Créer un ministère du tourisme (et de la restauration) : la proposition de Gilles Goujon à Emmanuel Macron

En juin dernier, dans une tribune co-signée par une soixantaine de chefs, Gilles Goujon, a réclamé la création d’un « grand ministère du tourisme ». Alors que le remaniement ministériel se profile, l’homme de Fontjoncouse a remis le couvert et s’est fendu d’une lettre adressée à Emmanuel Macron. Sera-t-il entendu ?

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« Nous ne pouvons plus nous contenter d’être représentés par un secrétaire d’Etat qui n’aura jamais les moyens pour peser véritablement à l’échelle européenne. » Ces mots forts à destination du président de la République viennent d’être couchés sur le papier par Gilles Goujon. Le chef triplement étoilé, qui s’était déjà manifesté sur ce sujet mi-juin, profite ainsi de la perspective du remaniement pour se rappeler au bon souvenir de l’exécutif. « Il est aujourd’hui devenu obligatoire que les professions de l’hôtellerie et de la restauration, au sens large, que tous les acteurs d’une filière aussi stratégique aient pour interlocuteur pérenne, au sein du gouvernement, un ministère du Tourisme de plein exercice, au fait de leurs besoins et des spécificités de leurs métiers », écrit encore celui qui avait été décoré de la médaille d’or du tourisme en 2013. Dans cette perspective, Jean-Baptiste Lemoyne, actuel secrétaire d’Etat auprès du ministère des Affaires étrangères (auquel est rattaché le tourisme) aurait bonne presse au sein des professions du tourisme. Dans sa lettre, Gilles Goujon salue pour sa part le travail mené par Pascale Fontenel-Personne (députée LREM de la Sarthe) durant le confinement pour rassurer les restaurateurs.

Dans l’après-guerre et jusqu’aux années Mitterrand existait un ministère du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme, simplement renommé « ministère du Tourisme » sous l’ère Chirac. Dans son argumentaire, en filigrane, Gilles Goujon insiste sur la cohérence entre ces différents domaines. Alors que ce triptyque semble limpide sur le papier, Alain Fontaine invite dans les colonnes du Figaro à faire preuve de prudence pour ne pas reproduire les erreurs du passé. « Le tourisme est multiple et varié. C’est à la fois l’attractivité du pays, donc lié aux Affaires étrangères. Mais aussi un commerce, donc lié au ministère de l’Économie et des Finances. Et parfois un patrimoine culturel. On ne peut pas tout mettre ensemble et créer une pieuvre géante qui partirait dans tous les sens. Chaque interlocuteur a son domaine d’expertise, et lorsqu’on sait à quelle porte frapper, cela fonctionne bien ainsi », analyse le président de l’Association française des maîtres restaurateurs. 

Un tel ministère impliquerait aussi une solidarité qui a parfois fait défaut au sein de l’hôtellerie-restauration. Au cours d’un entretien, Joseph Olivereau expliquait à Atabula avoir œuvré en son temps pour souder les acteurs du secteur. Accompagné par Paul Dubrule (co-président d’Accor entre 1983 et 1996), le fondateur des Relais & Châteaux n’avait pas réussi à faire parler d’une seule voix la profession. En cause, la difficile convergence d’intérêts entre les indépendants et l’hôtellerie de chaînes. Deux mondes si proches et si éloignés à la fois. Cette crise-ci mettra-t-elle tout le monde d’accord ?

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Jace et Afsoon / Unsplash

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