Franck Pinay-Rabaroust : « Atabula n’a jamais cherché à être consensuel et, le jour où nous le deviendrons, alors il faudra baisser le rideau »

Qu’il est bon d’écrire un tel billet ce dimanche 3 mai, Journée mondiale de la liberté de la presse. Depuis maintenant plus de 10 semaines avec mes humeurs hebdomadaires (l’opus 10 est à retrouver ici), mais surtout depuis plus de 10 ans avec Atabula, j’essaie de faire vivre un « journalisme sans crainte ni complaisance » (pour reprendre le thème de cette Journée), un journalisme engagé pour agir et faire réagir. La chose est plutôt rare dans la presse dite « professionnelle », totalement singulier, je pense pouvoir l’écrire sans mentir, dans notre petit monde de la presse à fourchette. Cela dérange, et pas qu’un peu. Certains ont essayé, c’était en 2014, de « tuer » le média, jugé trop libre, trop frondeur ; ils n’y sont pas arrivés. En 2020, la crise du Covid-19 bouscule notre économie de « petit » média et, plus largement, celle de toute la presse. Économiquement, nous faisons le dos rond sans savoir de quoi sera fait demain. Peut-être coulerons-nous, mais j’espère que, si tel devait être le cas, nous le ferons avec la fierté d’avoir « fait le job ». 

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Notre ADN repose sur une certaine idée de l’information qui doit permettre non pas une adhésion molle et de convenance, mais une réaction qui pousse à la réflexion

Mais, en ce jour particulier, je veux revendiquer, plus que jamais, l’importance d’un média qui, d’une part, informe quotidiennement le plus objectivement possible, avec des contenus propres, et, d’autre part, qui gratte, parfois profondément, le vernis trop brillant d’une profession peu habituée à la critique en profondeur. En ces temps de doute, de peur plus que légitime, mais aussi pendant cette période où le besoin d’information est perpétuel, je sens tout autant les réactions épidermiques et virulentes de ceux qui ne comprennent pas qu’Atabula puisse attaquer untel ou untel, que les réactions positives et enthousiastes à notre travail quotidien d’information, de décryptage, de mise en avant des initiatives des uns et des autres. 

Atabula n’a jamais cherché à être consensuel et, le jour où nous le deviendrons, alors il faudra baisser le rideau. Notre ADN repose sur une certaine idée de l’information qui doit permettre non pas une adhésion molle et de convenance, mais une réaction qui pousse à la réflexion, à la discussion, au débat. Je ne détiens aucune vérité et ce n’est pas la période actuelle qui me fera penser le contraire. En revanche, j’ai l’intime certitude qu’Atabula a toute sa place dans le champ médiatique. Un terrain certes miné par son conservatisme mais libre par conviction. Il était bon de le rappeler à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse.

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Photographie

Jan Huber / Unsplash

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