LaFourchette va lancer l’opération « Back to the restaurant » pendant deux mois et suscite la colère noire des syndicats

Alors que la onzième édition de Tous au Restaurant n’aura pas lieu cette année, LaFourchette a décidé de monter dans quinze pays à travers le monde l’opération « Back to the restaurant ». Pendant deux mois, de septembre à novembre, les clients pourront profiter d’une offre à moins 50%. Pour les syndicats, c’est une catastrophe économique annoncée.

_____

L’époque n’est pas à la fête et il n’y aura donc pas d’opération Tous au Restaurant à la rentrée. Depuis dix ans, au mois de septembre, pendant 15 jours, cette dernière permettait aux consommateurs de profiter d’une offre à moins 50% dans de nombreux restaurants français. Que le client se rassure, LaFourchette ne les a pas oubliés et va faire mieux, beaucoup mieux même. « Nous organisons à la rentrée l’opération ‘Back to the restaurant’ dans 15 pays partout dans le monde, du 17 septembre au 17 novembre. Les restaurateurs proposeront ainsi une offre jusqu’à moins 50% de réduction à leurs clients » explique Stanislas Leblanc, directeur des partenariats et des événements chez LaFourchette. Lequel insiste sur le fait que cela n’a rien à voir avec Tous au Restaurant. Il n’a pas tort puisque l’événement de septembre sera réservé aux clients de la plateforme, contrairement à l’oecuménique Tous au Restaurant.

_____

Un budget communication d’environ 10 millions d’euros

Les objectifs sont ambitieux, avec quelque 10 000 établissements participants espérés. « Nous allons mettre des moyens de communication hors norme pour faire revenir les clients au restaurant. Une telle opération devrait permettre de multiplier par quatre le trafic dans chaque établissement » assure-t-il. Sur le montant de l’investissement communication, Stanislas Leblanc n’a pas avancé de chiffres mais, selon nos informations, le budget avoisinera les dix millions d’euros.  

_____

« En septembre, c’est le démarrage de la grande période des soldes pendant laquelle tout doit disparaître. Et surtout nos établissements ! »

Alors, une belle opération à venir ? Peut-être pour les clients, probablement pour LaFourchette qui, certes, va investir quelques millions dans la bataille, mais qui n’a pas rogné le montant de ses commissions à chaque réservation. Stanislas Leblanc : « Comme tous les acteurs de la restauration, LaFourchette a pris la crise de plein fouet, avec un arrêt total de nos revenus. Là, nous faisons le choix d’investir dans la communication au service des restaurateurs, nous ne pouvons décemment pas réduire le montant de nos commissions. » Pour les restaurateurs, qui ont pour la plupart une santé économique extrêmement fragilisée, l’idée de brader une partie de leur couverts – obligation de proposer entre 20 et 30% de sa jauge pour participer à l’opération – relève de la folie pure. « Ils sont devenus totalement dingues à LaFourchette. Et moi, je suis fou furieux contre cette opération. En gros, ils veulent que l’on rase gratis pendant deux mois » s’insurge Hubert Jan, président d’Umih Restauration. Pour Laurent Fréchet, son homologue au GNI, le son de cloche est identique : « Je ne peux que condamner très fermement l’idée même de proposer des réductions de 50% sur nos menus. En gros, en septembre, c’est le démarrage de la grande période des soldes pendant laquelle tout doit disparaître. Et surtout nos établissements ! »

Du côté de LaFourchette, on se défend comme on peut. Stanislas Leblanc rappelle d’abord que cela ne concerne « que » 20 à 30% des couverts proposés chaque jour, et que « Back to the restaurant va permettre de faire revenir les clients, de regonfler la trésorerie, et qu’il s’agit avant tout d’un levier marketing ». Autrement dit, cette opération n’a pas pour ambition de faire gagner de l’argent aux restaurateurs à court-terme. « Un client qui viendra via cette opération, il faudra le fidéliser pour qu’il revienne ensuite » précise Stanislas Leblanc. Autrement dit, pour qu’il paie au juste prix ce qu’il a mangé quelques semaines avant 50% moins cher… « Une telle façon de penser est indigne. En septembre, la reprise doit se faire au juste prix ; et ce juste prix, c’est celui qui est chaque jour affiché sur nos cartes. Au mieux, LaFourchette n’est pas consciente de ce qu’elle prépare. Au pire, elle se fout du sort des restaurateurs » assène Laurent Fréchet.

Dans un secteur de la restauration à l’agonie, l’idée de devoir proposer ses tables à moins 50% ne semble avoir aucun sens. C’est comme si, avec son opération « Back to the restaurant », LaFourchette n’avait pas compris que le monde avait profondément changé ces derniers mois et que les mauvaises recettes d’hier le sont encore plus aujourd’hui.

_____

Sur le même sujet

Deliveroo, CentralApp, Choco et LaFourchette lancent leur plateforme d’aide aux restaurateurs

LaFourchette repense son logiciel 100% digital et anti no-show

_____

Pratique

Lien vers le site de LaFourchette

_____

Photographie

Louis Hansel

Haut de page