Franck Lefeuvre (My Beezbox) : « Nous sommes convaincus que le marché de la livraison est durable »

Créée il y a six ans, la société MyBeezbox a démarré son activité en proposant des bons cadeaux dans les univers du tourisme et du loisir, avant de se développer dans le secteur du click and collect et de la livraison pour le monde de la restauration. Elle compte désormais près d’un millier de clients, majoritairement en France. Pour son fondateur, Franck Lefeuvre, la crise actuelle a conduit à la pérennisation d’un modèle économique dans lequel la livraison va jouer un rôle majeur pour les restaurants.


Atabula | Au début de l’histoire de MyBeezBox en 2014, il n’était pas question de développer un outil pour la vente à emporter. Les temps ont bien changé…

Franck Lefeuvre | À la création de MyBeezBox, notre objectif reposait sur l’accompagnement des hôtels, des restaurants et de l’industrie du loisir pour leurs ventes additionnelles via différents outils. Cela pouvait être un bon cadeau, la création d’un pot commun pour un départ à la retraite, pour un cadeau commun ou l’organisation de cours de cuisine ou de dégustation de vin. Puis, lorsque le premier confinement a été annoncé, les demandes de nos clients ont totalement changé. Ils nous ont demandés de leur proposer un nouvel outil pour permettre la vente à emporter et la livraison. Rapidement, nous avons fait travailler nos développeurs pour créer une telle interface.  En parallèle, des bons cadeaux pour se rendre au restaurant ont également vu le jour pour accroitre la trésorerie de nos clients. Par delà la seule dimension économique, évidente, il fallait aussi montrer à tous les restaurateurs que nous étions présents et actifs pour les aider à passer cette épreuve particulièrement difficile.

De votre point de vue, est-ce que ce deuxième confinement est très différent du premier par rapport à l’attitude des restaurateurs ?

Totalement différent. Lors de l’annonce du premier confinement, il y a eu une première phase d’apathie collective. Plus rien ne bougeait, le monde de la restauration était tétanisé. Puis, après le choc initial, le temps de la réaction et du réalisme a pris le dessus. Il fallait que les chefs agissent pour faire entrer de la trésorerie et, tout simplement, pour qu’ils puissent rallumer les fourneaux. Au fil des jours, les demandes d’outils pour faire de la vente à emporter et de la livraison ont augmenté. À partir de la mi-avril, les demandes ont explosé. Avec ce deuxième confinement, tout est différent. D’abord, tout le monde l’a senti venir, entre la mise en place du couvre-feu, puis les fermetures dans l’agglomération d’Aix-Marseille qui ont été le vrai déclencheur pour la remise en route de la vente à emporter. Ensuite, il y avait l’expérience du premier confinement. Tout s’est donc mis en place de façon plus sereine et contrôlée. Avec des résultats impressionnants : dès la veille de l’annonce du reconfinement, nous avons réalisé un volume de ventes aussi important que les pics connus lors du premier confinement. Tout le monde était prêt : les chefs, les clients et nous.

Est-ce que leurs demandes sont également différentes ?

De nombreux professionnels, grâce à l’expérience, se tournent vers de nouvelles demandes, techniquement plus complexes pour nous. Par exemple, ils sont nombreux à désirer plusieurs points de retraits, que ce soit à leur restaurant, dans une épicerie, voire à la mairie. Il y a une forme de solidarité et d’entraide qui se met en place. Un tel choix permet d’accroitre la praticité de l’offre : qui dit plusieurs points de vente dit plages horaires plus larges et une meilleure proximité avec le bassin de clientèle. Pour nous, cela exige d’être capable de développer des outils techniques plus poussés. 

Comment vous organisez-vous pour répondre à toutes ces demandes ?

Depuis le début de MyBeezBox, nous sommes organisés pour répondre aux demandes du client, pas pour lui proposer un produit fermé, identique pour tous, sans évolutions technologiques. S’adapter aux contraintes de chacun fait partie de notre ADN. Aujourd’hui, nous disposons de cinq développeurs qui mettent tout en oeuvre pour faire du sur-mesure. 

Certains chefs n’ont pas souhaité recommencer la vente à emporter ou la livraison. Pourquoi selon vous ?

Même s’ils représentent une infime minorité, certains professionnels n’ont pas souhaité reprendre cette activité pour différentes raisons. Je pense qu’elle n’est pas forcément adaptée pour tous les restaurants en fonction d’une multitude de critères, qu’ils soient géographiques, économiques ou autres. Nous voyons que ceux qui fonctionnent le mieux sont les chefs propriétaires. Et ne cachons pas, puisque cela relève de l’évidence, qu’il faut un certain volume de ventes pour s’y retrouver économiquement. Reste une grande vérité : ceux qui ont repris la vente à emporter et la livraison sont repartis encore plus forts que lors du premier confinement. 

Est-ce vraiment rentable pour les professionnels de la restauration ?

Tous les chiffres que nous avons prouvent que cela peut être rentable. Par rapport au premier confinement, le ticket moyen augmente, les volumes progressent, de nouveaux segments de la restauration s’y engouffrent et les clients sont de plus en plus habitués à ce système de vente à emporter ou de livraison. C’est rentré dans les moeurs ! Alors, oui, manger un repas d’un grand restaurant étoilé chez soi ou sur place, ce n’est pas la même chose, chacun le sait. Mais ce sont des expériences de consommation qui se complètent plus qu’elles ne s’opposent. 

Par delà les périodes exceptionnelles comme celles liées au confinement, la vente à emporter et la livraison ont-elles un réel avenir pour le monde de la restauration ?

L’avenir est à la diversification et la vente à emporter et la livraison en font pleinement partie. Déjà, aujourd’hui, cette logique de diversification s’impose. Mise en place d’un espace « épicerie », cours de cuisine, de sommellerie, cuisine à domicile… L’éventail semble immense. Selon moi, cette activité de livraison et de vente à emporter constituera une ligne importante des futurs business plan des restaurateurs. Dans le futur, il y a deux familles : ceux qui en font et ceux qui n’en font pas. Je crois, intimement, que les premiers s’en sortiront mieux que les seconds.


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