Top Chef : ni David, ni Adrien n’a gagné la finale ! C’est Auguste… Escoffier le grand vainqueur

Vainqueur de la onzième saison du concours culinaire télévisé de M6, David Gallienne a été contesté sur les réseaux sociaux, fréquentés par une population plus jeune que le téléspectateur moyen. En creux, deux modèles de haute gastronomie sont en concurrence. D’un côté, l’héritage d’Escoffier, de l’autre, une vision plus libérée de la création culinaire.

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Quand Victor Mercier a vu s’afficher 56% des suffrages en faveur de David Gallienne, l’ancien finaliste de Top Chef s’est identifié au perdant, Adrien Cachot, et n’a pas pu se retenir de s’épancher sur les réseaux sociaux. « Deux salles, deux ambiances : un candidat d’une maîtrise technique assez impressionnante, mais il faut le dire, totalement convenu et grand public… Et un autre peut-être moins bien préparé, mais il faut le dire également, d’un génie créatif rarement vu dans l’émission », a lâché le jeune chef de FIEF (11e arrondissement de Paris). Victor Mercier estime donc que David Gallienne, à la tête d’un restaurant étoilé et rompu à la gestion d’une brigade, a été favorisé d’un point de vue organisationnel par rapport à son adversaire, qui travaille seul ou presque au quotidien. Cette configuration, qui a toutes les chances de se reproduire à l’avenir dans le concours, illustre une tendance profonde au sein de la haute gastronomie. Si le modèle du grand restaurant de palace porté par une brigade d’élite conçu par Auguste Escoffier et perpétué par la plupart des tables étoilées est encore dominant, son aura ne cesse d’être grignotée par de jeunes chefs en quête d’une organisation plus souple. Adrien Cachot, dont les supporters louent la créativité, en est l’archétype.

Le « modèle » Cachot, qui est plutôt un « anti-modèle », a fait florès depuis quelques années déjà. Il pose là quelques principes bien de son époque : une cuisine, de la passion, des idées, de bons produits, une petite équipe, des engagements (Victor Mercier en faveur du « fait en France », Adrien Cachot partisan des abats, Manon Fleury et l’antigaspi etc.) permettent de proposer une cuisine surprenante, accessible et particulièrement attractive. Dans les années à venir et eu égard à la crise économique qui se profile, cet « anti-modèle » va étendre son emprise sur la haute gastronomie. Mais un certain nombre de vocations pourraient rapidement prendre du plomb dans l’aile. « Nous ne sommes que deux, on essaie tant bien que mal de réussir à s’en sortir […] On doit serrer les dents et travailler pour remonter la pente », racontait récemment Adrien Cachot au site Pure People.

De fait, les chefs libérés qui vont réussir à sortir du lot sont ceux qui, intelligemment, sauront trouver le juste équilibre entre une organisation solide et cette volonté de casser les codes. « Pour atteindre la vérité, il faut une fois dans la vie se défaire de toutes les opinions qu’on a reçues, et reconstruire de nouveau tout le système de ses connaissances », écrivait Descartes. Il y a du pain sur la planche, et l’esprit d’Escoffier a encore de belles années devant lui. Pour preuve, il faut encore le convoquer pour gagner Top Chef !

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Pratique

Le Jardins des Plumes, 1 Rue du Milieu, 27620 Giverny / 02 32 54 26 35 / jardindesplumes.com

Détour, 15 Rue de la Tour des Dames, 75009 Paris / 01 45 26 21 48 / Page Facebook

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À voir

Le documentaire Auguste Escoffier sur Arte

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Photographie

©Alban Couturier

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