Le chef Guy Martin accusé de tentative de viol

Le chef doublement étoilé du Grand Véfour (Paris), Guy Martin, est accusé de tentative de viol par Florence Chatelet Sanchez, présidente de By DEHESA, société qui fournit de nombreux chefs en produits artisanaux de qualité. Elle a livré à Atabula un récit glaçant de son agression dans l’enceinte même du Grand Véfour.

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« Le fait d’en parler aujourd’hui n’est pas le fruit du hasard et je le fais en pleine conscience des conséquences juridiques possibles. Il y a eu le mouvement #Metoo qui a levé chez moi des verrous psychologiques, puis il y a les articles récents d’Atabula qui ont montré que ces violences sont toujours bien présentes. J’ai 40 ans, je sais ce que j’ai vécu et il faut que cela se sache. » Ces mots sont de Florence Chatelet Sanchez, une femme connue dans le monde de la restauration pour la qualité de ses produits artisanaux qu’elle vend à plus de 450 chefs étoilés. « Mes produits sont connus auprès des restaurateurs, mais moi, j’ai toujours cultivé la discrétion » précise-t-elle. 

Une de ses mains se colle contre ma poitrine tandis que l’autre essaie brutalement de me déshabiller.

Florence Chatelet Sanchez

Aujourd’hui, elle a décidé de prendre la parole pour s’exprimer sur ce qu’elle a vécu au premier étage du Grand Véfour, dans une petite salle fermée et à l’écart de la salle, située au rez-de-chaussée. « Je travaillais depuis quelques temps avec le groupe de Guy Martin. Je fournissais le Cristal Room Baccarat et le 68 Guerlain mais je n’avais jamais rencontré le chef lui-même. Dans l’optique de fournir également sa table étoilée, il me donne rendez-vous au Grand Véfour où je n’ai jamais mis les pieds. Dès mon arrivée, je demande à me rendre en cuisine pour échanger avec le chef et ses équipes sur mes produits. Là, Guy Martin me propose de faire le rendez-vous à l’étage. Je monte donc et je me retrouve dans une petite pièce dans laquelle il n’y a que deux chaises. La discussion s’engage sur mes produits et nous échangeons tout à fait normalement sur ces derniers. À la fin de nos échanges, il se lève le premier, je fais de même, et c’est là qu’il me plaque au mur juste avant que je ne puisse ouvrir la porte. Il me retourne et m’embrasse sur la bouche. Une de ses mains se colle contre ma poitrine tandis que l’autre essaie brutalement de me déshabiller. Il n’y a aucune ambiguïté sur ce qu’il cherche à faire : il tente de me violer. J’ai alors eu le réflexe de lui mettre un coup de genou entre les jambes qui l’oblige à me lâcher. J’ai ouvert la porte et j’ai descendu l’escalier à toute vitesse. En bas, je regarde atterrée le personnel de salle qui m’observe avec un air qui ne laisse aucune place au doute : ils savent tous ce qu’il se passe à l’étage quand le chef reçoit une femme seule… Je suis terrorisée. J’ouvre la porte du restaurant et m’échappe sans être capable de décrocher le moindre mot. »

La scène s’est déroulée début 2015. Pourquoi attendre cinq longues années pour porter un tel témoignage et des accusations aussi graves ? « Il faut parfois du temps pour accepter les faits, pour être capable d’en parler. Avec l’âge, je réussis mieux à accepter mon statut de victime. Surtout, la médiatisation de tous ces sujets, incarnée par le mouvement #Metoo, a ravivé l’existence des ces souvenirs enfouis. Désormais, je culpabilise de ne pas avoir parlé plus tôt car, peut-être, probablement même, que d’autres femmes ont vécu la même chose que moi, voire pire. »

Retour en 2015. En sortant du restaurant, Florence Chatelet Sanchez assure avoir « arrêté de penser. Inconsciemment, j’étais déjà dans le déni. » Du côté du groupe de Guy Martin, la réaction a été rapide. La société By DEHESA a été déréférencée dans les jours qui ont suivi des restaurants où elle était présente depuis de nombreux mois. Et Guy Martin ? « Je n’ai plus jamais eu le moindre contact avec lui. Il n’a jamais cherché à me joindre » explique Florence Chatelet Sanchez. Contacté par Atabula, le chef Guy Martin n’a pas souhaité répondre et se dit « droit dans ses bottes » face à de telles accusations. 

Florence Chatelet Sanchez explique qu’elle se sent prête à porter plainte : « Il y a une injustice, il faut la réparer. Nous ne devons plus nous voiler la face sur ces faits inacceptables. Que les femmes qui ont vécu la même chose osent porter plainte, c’est essentiel. Pour elles et pour celles qui, demain, pourraient connaitre la même chose. » Depuis ces faits, l’experte en produits rappelle qu’elle n’a jamais connu d’autres agressions de ce genre et met en garde contre tout amalgame : « Je travaille avec des centaines de chefs et je n’ai jamais connu ça ailleurs qu’au Grand Véfour. Il ne faut surtout pas généraliser et voir des brebis galeuses partout. Il en existe d’autres et c’est cette minorité qui cause du tort à cette profession. Pendant des années, je me suis contentée de ne jamais approcher ces prédateurs. Aujourd’hui, je prends la parole car je veux que les femmes puissent pratiquer leur métier sans se mettre de barrières, sans avoir peur de qui que ce soit et qu’elles puissent réussir par le seul mérite de leur travail. »

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Lien vers le dossier sur les violences en cuisine

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