Accord Axa – Stéphane Manigold : la grande trahison

Mardi 24 juin, le restaurateur Stéphane Manigold a signé un accord avec son assureur Axa concernant la prise en charge de ses pertes d’exploitation. En première instance, il avait pourtant fait plier la compagnie d’assurance et il expliquait à tout le monde qu’il était sûr de son bon droit. Alors pourquoi a-t-il retourné sa veste ? Et, surtout, quelles sont les conséquences pour tous ceux qui voyaient dans ce procès leur planche de salut ?

_____ 

Le communiqué de presse se veut concis : « Je suis heureux d’avoir finalisé aujourd’hui des discussions constructives avec Axa et trouvé un accord dans le cadre du différend qui m’opposait à la compagnie d’assurances. Je me réjouis qu’Axa ait entendu mon appel à engager le dialogue et à proposer une solution à l’ensemble des restaurateurs qui détenaient les mêmes contrats que les miens, et je remercie mon courtier Satec pour son accompagnement tout au long de cette période. »  Pour Stéphane Manigold, président du groupe Éclore et fer de lance de la lutte contre les assurances pendant le confinement, la page est tournée. 

Le temps de la reprise des affaires a sonné, il fallait passer à autre chose. Le restaurateur a donc signé un accord financier avec son assureur et s’est engagé à ne plus guerroyer en justice contre lui. Quel est le montant de l’indemnisation ? Motus et bouche cousue. Manifestement, le temps de la communication à outrance, des chiffres rendus publics pour mieux bousculer les assureurs a vécu. Vive la victoire personnelle et tant pis pour les autres restaurateurs qui pourraient vivre cela comme une défaite collective. Car, avec l’arrêt de ce procès emblématique et fortement médiatisé aux quatre coins du monde, c’est une pression énorme qui retombe pour les assureurs. Fini le combat collectif, terminée l’incarnation du combat ; place aux négociations au cas par cas dans le silence d’un bureau. En signant un tel accord, Stéphane Manigold a en réalité atomisé le combat dont il se voulait le porte-voix. En ne révélant pas le montant de son indemnisation (on imagine facilement qu’une clause de l’accord le lui interdit…), il fait en plus naître la suspicion d’avoir été « acheté » pour déposer les armes. 

Les armes, les assurances en ont désormais à revendre et s’en servent déjà. Première salve lancée le jour même de l’annonce de l’accord : un porte-parole d’Axa a gentiment expliqué que les contrats, y compris ceux de Stéphane Manigold, ne couvrent pas les pertes d’exploitation suite au confinement. Voilà la conséquence bien réelle de l’arrêt de la procédure : les assureurs sont de nouveau libres d’interpréter les contrats à leur avantage puisque les juges ne le feront pas de si tôt. Le directeur général d’Axa, Thomas Buberl, a le sourire et affirme qu’il cherche le meilleur compromis possible avec tous les assurés concernés par le problème. « Nous espérons rapidement ne plus avoir de litiges » assure-t-il. Tout est dit.

Au final, celui qui a toujours prétendu la jouer au service du collectif a négocié en solo son indemnisation. Mais, de fait, il lèse les intérêts de toute la profession qui n’a pas d’autre choix que de repartir au combat face à un adversaire qui n’a jamais été aussi fort et arc-bouté sur ses certitudes juridiques. Pour Stéphane Manigold, les affaires reprennent donc, avec un chèque signé Axa à déposer à la banque. Pour les autres, tout est à refaire ou presque. Cela s’appelle une trahison.

_____

Sur le même sujet

Le restaurateur Stéphane Manigold fait plier Axa et ouvre la voie à l’indemnisation des pertes d’exploitation pour les restaurateurs

_____

Photographie

DR

Atabula 2020 - contact@atabula.com
Haut de page