est étonnante car il travaille avec beaucoup de récupérations : un vieux projecteur de cinéma pour éclairer, des bouts de verre pour filtrer la lumière… Toutes ces photos, qui commencent donc en 1985, étaient déjà très modernes. C’est un livre qui m’a beaucoup inspiré et que j’ai été ravi de feuilleter de nouveau pour préparer notre entretien. J’y ai redécouvert des travaux qui ont influencé de façon inconsciente mon rapport à l’image. »

Lien vers le site web de Franck Hamel

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Virginie Garnier

© Virginie Garnier

René Redzepi : A Work in Progress / René Redzepi / Editions Phaidon / 18 novembre 2013 / 49,95 euros

Alexandre Gauthier : Chef, La Grenouillère / Alexandre Gauthier / Editions de la Martinière / 9 septembre 2014 / Occasion

« Certains livres comme ceux d’Ottolenghi vont m’intéresser pour leur contenu, leurs recettes. Ce sont des objets pratiques auxquels je reviens souvent en tant que passionnée de cuisine. Dans un autre cadre, et si je souhaite retrouver un travail visuel incroyable, j’irai plutôt piocher dans les livres du restaurant Noma. Pour ceux-là, le chef fait souvent appel à une photographe suédoise, Ditte Isager, dont j’adore le travail. A Work in Progress est incroyable par exemple ! C’est un univers très particulier, et, au-delà des photos de recettes qui ont un cadrage et une composition très esthétisante, j’apprécie particulièrement les portraits, les clichés de la nature et du restaurant. Ça crée une ambiance qui m’a beaucoup inspiré. 

Pour l’objet en lui-même, le livre de la Grenouillère est aussi unique, même si la photographie de plat n’est pas vraiment ma tasse de thé. La collaboration entre Alexandre Gauthier et Marie-Pierre Morel fonctionne très bien, car ils ont des univers semblables, presque gothiques. Il y a un côté dark, avec les assiettes cassées. Je pense que c’est un livre qui a marqué toute la scène gastronomique et de l’édition. »

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David Japy

© Eliot Japy

Desseralité / Jessica Prealpato / Ducasse Editions / 8 novembre 2018 / 45 euros

Noma [menu] / René Redzepi / Editions Phaidon / 4 octobre 2010 / Occasion

« Depuis le début du confinement, j’ai eu plus de temps pour cuisiner, et donc, j’en ai profité pour me replonger dans les livres. C’est surtout un objet pratique pour moi. La recette y a une part très importante. Pour cette raison, j’apprécie particulièrement les livres de Yotam Ottolenghi. Le travail visuel est presque secondaire, mais c’est aussi ce qui fait tout son intérêt, c’est un véritable livre de chef, et on arrive à sentir que les plats sont délicieux simplement à travers les photos. Si la sauce coule encore sur le bord du plat, ce n’est pas grave, ce sont des clichés pris à la volée, comme si le chef venait juste de poser l’assiette et laissait un peu de temps au photographe pour travailler. À l’opposé, j’apprécie énormément la collaboration de Jessica Prealpato et Virginie Garnier pour le livre Desseralité. Je n’ai ni le niveau ni l’envie de réaliser les recettes de pâtisserie de la cheffe, mais les visuels sont incroyables, tout comme dans le premier livre du restaurant Noma. On se rend compte que la recette va être une expérience. Il y a des photographies de plats, mais aussi de nature qui arrivent à suggérer une sensation de goût. La fumée, la brume, réussissent à nous faire ressentir des émotions de fraîcheur par exemple. C’est l’un des livres culinaires les plus forts de la dernière décennie. Les pages m’ont transmis des sensations extraordinaires. »

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À lire sur Atabula

Stéphane Bahic : « La galerie Seeeds a été créée pour explorer les limites de la photographie culinaire »

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