Stéphane Manigold : « Mon accord signé avec Axa ne m’empêche pas de continuer à aider les autres restaurateurs »

En signant un accord avec sa compagnie d’assurance Axa sur la question de l’indemnisation des pertes d’exploitation, Stéphane Manigold a mis fin à un conflit judiciaire aussi médiatisé que lourd de conséquences financières. De nombreux professionnels attendaient avec impatience l’arrêt de la Cour d’appel pour prendre une décision sur l’opportunité de partir eux aussi au combat. Sans jurisprudence claire et avec un doute renouvelé suite à une note de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) qui précise que quelque 93% des contrats ne prennent pas en charge les pertes d’exploitation, la situation redevient en partie illisible. Quant à Stéphane Manigold, il estime avoir signé « un bon accord ». Et, surtout, il continue d’œuvrer pour les autres restaurateurs. Entretien.

_____

Atabula – Après avoir mené un combat qui se voulait « collectif » contre votre assureur, Axa, vous avez finalement signé un accord avec lui. Pourquoi un tel choix ?

Stéphane Manigold – Comme je l’explique depuis le début de ce combat, j’ai toujours voulu que le dialogue se fasse avec les compagnies d’assurance. Le contentieux, que j’ai lancé contre Axa, constituait la dernière étape, celle qui, malheureusement, actait l’absence de dialogue et d’accord. Au fil des semaines, les assureurs ont changé d’attitude et le calendrier n’était plus le même qu’au moment du procès. En France, puis à Paris, nous avons pu rouvrir nos établissements plus tôt que prévu. Il était donc temps de passer à autre chose que le conflit. 

Suite à la signature de votre accord, le porte-parole d’Axa a déclaré que la compagnie d’assurance maintenait sa position et affirme toujours que votre contrat ne prend pas en charge les pertes d’exploitation. Cela n’est pas rassurant pour les 1 700 contrats similaires au vôtre, non ?

Je peux vous dire que, dans le protocole transactionnel que j’ai signé, Axa s’engage à faire une offre précise aux 1 700 titulaires d’un contrat similaire au mien. Voilà l’essentiel ! Hier soir (mercredi 24 juin, ndlr), j’ai dîné avec Guillaume Borie, directeur général délégué d’Axa. Il a entendu mes messages et j’ai la conviction profonde qu’il va ouvrir le dialogue. On ne peut donc pas dire ou écrire que j’ai trahi qui que ce soit dans cette affaire. Au contraire même. Aujourd’hui et demain encore, je continue les discussions et les négociations au service du plus grand nombre.

Mais, malheureusement, du fait de l’arrêt de la procédure, il n’y aura aucune jurisprudence claire sur les obligations réelles des assurances concernant la prise en charge des pertes d’exploitation des contrats similaires aux autres ; d’autant plus que l’ACPR a déclaré qu’il n’y aurait qu’à peine 3% des contrats où cette prise en charge existe. La situation juridique reste donc très floue ?

L’ACPR a effectivement écrit, se basant sur un échantillon de contrats, que 93% de ceux-ci ne prennent pas en charge les pertes d’exploitation dans le cadre du Covid-19. Inversement, pour 3% d’entre eux, c’est positif. Reste 4% des contrats où la rédaction est floue ; là, c’est au juge de trancher s’il y a litige. Quant à moi, je ne sais pas si je me trouve dans les 3% ou les 4%… Mais on ne peut pas écrire, comme cela a été le cas sur Atabula, que j’ai trahi qui que ce soit dans cette affaire. Depuis le début je me bats au service du plus grand nombre. Et, dans ce plus grand nombre, il y a moi ! Là, il y a 1 700 personnes qui ont reçu une offre. Sans ce combat, ils n’auraient rien du tout. Où est la trahison ? 

Il peut paraître logique que certains restaurateurs se sentent trahis par la signature de votre protocole transactionnel. Juridiquement, il ne semble pas lié à la notion de perte d’exploitation puisque Axa maintient son argumentation, en dépit même du jugement de première instance. En somme, plus de procès, plus de médiatisation et des accords à négocier avec une incertitude juridique qui reste entière. Le temps de l’action collective semble très loin, non ?

C’est faux. Le contenu de l’accord proposé est limpide et correspond à peu près à ce que je demande depuis le début : 24% sur quatre mois, mais ramené aux trois mois réels de fermeture, soit une prise en charge à hauteur de 30%.

Depuis la fermeture de nos restaurants, je me suis battu comme un dingue, j’ai investi du temps et beaucoup d’argent pour mener le plus loin possible ce combat dans lequel tout le monde me voyait perdre. J’ai cherché à rassembler le plus largement possible, j’ai passé des centaines de coups de téléphone pour que nous avancions ensemble, solidaires les uns des autres. Et, au final, ils n’ont pas été nombreux à réellement prendre le relais. Alors, oui, j’ai pris la lumière, j’ai été médiatisé, mais j’aurais pu laisser cette place sans aucun problème d’égo ou autre. Quand l’avocat Éric Dupond-Moretti a décidé de s’emparer de cette question, je l’ai contacté, c’était le 9 juin, et je lui ai proposé qu’il prenne la parole au nom de tous, et qu’il incarne le combat. Il y a un moment où moi, chef d’entreprise, je devais aussi penser à mon groupe et à mes salariés. Ce protocole est un bon accord, il ne lèse personne et il me permet de pouvoir nous relancer sans avoir à licencier qui que ce soit. Rien que ça, ce n’est pas un mince exploit.

Selon l’ACPR, 93% des contrats d’assurance actuels ne prennent pas en charge les pertes d’exploitation en cas de pandémie. Ne faut-il pas agir pour pouvoir les modifier dès que possible ?

J’y travaille également avec les assureurs et les courtiers. Il faut penser l’avenir dès maintenant et il y a déjà des intercalaires qui ont été écrits en ce sens. Il n’est plus possible d’écarter le risque pandémique de nos polices d’assurance. Car, malheureusement, un tel épisode, qui a mis notre profession à genoux, pourrait revenir rapidement.

_____

Sur le même sujet

Accord Axa – Stéphane Manigold : la grande trahison

Le restaurateur Stéphane Manigold fait plier Axa et ouvre la voie à l’indemnisation des pertes d’exploitation pour les restaurateurs

_____

À télécharger

Communiqué de presse de l’ACPR : garantie « pertes d’exploitation, l’état des lieux

_____

À lire (ailleurs)

AXA enterre la hache de guerre avec le restaurateur Stéphane Manigold

_____

Photographie

Alain Cheval

Haut de page