Travail précaire, promiscuité, culture sexiste : la restauration est particulièrement sujette aux violences sexuelles

Si les violences sexuelles sur le lieu de travail concernent toutes les professions, la restauration est particulièrement touchée. Des témoignages publiés sur le site internet de l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT) en attestent. Pour les victimes, obtenir la reconnaissance de leur préjudice par la justice est souvent un véritable chemin de croix.

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Quotidiennement, l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT) recueille les témoignages de femmes agressées ou harcelées sexuellement dans le monde professionnel. Faute de pouvoir publier l’intégralité de leurs histoires, l’association pointe du doigt sans les nommer les agresseurs présumés, en indiquant leur métier et position hiérarchique. Ainsi peut-on constater dans les archives du site la présence d’ « un collègue dans un restaurant à Montpellier », du « gérant d’un restaurant de luxe à Paris », ou encore d’un « commis de cuisine dans un restaurant en Touraine ». Preuve, s’il en fallait une, que le monde de la restauration n’est pas épargné par ce fléau. L’histoire d’Aminata, racontée dans les grandes lignes par l’AVFT, est édifiante. 

Après avoir sollicité sans succès les Prud’hommes, il a fallu cinq ans à la jeune femme pour que son supplice soit reconnu, en juillet 2018, par la Cour d’appel de Paris. Son bourreau ? Le gérant d’un restaurant du XIIIème arrondissement de Paris pour lequel elle travaillait. Après l’avoir flattée sur son physique et lui avoir offert une mallette de couteaux, d’ailleurs refusée, l’homme en question a passé sa frustration sur elle en la dévalorisant au quotidien. Puis le premier dérapage physique est arrivé, avec une tentative de baiser sur la bouche « par surprise », suivie de divers attouchements. La victime quitte cet enfer une fois son BEP en poche. Ne se voyant offrir que des contrats d’intérim, elle finit par y revenir pour subvenir à ses besoins. La spirale recommence, jusqu’à son placement en arrêt maladie puis son licenciement.

Lâchée par les Prud’hommes, vers lesquels elle s’était tournée sur les conseils de l’AVFT, la jeune cuisinière envisage de tout abandonner. C’est sans compter sur une reprise méthodique du dossier par la Cour d’appel de Paris, qui finit par lui donner raison. En compensation, elle reçoit finalement 8 000€ en réparation du préjudice et l’équivalent de six mois de salaire soit 12 000€. 

Un dénouement rare dans ce genre d’affaires, où la présomption d’innocence et le manque de preuves pèsent généralement davantage dans la balance judiciaire. C’est ce qui s’est passé dans une autre histoire retranscrite par l’AVFT, mettant cette fois-ci en cause le gérant d’un restaurant de chaîne en Seine-et-Marne. L’homme était visé par une employée pour l’avoir forcée à avoir des rapports sexuels sous peine de représailles violentes commises par l’un de ses collègues, qu’elle accusait par ailleurs de lui avoir cassé le bras. Face à l’absence de preuves et parce que des violences avaient été commises de part et d’autre, le tribunal a privilégié le statut quo, au grand dam de l’AVFT, qui voyait là un abus de position hiérarchique caractérisé.

En 2016, la Dares (direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques, organisme public) a publié une étude sur les rapports sociaux au travail. Tous secteurs confondus, elle faisait apparaître qu’environ 1% des salariés se déclaraient victimes d’une personne « leur faisant des propositions à caractère sexuel de façon insistante ». Dans l’hôtellerie-restauration, ce chiffre s’élevait à 2%. « De nombreuses femmes de ce secteur sont employées sous un statut précaire, et ont peur que leur contrat ne soit pas renouvelé. Ensuite, dans ces milieux, comme dans beaucoup d’autres, la violence sexiste est perçue comme ‘naturelle’. Enfin, les lieux de travail sont isolés », expliquait Julie Duchatel, responsable internationale des questions d’égalité et de genre à l’UITA (Union internationale des travailleurs de l’alimentation et de l’hôtellerie-restauration), au site d’information 20 Minutes. Autre explication : la petite taille des entreprises et l’absence fréquente d’un représentant du personnel ou d’un syndicat.

EN CHIFFRES
Chaque année en France, plus de 80 000 femmes sont victimes de viol. Seules 13% d’entre elles portent plainte et 1% voient leur bourreau présumé condamné.

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Pratique

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Photographie

Max Delsid (Unsplash)

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