Et si les restaurateurs boycottaient les vins qui appartiennent à Axa ?

Cela pourrait être une question Carambar : « Comment faire peur à un assureur ? » La réponse, en revanche, n’est pas vraiment faite pour les enfants. Deux propositions complémentaires : d’abord nuire à son image en montrant au grand jour certaines de ses pratiques ; ensuite, viser le portefeuille. 

En 2019, l’association BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) ne s’est pas gênée pour agir contre la compagnie d’assurance Axa en mettant en lumière certains de ses investissements. En l’occurence, Axa était actionnaire, via une filiale, d’un fabricant d’armes israélien, Elbit Systems. Pour BDS, la société AXA s’est rendue « complice de crimes de guerre ». Selon l’association, Elbit Systems est « une entreprise tristement célèbre pour avoir fourni à l’armée israélienne, qui en fait usage contre les populations civiles palestiniennes, des armes à sous-munitions interdites par le droit international, et des obus au phosphore blanc. » Un scandale médiatisé qui a probablement contribué à la prise de décision du géant de l’assurance de se retirer de la société litigieuse. 

Le boycott, une arme comme une autre en temps de « guerre » pour reprendre la terminologie présidentielle. Surtout quand les belligérants ne font pas le même poids dans la balance conflictuelle. Si Axa semble s’être séparée de ses obus, elle reste toujours propriétaire d’une société qui se nomme Axa Millésimes, elle-même propriétaire de la Compagnie Médocaine des Grands Crus. Selon nos informations, cela ferait quelque 25 années que l’assureur investit dans le vignoble français, mais également espagnol et américain. En tout, sa production atteindrait les trois millions de bouteilles sur 525 hectares, générant un chiffre d’affaires estimé, en 2016, entre 60 et 80 millions d’euros. 

Les sceptiques rétorqueront que les 80 millions d’euros évoqués ci-dessus sont une goutte d’eau pour une entreprise qui réalise un chiffre d’affaires qui avoisine les 100 milliards d’euros. Mais il y a les chiffres et il y a les symboles. Si, demain, tous les restaurateurs supprimaient de leur carte les vins des domaines appartenant à Axa, et s’ils prenaient la parole pour appeler à un boycott le plus large possible, incluant notamment les cavistes sensibles à la cause des restaurants, cela pourrait avoir un impact. Sans aucun doute, la justice fera son travail de la façon la plus objective possible, mais il est évident que la bataille ne se jouera pas uniquement dans le prétoire. Tous les leviers doivent être activés pour déstabiliser, ne serait-ce qu’un peu, le géant de l’assurance. 

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La filiale Axa Millésimes est propriétaire des vins suivants :

Château Pichon-Longueville (Second cru classé de Pauillac)

Château Pibran (Pauillac)

Château Suduiraut (1er cru classé de Sauternes)

Domaine de l’Arlot (Nuit Saint-Georges)

Cru Disznókó (Tokaj, Hongrie)

Quinta do Noval (Vallée du Douro)

Outpost (Napa Valley, Californie)

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Photographie

Alice Pasqual / Unsplash

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